2 févr. 2005

Borloo à taux zéro

C’est un grand jour pour mourir, se disent les officines de prêts immobiliers à l’annonce ce 1er février du crédit universel à taux zéro ! Et de se reconvertir pour les plus lestes dans le négoce des biens dont l’avenir est assuré d’embellir en prix sinon en poids.

Telle la gargouille diabolique de la Tour Saint Jacques, j’admire d’en haut l’effervescence du petit monde bourgeois qui mange sur le marché de la pierre, et me préparant au jour où quelque tsunami du fleuve le plus mou d’Europe me descendra sur terre, j’observe que deux et deux font toujours quatre, quoiqu’en pense les professionnels de la profession qui ont suggéré le prêt à taux zéro aux touristes de la politique.

La hausse qui exclut le plus grand nombre de l’accession à la propriété – est-ce vraiment une accession ? – n’est pas encore sur ses freins. C’est mécanique.
Un soir d’hiver des années soixante, quelque gnome félicité de sa pâleur sépulcrale par un brevet de banque des Arts et Métiers, s’avisa de caler à 30 pour cent du revenu de l’employé la charge de remboursement (intérêts et capital) des emprunts nécessaires à la satisfaction de son ego. De fortes études suivirent pour justifier le seuil magique, qui pour cette dernière raison devint un dogme.

Dès que l’on a compris que l’emprunt et le prix sont coquins en foire, on a percé le mystère de la hausse actuelle de l’immobilier. Réduisez l’emprunt (dans ses intérêts) et vous accroissez la valeur des 30 pour cent magique puisque vous libérez ainsi du capital. Et parce que la nature, financière surtout, a horreur du vide, le capital libéré n’est pas réinvesti ailleurs – dans la recherche pour l’industrie par exemple – mais promptement confisqué par le cédant qui saute sur l’aubaine à pieds joints, dès fois que la gauche plurielle reviendrait avec la LCR dans ses fourgons.
L'effondrement des taux de banque ces dernières années, tombés de 12 à 4 pour cent, a ouvert un boulevard à la hausse manifestant aussi l'effet considérable de levier qu'a la variation du prix de l'argent sur sa quantité. Ainsi, puisque « tu pourras payer plus tous comptes faits finis », mon prix monte tout de suite d’autant !

Reste maintenant à fournir aux services de monsieur le ministre l’analyse fouillée de quatre cent cinquante sept pages qui démontrent définitivement que les tensions sur le mètre-carré sont proportionnelles à l’inverse du carré des surfaces mises à disposition du marché libre catégorie A, réduisant d’autant la ressource disponible des catégories inférieures et obligeant à pérenniser la loi des vingt pour cent de droits sociaux dans les villes bourgeoises, les autres n’y pouvant atteindre de si haut qu’elles sont déjà.

Le ministre Borloo qui peut vendre des cravates sur le trottoir du Printemps quand son ami Tapie en ferait autant des aspirateurs sur celui des Galeries Lafayette, le sympathique camelot Borloo distribue ses recettes à la presse ébahie, et se bat les flancs à la publication de la loi du taux zéro au Journal Officiel ! Que sa mesure soit directement dissuasive pour les jeunes accédants puisque le prix des biens offerts sur le marché libre va combler instantanément l’aisance financière qu’elle apporte, ne ressort pas de sa mission, qui n'est que d'intégrer les nouveaux venus sans un.

M. Borloo n’est pas sot au point d’ignorer ce qu’une gargouille de pierre a trouvé dans l’ennui de sa position ! Il a d'abord un souci de communication.

1 commentaire:

  1. On sait depuis longtemps que le crédit fait ou défait le marché. Surtout dans les pays anglo-saxons où les taux sont variables en continu.
    Mais il est d'autres domaines où la facilité de payer fait monter les prix.
    Par exemple les lunettes de vue.
    En France vous ne pouvez avoir de lunettes à verre correcteurs en dessous de 1000F (200$) et à conditio d'accepter une monture démodée. Les fabricants et les opticiens jouent sur les remboursements de la Sécurité Sociale et des Mutuelles.
    A Hong Kong (où les salaires sont équivalents aux salaires français) les mêmes lunettes que je porte reviennent 3 fois moins cher.
    Même les Varilux! A la différence près qu'il faut 3 semaines de délai pour les obtenir ici. Puisqu'elles sont fabriquées chez Essilor France.
    C'est tordant ! Les Français de France sont des pigeons.
    Aymeric de Saint Paul
    en stage chez Welson House Hong Kong

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