4 janv. 2005

Because the show must go on ...

Eloge posthume du Lotus Bleu


A Tai Pin Lu dans l’ancienne concession française de Shanghai s’élevait donc ce bouge enfumé, repaire du Mossad japonais et de son patron local, le colonel Mitsuhirato, ce qui fit la fortune d’Hergé. Trente ans auparavant, au bord du Vexin normand, un jardin de curé haut de murs, parcouru inlassablement par un propriétaire neurasthénique, peintre en fleurs, voyait se développer la culture d’un pavot dit ornemental, mais dont les cupules rivalisaient de taille avec celles du Triangle d’or. La délation étant très moche en dehors des périodes d’occupation, contentons-nous de donner ses initiales : ClM. Plus près de nous (il était temps !) un opiomane d’importance, pillard d’épaves archéologiques mais fin analyste de la condition humaine, ministre de la culture d’un grand général lillois, la mèche en bataille, éructait sous les colonnes instables du Panthéon de Paris : « Mais, où es-tu Jean Moulin … avec ton horrible cortège ? » puis rentrait prestement sa main incontrôlable au fin fond de sa poche, pour que rien n'en parût sur les écrans de l'histoire.
Ainsi verra-t'on, grâce aux efforts de la plus grosse des gracieuses majestés de la race des Saxe-Cobourg-Gotha , se répandre chez nous autant que dans la Chine des grands Tsing, l’usage des passeports horticulistes vers un monde brièvement meilleur. Ils passèrent assez vite des salons aristocratiques où se débattaient les bienfaits à venir des colonisations lointaines à ceux de la roture gavée, puis par les chambres de bonnes sans doute parmi le bon peuple laborieux ; et ce que l’on consentait aux puissants ou aux célébrités, ne pouvait plus s’autoriser pour n’importe qui en passe de devenir des n’importe quoi. Le prolétariat était en danger de distraction ; un confrère marxiste aurait pu faire une glose sur la préservation des forces laborieuses au bénéfice du grand capital à dents de tigre, et sans doute la fit-il.

Mais il n'y a plus de maisons basses à Tai Pin Lu. Les taïpans chinois ont redessiné l'avenir de l'ancienne capitale du Pacifique. Le monde s'élève de plus en plus haut dans ses ouvrages, le monde se densifie sans plus de contraintes au sol, le monde se règle par la montre et l'argent, le monde se dresse au fouet du politiquement correct. Quelques fous au courant de rien, courent vers la torche de la Liberté, pour en revenir déçus aussitôt qu'ils y ont abordé. Ce n'est que tables de la loi, partout. Revenons ... en soi !
Le bon peuple se fatigue vite des rodomontades moralisantes, qu'elles sourdent des ligues chics, des cellules de quartier ou qu'elles soient proclamées par des hurlements administratifs échappés des étranges lucarnes du pouvoir bleu. Le bon peuple cultive maintenant son pot, peinard, derrière sa vitre au soleil. Tant et autant que bientôt les bureaucrates en lustrines et cravates de deuil taxeront la poterie de grès et toute terre cuite, faïence et imitations comme on le fait des CD vierges, à défaut de savoir confisquer leur contenu illégalement gravé. Certains gouvernements qui mettent quelque souplesse - intelligence, me dit dans l'oreillette la régie qui fume - quelqu'intelligence donc dans leurs principes d'accompagnement des errances sociales, ont compris que la lutte était inégale entre les pieds-plats au front bas chargés de l’Ordre et les rusés cultivateurs, doublement affûtés d’ailleurs par la consommation des gazons maudits. Aussi va-t’on sous peu libéraliser la culture du pot individuel et portatif dans plein d'endroits. Au Canada où la chose est de commune acceptation comme de souffler dans ses mains pour survivre, le chanvre indien fait un malheur sur le marché du voisin yankee, complètement coincé par les remugles électoralistes de la prohibition évangéliste des néo-cons en selle. Mais ici tout autant.
Un ancien fumeur de tabac – il se multiplient à très grande vitesse par les taxes et les morts – me confiait récemment que pour faire face à l’explosion du marché européen, la France méridionale avait un terroir inégalable sous le climat ad hoc : les traversiers cévenols. Quel bonheur ce serait de voir revivre ses magnifiques collines, encore striées horizontalement à la manière des rizières de la montagne javanaise, et que parcourraient de petits ânes blancs disparaissant sous le faix à l’époque du chanvre indien. Le pays de la soie aujourd’hui disparue, retrouverait sa richesse d’antan et sa gaîté légendaire, surtout par l'échantillonnage fréquent de ses productions. Dans le droit fil de la mondialisation meurtrière, on saurait abandonner ou réduire d'un coeur léger les vignes de plaine inondées de vins australiens, pour remonter les terrasses dans l'agriculture de pointe. N'est-ce point ce dont on nous harcèle chaque jour dans La Tribune ou Les Echos : "Passez à la pointe ! Abandonnez aux prisonniers du Gohan chinois les espadrilles et faites des Airbus !". On distinguerait vite le paysan traditionnel (oignons de St Martial, tomates en branches et salades arrosées au torrent), du paysan affranchi par le pot, en ce que le premier devrait laver sa Mercedes lui-même tous les dimanches matin dans la cour de son mas, quand le second l’enverrait au carwash du bourg conduite par un nègre en livrée.

C’est de l’écologie productiviste, chère médème. Non, ça vient tout juste de sortir. Oui, nous créons un parti demain, le Parti de l'Agriculture Pentafoliaire. On est déjà loin des caprices infantiles du maire de Bègles, des apologies du crime hollandais par les candidats verts d'ennui en mal d'audience, ou des vingt gadgets qu'inventent chaque mois ces hangars aux idées que sont les partis dits de gouvernement. Attendons avec intérêt les réactions des politiciens majeurs qui savent prendre les trains en marche et ne se planquent pas dans les alcôves municipales à pleurer sur les perroquets enfuis.

Il ne reste plus à convaincre que José Zappatoc et tous les joyeux drilles de la Confédération pour nous débarrasser de tous ces hypocrites qui font les lois de sevrage des pauvres, mais passent les coups de fil utiles au bénéfice des leurs.
Hâtons-nous ! Ne faut-il pas dès maintenant trier les variétés, faire les essais de mise en culture entre les rangs de maïs, sélectionner les semences résistantes au charançon camisard, améliorer l'espèce jusqu'à se prendre pour Dieu. Enfin ! L’Inra va s’atteler à un concept prometteur et abandonner Monsanto, la frankenfood, les OGM et cent trucs de moindre avenir. Et Steppique Hebdo primus inter pares in the pot civilization sera diffusé par abonnement modique et spécial dans toute la montagne cévenole, avec les conseils de culture, les mercuriales internationales, les réclames des comptoirs industriels fournisseurs des équipements idoines et sûrs Made in The Triangle, et la liste des sites web où l’on pourra discuter avec de vraies fumeuses de Chine, Birmanie, Laos, Croatie, Moldavie et de partout ailleurs, même de Suisse !


Tonkin 1909


L’image exotique proposée servit-elle à l'instruction des jeunes administrateurs civils de notre fameuse Ecole Coloniale, tant imitée, jamais égalée ?


Et moi, couché le soir dans l’herbe tendre de mon maset, je verrai Alan-Goa sur son croissant de lune me faire des clins d’œil, en fumant des turques d’un mètre de long, ...'cause the show must go on ...

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