8 janv. 2005

Editorial de la St Lucien

Je m’inquiète de ne point m’inquiéter.
Est-ce l’abasourdissement inéluctable des fêtes de la Saint Sylvestre ? La frangipane de la galette ? La lassitude du voyeur gavé par l’écran bleu, la sagesse de l’âge ou la pratique assidue des préceptes de l’Ecclésiaste ? Comme le dit si bien le tsigane suisse le plus élégant que Gypsyland ait produit : « les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent », et je n'en frémis pas.
Pourtant le marbre pleure, comme le tapis vert qui attend la blinde. Il faut éditer l’éditorial.


Ayant fait le vœu de ne pas pisser copie sur les malheurs du Golfe du Bengale, et nous réfugiant une fois encore au sein des professionnels très minoritaires de la profession qui vont rester pauvres mais dignes, nous nous en tiendrons aux déboires accessibles.

Les plus proches concernent le système de santé français en banqueroute et contre la réforme duquel s’élève une bronca depuis certains rangs « généralistes » qui ergotent sur des points ridicules pour être entendus sur les ondes, et tenter une fois encore de gratter les vingt sous que devrait leur rapporter la gestion de leurs « références ». Et de nous menacer de grève comme de vulgaires chauffeurs d’autobus.

Le misérabilisme de ces médecins, fonctionnaires d’un système en faillite, ne laisse de m’étonner. Ils critiquent leur situation de quelque angle qu’on l’observe et revendiquant avant même que d’avoir servi, ils prennent garde surtout à rester enkystés dans le fromage du Conventionnement parce que leurs intérêts premiers s’y retrouvent bien sûr. Peu leur châlent les treize milliards d'euros de déficit que l'on reporte chaque année aux calendes. Il faut appitoyer le patient car c'est le seul levier qui puisse actionner à tout coup ... le maintien des avantages acquis. Et de le prendre aussitôt à témoin, en lui passant le film de sa future maladie incurable qu'il ne pourra jamais vaincre chez ce pauvre référent et que difficilement dans le cercle incontournable des spécialistes en tout.

Il est inélégant de commencer l’énoncé de ses revendications en s’abritant derrière la « défense du malade » comme d’autres aussi lâches le font derrière "l’usager". C’est devenu une sorte de tic, de gimmick. Dès qu’on articule sa pensée sur les ondes, il est convenu d’enfiler les clichés comme des perles, à se demander d’ailleurs s’il ne s’agit pas d’un code indispensable pour être admis devant les micros. Faute de quoi la régie coupe (?).
Le mur du çon fut franchit il y a quelques temps lors d’un bref débat télévisé qu’organisait FR2 dans sa nouvelle édition du journal de la mi-journée. Un représentant des quotidiens gratuits faisait face à l’inénarrable JF Kahn de Marianne, qui tentait de lui faire comprendre que la concurrence était rude au sein du lectorat entre le journal à un euro et le journal à zéro euro. Elémentaire mon cher Watson. L’autre, derrière une pile de notes comme un sous-préfet des Landes, argumentait dans la plus pure langue de bois sur les désirs, us et réflexes des « lectrices et des lecteurs », des « françaises et des français », s’abandonnant ainsi aux travers ridicules du personnel politique de ce pays, qui s’obstine à confondre vir et homo et nous assomme jusqu’au sommet de l’Etat d'incantations démagogiques paritaires.

Pour en revenir à nos médicastres ronchons qui se fortifient dans la certitude de leurs talents, je leur conseille de sauter le pas et franchir la fameuse "barrière du sel" avec courage.

Echappez-vous, Docteur, des mares protégées de la Caisse, gagnez la rivière, le fleuve, la mer et plongez dans l’océan libéral. Vous ne serez en concurrence qu’avec vos confrères d'égale compétence, et vos honoraires seront libres. Vous aurez même l’autorisation de dire merde, car il n'aura de prise ni sur vos cotisations sociales ni sur vos dépassements, au bureaucrate tatillon de la CPAM qui à force de lire les revues médicales se croit déjà capables de prêter le serment d’Hippocrate. Vous retrouverez la fierté oubliée du savant du village, et l'âge mûrissant vous envisagerez quelque députation pour nourrir votre CV à la Légion d'Honneur.
A pourrir dans vos cabinets de galériens, vous sentez déjà le rance.
Ouvrez les fenêtres, et sautez !

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