10 févr. 2005

Une Bombe dans ma Cuisine

Tout ce que vous auriez voulu savoir sur la bombe sans jamais oser le demander.

Otez-vous de l’esprit déjà que l’on puisse faire une bombe atomique dans sa cuisine, même du modèle portatif et individuel.
Il faut un garage, une cave derrière ou dessous, un peu de terrain devant, des connaissances en sciences de la terre - un brevet des collèges peut aider -, de la patience, un peu d’argent disponible sur quelques années. Les deux derniers paramètres correspondent assez bien aux pensionnés des régies publiques de l’énergie ou des transports qui n’ont pu se « réaliser » complètement lors de leur brève expérience professionnelle.

Avant toute chose se faire des relations utiles. Vous aurez besoin de connaissances au Niger, dans les machines à laver, les pompes et les citernes de récupération.
Symétriquement vous devez sans attendre vous faire un nombre d’ennemis suffisants pour avoir un motif d’utilisation de vos produits, qui appartiendront à la catégorie ADM très massives.
Donc commencez à fréquenter les marchés de Château Rouge ou du Val Fourré par exemple jusqu’à vous lier utilement. Des entrées au Paris-Dakar sont un plus.
Ceci fait vous devez remonter deux camions d’uranium minier de Tombouctou, ce qui sera, sachez-le, la partie la plus difficile de l’entreprise. Mais autant forcer le destin dès le départ, manière de déflorer votre projet.

La remontée du Sahara se fait sans encombres du moment que le minerai ne se mange pas et que vous le déclarez comme terre végétale à bonzaï. Les Douanes de partout ne cherchent que ce qu’elles ont déjà trouvé. Le bonzaï du Niger c’est comme le Derringer à un coup, ça passe aisément, une fois.

Arrivé chez vous, pensez à revendre les camions et mettez le minerai dans votre piscine. Procédez comme avec la feuille de coca mais en remplaçant le kérosène par de l’acide sulfurique SO4H2 que vous commanderez en fûts bleus chez Brenntag, au nom de la société Coolbridge par exemple, Cosmétiques et Mascaras EURL.

Quand le minerai est bien imprégné – évitez que les gosses ne sautent dedans, on le sort à la pelle et au seau, ou à l’ensileuse si l’on a vraiment les moyens, et on le met à sécher comme du poisson au soleil en écoutant le dernier single de Jennifer !
Et là vous allez assister à la magie de la nature, le minerai au fil des jours prend une teinte jaune flashy du meilleur effet.

Entre-temps vous aurez installé votre four à cake en posant une des citernes récupérées nuitament par vos nouveaux amis dans les sablières normandes, sur un large barbecue de la longueur du vaisseau, et large en proportion. Au même moment Coolbridge, Cosmétiques et Mascaras EURL aura approvisionné un fourgon de bouteilles de fluorine gaz, pour le dentifrice.

Cuire le cake à feu doux, thermostat 2, en pulvérisant délicatement la fluorine, et récupérer le gaz produit à la bonde supérieure de la cuve dans les bouteilles vides qui normalement sont consignées. Vous aurez bientôt le fameux hexafluorure d’uranium. Et c’est là que ça devient intéressant.

Votre ami des machines à laver doit maintenant vous livrer des sèche-linge récupérés chez Emmaüs. Rentrez aussi une palette de pompes aspirantes refoulantes. Votre génie natif du bricolage va pouvoir s’exercer à partir de là dans toute sa plénitude.
Démontez les tambours des sèche-linge et remplacez les axes de rotations par des arbres creux que l’on trouve facilement en tube d’aluminium chez les quincailliers grossistes. Percez la paroi de ses tubes de nombreux petits trous au foret de 4. Soudez les tambours ensemble au MigTig pour former une colonne, et battez séparément une feuille d’acier doux en cylindre pour y contenir l’ouvrage. Dressez la colonne, remettez la courroie sur une poulie de tambour. Raccordez une pompe au sommet de l’arbre creux et une tuyauterie au bas du cylindre préalablement repercé dans sa paroi. Afin de tester votre montage, mettez en rotation au moyen d’un des moteurs électriques livrés dans les sèche-linge, que vous aurez réservé. Vous venez de bâtir à vous tout seul une centrifugeuse libyenne. Bravo, le monde retient son souffle.
Recommencez ce bricolage inventif autant de fois que nécessaire pour couvrir toute la surface du garage dédié à ces opérations afin de rentabiliser au mieux votre taxe d’habitation majorée par la Région socialiste.
Réunissez les tuyauteries sortant des bas de cylindre à votre citerne à gasoil, dans laquelle vous allez vider le gaz contenu dans les bouteilles consignées. Bien refermer. En inversant le sens de rotation de la pompe à gasoil vous allez pouvoir pulser l’hexafluorure d’uranium dans les « centrifugeuses libyennes » que vous allez mettre en route. Sitôt dit sitôt fait !

A ce moment exact il est gratifiant de mettre un CD des fugues de JS Bach dans le mange disque à défaut de savoir vous-même manipuler les ivoires. Mais vous comprenez à la seconde même que vous auriez dû demander le raccordement au triphasé car le compteur bleu vient de fondre. Ceci manière de vous faire comprendre en souriant qu’il faut tout prévoir au début et non pas en cours de route. Il en va de même de l’isolation phonique du local. Non pour pouvoir téléphoner tranquillement mais pour prévenir la visite inopinée de vos voisins Ernest et Bart qui viendront chasser l’ennui de leur potager en partageant le secret de vos inventions.
Revenons à nos centrifugeuses qui tournent de plus en plus vite, jusqu’à la vitesse du son qui va se répercuter sur les murs. La patrouille de la police municipale passe et repasse lentement dans la rue, le téléphone qui sonne plus souvent débite quelquefois des insultes, il faut tenir chaque jour jusqu’au seuil du couvre-tapage, soit 22h.

Le gaz se divise bientôt en deux qualités, une lourde, le U238 que vous lâcherez à l’égout car vous n’allez quand même pas vous lancer dans le brown cake ou autre billevesées islamistes, et le U235 qui nous intéresse. (La régie me dit dans l’oreillette que le réseau Echelon commence à brouiller la retransmission de l’article). On se dépêche !
...
De chaque centrifugeuse le gaz lourd est extrait par la force centrifuge dans le cylindre (même Homer Simpson sait ça) et s’évacue par pompage vers le réseau municipal d’eaux usées. Simultanément on crée par dépression dans les arbres creux des tambours, la force centripète suffisante à l’extraction du gaz léger que l’on va stocker précieusement dans les citernes récupérées comme il est dit précédemment. Au fur et à mesure - et c’est là que vous allez user de votre capital patience – vous devrez connecter vos citernes de gaz léger à la cuve à fuel qui pompe dans les centrifugeuses afin de recycler sans arrêt le U235 pour le purifier du 238, … et ça peut durer 300 jours pour avoir du 90 pour cent, sans même s’arrêter le 1er mai. C’est donc beaucoup plus long que pour faire de l’héroïne blanche et cela vous explique maintenant pourquoi la pègre ne s’est jamais emparée du procédé.

A la Noël ou au plus tard à l’Epiphanie, vous êtes à la tête d’une grosse quantité d’uranium enrichi. C’est plus facile maintenant, à Pâques la bombe est prête.
On va convertir le U325 en oxyde métallique simplement en compressant fortement le gaz. C’est une poudre grise comme du ciment bien moins jolie que le safran obtenu l’an dernier dans la piscine. Il vous reste à mouler cette poudre à la louche dans un ballon de volley bien tassé et vous allez avoir une bombe de quelques quinze kilos siglée Adidas au fond de votre cave !

Le reste vous regarde. Les contributions s.g.d.g. du département scientifique de Steppique Hebdo s’arrêtent où commence le delirium tremens des abonnés.
Mais nous serions heureux d’être informés de tout dysfonctionnement pour mettre à jour nos fiches en fonction de ce que vous avez bu.

The bouquet final Posted by Hello

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