1 févr. 2005

Allegro ma non troppo

L’INEVITABLE ENTROPIE

Justin de Suze, envoyé spécial par l’avion de Tatie Danièle, nous câble de Porto Alegre

C’est physique : La mondialisation en marche obéit à la loi de l’entropie !

Définition de l’Entropie : Tout système physique a tendance à évoluer vers un état de moindre organisation: on dit que son entropie augmente. Un gaz comprimé, par exemple, tend spontanément vers un état où sa pression sera plus faible; l’inverse ne se produit jamais; pour le ramener à son état initial, il faudra le comprimer, en dépensant un travail. L’entropie d’un système isolé ne peut qu’augmenter, tandis que l’énergie utilisable de ce système diminue. L’entropie de notre Univers, système isolé, augmente constamment. © Hachette

Les différents Etats qui segmentaient le globe jusqu’ici, abandonnent bon gré mal gré le compartimentage qui protégeait leur organisation propre avec ses avantages, particularismes, us et costumes folkloriques, et ses immenses tares aussi. A l’exception de l’axiome d’une puissance céleste omnipotente qu’il serait dangereux de braver, ne serait-ce qu’en faisant front à l’un de ses représentant sur terre et au Texas, les barrières de tous ordres tombent, moins vite que la pudibonderie, mais assez vite pour enfreindre en tous domaines les lois de la Nature, qui se venge.
Et notre monde, quand il veut bien cesser de baguenauder dans la jungle des préférences sociétales de notre pauvre pitécanthropie, se dote d’une organisation puissante qui dit le dernier mot en dernier ressort. Non ce n’est ni le FMI ni le Conseil de sécurité de l’ONU, ni le Grand Orient : l’O.M.C.

Cette organisation impose sa loi aux Etats afin qu’aucune ne subsiste en dehors d’elle. Par le levier du commerce elle régente tout pour la simple raison que le commerce fut la première activité de l’homme dès qu’il eut satisfait aux deux exigences congénitales originelles, se nourrir et se reproduire. A tel point qu’aujourd’hui encore on parle du « commerce des femmes » quand on veut nous en détourner.
Le commerce est l’alpha et l’omega de l’agitation vibrionnante de l’espèce. Le tronc commun de l’humanité. Tout vient, transite ou va vers le commerce. C’est en cela que le Grand Capital anglo-saxon a vaincu l’idéologie marxiste-léniniste dominante un temps, mais qui s’est abrutie dans la production sans comprendre l’échange. C’est contre ce Titan que se dressent les altermondialistes de Porto Alegre. Autant dire qu’ils y croient !

Ils en deviendraient efficaces malgré les nombreuses scories de l’idéologie défunte qui freinent leurs travaux, s’ils voulaient bien se battre « dedans » plutôt qu’à l’extérieur. C’est toujours plus facile sur l’Aventin. Mais les résultats sont maigres quelle que soit la taille du porte-voix, et l’actualité éteint très vite le souvenir des meilleures résolutions. Ce n’est pas au pied du mur qu’on voit le maçon, c’est en haut. Il faut donc grimper sur l’échafaudage et cesser de critiquer l’ouvrage d’en bas.
Tenir ces états généraux des gueux amuse fort la presse qui y chasse l’anecdote et recherche les effluves tolérées d’un Woodstock intellectuel. Mais l’entropie avance se souciant peu de ces incantations. Les dernières concernent le raccordement d’un milliard de gens à l’eau courante ! Nous n’allons pas assommer le distingué lectorat d’une analyse fouillée à la René Dumont ; mais relèverons seulement qu’il existe de grandes entreprises parfaitement au fait des besoins, voies et moyens de cette immense ambition à travers laquelle elles brilleront au firmament du marché de valeurs.
A quoi cela sert-il de lancer le énième projet mondialiste ?
Que ceux qui ont des idées neuves démarchent ces entreprises spécialisées et y offrent leurs services, jusqu’à même s’y présenter en équipes constituées de compétences complémentaires. Les patrons verront rapidement si l’axe d’effort est porteur. Et le reste du monde, moi, saurons dès lors que c’est par le génie entrepreneurial que le projet prendra corps, et non par les taxes chiraquiennes qu’on me réclamera pour le porter.
Mais créer quelque agence mondiale de l’eau, voilà qui offrirait de juteuses positions aux damnés de Porto Alegre. C’est tentant. Mais c’est encombré.

La compétition planétaire s’attise si fort que les Etats se regroupent en entités régionales pour atteindre la taille critique permettant de vaincre les autres. Chacun de ces regroupements crée lui-même une organisation de coordination qui prend très vite l’allure d’un état-major en campagne. Ces organisations foisonnent d’elles-mêmes en agences diverses spécialisées dans des domaines pointus. Ce sont aussi des fromages recherchés, et souvent hors de portée des contestataires. D'où la tentation de créer des fromages "à part", mais sur fonds publics bien sûr.

Pendant ce temps, le monde s’organise à qui mieux mieux pour accompagner l’entropie générale. Les diverses conditions de vie de l’espèce tendent à se fondre dans un schéma commun, et leur nivellement se fait au prix des plus nombreux, donc par le bas !
Les étonnements hypocrites de nos élites politiques plombent encore plus le déficit d’estime dans lequel les tiennent les gens ordinaires, qui ont compris tout de suite même s’ils le refusent d’abord, que sur un marché sans frontières le travail migre vers l’environnement économique le moins cher.
Paradoxalement la réduction des droits de douane se double d’un amaigrissement des droits sociaux. Quand le vent du libéralisme les aura tous emportés (les droits, et de douane et sociaux), la mosaïque mondiale des états et nations s’estompera jusqu’à disparaître, et lui succèdera une organisation universelle en strates (horizontales), des plus nombreux et productifs bien au chaud devant la porte en fer de la locomotive, jusqu’aux happy few qui réinvestiront sans cesse les bénéfices dégagés par le placement des intérêts produits par les dividendes distribués des actions qu’ils détiendront dans les fabriques du monde. Les couches intermédiaires, indispensables courroies de transmission entre les propriétaires du monde et les forces de travail et de créativité, formeront la classe des cadres et autres agents de maîtrise des masses. La World Company, ce n’est pas une blague !

Alors soit nous y trouverons tous notre compte quand bien même rogné, en acceptant le nouveau partage planétaire des richesses finies d'un monde en rétrécissement, soit nous râlerons sans plus dire as usual.
Soit nous nous regrouperons par myriades immenses pour faire …… la revolucion !
Et ce sera reparti pour un tour.
Deux tours ?

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