28 janv. 2005

Pékin, le parti des illusionistes

Tiananmen 89 Posted by Hello


La mort de Zhao Ziyang le 17 janvier dernier et ses funérailles consenties du bout des lèvres par le pouvoir n’ont provoqué aucun commentaire de la part de ses successeurs. Zhao Ziyang était le symbole de la réforme politique, réforme qu’il n’a pas eu à faire, se dessaisissant du pouvoir lors des évènements de juin 1989, avant que le bon monsieur Deng ne lâche ses chenilles.

Dans le brûlot comme dans bien d’autres publications en tous genres, on se lamente à l’année sur le conservatisme des Français incapables d’accepter la modernisation de leur état, alors que tous les gouvernements successifs s’emploient à les en convaincre, du premier janvier à la saint Sylvestre. Mais le veau est buté et se cramponne des pieds et des dents à la mangeoire !

En Chine c’est l’inverse.
Le peuple, du moins la partie émergée de l’iceberg des Han qui voit le ciel, a compris que le système n’est pas performant, convaincu que les progrès économiques accomplis à l’étonnement du monde entier, sont dus tout d’abord au travail inlassable de la race et à son esprit d’entreprise jamais démenti.
Les structures politiques y ont participé en creux ! En démontant peu à peu les barrières multiples qu'elles avaient dressées pendant la dictature triomphante du prolétariat, et qui s'avérèrent plus tard freiner l’élan de l’individu créatif.
Ce qui n'empêche nullement les gouvernements successifs de prendre à leur compte les succès remportés alors qu’ils ne jouent bien la partie de bridge que lorsqu’ils sont « le mort ».

Le mieux-être économique et social, tout simplement l’accès aux biens de consommation, donne toujours des idées libérales, parfois même généreuses. Les caciques du parti régnant ont bien senti le danger dès qu’il surent que certains communistes dans des postes d’influence s’étaient inscrits aux Falungong, dans une démarche de libération de l’âme ; d’autres s'étaient mis à prôner ouvertement dans certaines enceintes internationales, un capitalisme libéral à courte échéance permettant, selon les doctrines importées, de faire face à la mutation rapide de la force de travail pléthorique léguée par le collectivisme. Sinon même rêvaient tout haut, les imprudents, à la modernisation du secteur du crédit bancaire, coulant de ce fait ce qui restait d’entreprises publiques (comme en France d’ailleurs).

Or la liquéfaction du frère soviétique prouva que la remise en cause du système politique conduisait tout droit à l’implosion du Parti Communiste, les éléments compétents se recyclant rapidement dans les nouvelles structures non protégées, mais la masse des « crevards » se faisant débarquer en famille – et ça fait du monde - de leurs positions juteuses. Il n’en est pas question une seule seconde. Quelques millions d’habitués aux honneurs et aux bénéfices ne vont pas se laisser faire. Hu Jintao en tête !

Dès son arrivée aux manettes, le brûlot avait servi à ses fidèles lecteurs le CV complet du nouveau premier ministre. On rappellera qu’il tint le rôle de Pacificateur de la Vendée chinoise (le Tibet) et plus tard celui de Grand Prêtre de la Jeunesse. Il est arrivé aujourd’hui au faîte du pouvoir, ayant définitivement mis sous serre son prédécesseur et chef des armées Jiang Zemin.
Pour rappeler aussitôt à l’appareil du Parti que seule la poigne garantissait l’avenir et que si certains dangers devaient se combattre avec missiles, navires, avions et chars, le danger le plus insidieux était la dérive judiciaire qui petit à petit accompagnerait l’assouplissement des règles établies autrefois pour pérenniser le système. Ont donc été réactivés les comités de surveillance des lois qui du haut en bas de la pyramide étatique veillent à la « régularité » des jugements des cours et tribunaux. On peut rapprocher cette organisation de contrôle total de celle de la défunte mais sainte Inquisition.

Je ne sais si le président Bush Junior II a visé le nouvel empire du Milieu dans ses exhortations d’investiture, mais la mesquinerie qui a entouré le décès de Zhao Ziyang, comme la posture hystérique de Pékin vis à vis de Formose au moment même où la nécessité des échanges les oblige à ouvrir les lignes aériennes entre les deux républiques, augurent mal qu’un quelconque aggiornamento du pouvoir continental. Encore moins d'une oreille attentive aux souhaits libertifères du président texan.
D’ailleurs les manœuvres de tous ordres pour réduire l’indépendance d’esprit de Hong Kong le démontre amplement. Là-bas comme ici le ridicule ne tue plus !

Accueillons donc un grand partenaire économique, à Davos, à l'OMC, un partenaire absolument incontournable, mais cessons de grimacer de sourires convenus en se promettant des coopérations dans d’autres domaines que le business ; ces gens là nous bernent, et ne se fréquentent pas après 7h du soir !
Et nous le savons bien.

1 commentaire:

  1. Les obsèques ont quand même été présidés par le numéro 4 du PCC, Jia Qing Lin.
    Le numéro 2, Zeng Qinhong, a fait savoir qu'il avait fait sa visite de courtoisie le 17 au domicile de Zhao Ziyang, et on a relevé les noms de Qiao Shi (chef de la police à l'époque) et du général Yang Bai Bing sur les couronnes mortuaires.
    Par contre tous ceux qui d'importance avaient auparavant manifesté de la sympathie pour le premier ministre déchu, ont été proprement gardés à vue toute la journée !
    C'est de la peur que le pouvoir de Mister Hu a manifesté ainsi.
    Robert K.

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