12 janv. 2005

Et si Super Menteur nous avait menti ?

Si l’on voulait bien passer les réformes des ministères et gouvernements Chirac au tamis de la gouvernance moderne, on aurait bientôt la surprise de découvrir l’agenda radical-socialiste le plus conservateur qui soit. Est-ce cette philosophie politique qui le rapproche tant des Corréziens ? Ou la fréquentation de maquignons matois qui craignent par-dessus tout l’innovation au foirail des échanges ?

Le conseiller de Georges Pompidou aux accords de Grenelle-1968 promût l’octroi d’avantages sociaux en lieu et place des réformes d’un système étatisé sur le point de craquer. On acheta la paix, en se désintéressant des causes structurelles, choses laissées aux archéologues sociaux. C'est vrai aussi qu'il était secrétaire à l'emploi d'un état quasiment soviétique alors.

Le ministre de l’agriculture qui se propulsa en 1972 dans la popularité rurale était bien un conservateur, protecteur des positions acquises en maintenant hors de la Ferme républicaine les revenus directs et indirects d’une profession cramponnée à sa discrétion fiscale.

Quand il réforma la Patente pour lancer cette incroyable usine à gaz qu’est encore la Taxe professionnelle, il agissait cette fois en mainteneur des positions de l’administration des impôts et n’avait pas le souci de libérer l’entreprise dans son essor.

Lorsqu’au premier choc pétrolier de 1973, il créa l’ANPE et modifia dans le sens le plus généreux qui soit l’accès aux Assedics, il agissait cette fois en protecteur des sans-emploi, sans péoccupations budgétaires, ni prémonitions.

Arrivé au faîte du pouvoir, il montre bientôt sa réticence devant les réformes qui ne plaisent pas pourtant indispensables, et fait retraiter en bon ordre les ministères Juppé, Raffarin I, Raffarin II.

Pendant la cohabitation socialiste, il laisse passer la loi stupide des 35 heures qui casse l’élan de croissance de l’économie française et sonne la charge des délocalisations.

Ayant débarqué maintenant son principal contempteur dans le parti majoritaire qu’il va bien falloir réduire par tous moyens s’il veut repasser en 2007, il donne en ce début 2005 l’axe de progression tranquille de son dernier gouvernement. Le conservatisme est patent. La mobilité illusoire. Le programme de Majax.
A y regarder de près, le mot d’ordre semble se résumer à parler de réformes sans cesse et de n’en faire aucune sinon inévitable, en la compensant dans ce cas par quelque avancée sociale symétrique.
Les dernières dénationalisations des télécommunications ou de l’énergie ont donné lieu à des cadeaux d’une certaine valeur aux corporatismes soviétisés, cadeaux facturés aux générations futures. On va persister dans les compensations du faible au fort. Chirac est au diapason des confédérations syndicales qui veulent bien discuter de tout et ne rien changer au final.

Ce pays si magnifique et si malade ne risque aucun remède, et va continuer à s’enfoncer parce que le chef suprême n’ose pas le mettre en face de l’abîme sur lequel il se penche dangereusement.

Finalement on peut croire que l’électorat de Chirac est de gauche. Son électorat à droite est bloqué à 13-15 pour cent. Le renfort vient de la gauche. La preuve en est que lorsque les élections sont sans enjeu, régionales, européennes, cet électorat chiraquien de gauche retourne à sa famille naturelle, et le pouvoir est battu.

De même en politique étrangère, le pacifisme du gouvernement français aligné sur celui de l’Allemagne est applaudi bien plus largement que prévu puisque l’électorat chiraquien de gauche est très supérieur à l’électorat chiraquien de droite. Et la situation précarisée de l’Alliance atlantique n’inquiète en rien les gens de gauche, qui n’ont jamais voulu en tenir compte. Les gens de droite, eux n’y comprennent plus rien.

Si d’aventure le président Chirac se représente en 2007 - et c'est la tendance -, il occupera une position centre mi-gauche mi-droite selon les articles du programme quinquennal, et obligeant son challenger Sarkozy à se marquer franchement du sceau libéral, parviendra à le battre avec le renfort des suffrages de gauche. Parce qu’à gauche, on ne voit personne de l’épaisseur politique des deux précités, et donc capable d’accéder à un second tour.
Dernière remarque : lorsqu'il s'est présenté contre un candidat de gauche très rassembleur comme Mitterrand, Chirac a plié le genou, son électorat de gauche ayant là-aussi reflué.

Finalement, c'est le coup politique le plus fumant de Vème République.
Chapeau l'artiste, heu ... monsieur le Président.


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