24 mars 2005

Le Pays de Caïn

Le MRG est mort, Pinarque l’a avalé !
Bien sûr c’est la microstructure du microcosme dont la fosse bée à Micropolis. C’est tout de même historique. La Corrèze prend le dessus sur le Lot, définitivement !

Le président de la République française, élu sur un programme de droite, ayant nommé un premier ministre libéral, disposant d’une chambre introuvable bleu-horizon, asservi jusqu’ici à des priorités économiques de l’Ecole de Chicago, ce président vient ouvertement cette fois de se déclarer « social » pour ne pas dire « socialiste », bien que nous sachions déjà qu’il était depuis l’aube de sa carrière politique, un radical-socialiste pur sucre, pur-beurre plutôt. Ce qui en soi n’est pas un péché, mais explique finalement tout le parcours. Il nous aurait menti donc à l’insu de son plein gré !
Animal politique le plus doué de sa génération, Chirac a parfaitement senti dès le début que ce n’était pas l’économique le plus dangereux pour sa carrière mais le social. Les accords de Grenelle de mai 1968 (eh oui, déjà !) resteront comme la pierre de touche de sa fibre politique. Il restera un ministre, ordinaire et premier, « dépensier », tout au long de sa marche vers l’Elysée - on se souvient de sa générosité pour le recalcul des Assedic lors de la crise du premier choc pétrolier -, jusqu’à l’invention d’un concept ravageur pour ses adversaires socialistes, la Fracture Sociale de 1995. A partir du moment où il put se saisir des manettes du pouvoir les budgets persistèrent dans le déficit et la dette continua à se creuser, pour divers motifs tous légitimes bien sûr. La cause première restera pour l’histoire une incapacité congénitale à décevoir sa clientèle électorale, rétive aux réformes structurelles d’un état hypertrophié. Chirac c’est le clientélisme classique du modèle radsoc.

L’aventure du référendum constitutionnel que lui a imposé Tony Blair tourne vinaigre car le camp opposé amalgame les mécontentements les plus divers et parfois contradictoires à la limite du happening. Le réflexe joue une fois encore : crève le budget, que je survive ! Et le Premier poitevin de débonder en grand, malgré un record battu d’emprunt sur le marché monétaire. Le signal donné se révèlera catastrophique par la spirale revendicative qu’il déclenche, surtout si le traité est repoussé par le corps électoral, ouvrant une crise politique majeure en Europe, et en conséquence une crise de confiance qui obèrera la modeste croissance sur laquelle on pouvait compter. Deux pour cent, la misère déjà, alors Zéro !

Ajoutant à cette réaction cabrée le dynamitage du Pacte de stabilité - sage fondement de la politique monétaire européenne -, nous dilapidons ainsi le crédit diplomatique lâchement gagné par notre opposition flamboyante à la guerre préventive américaine. Vis-à-vis de nos partenaires européens, nous avons perdu toute crédibilité en leur démontrant que les circonstances politiciennes franco-françaises primaient tout, et plus grave encore, que les approbations données en Conseil européen n’avaient, venant de la France, de valeur que pour le jour de leur consentement. En clair, que les barrières dressées contre les folies budgétaires latines ne nous concernaient plus dès lors qu'elles nous obligeaient à l'effort, et que la directive Bolkenstein approuvée à l’époque par les Français comme étant bien dans l’axe du Traité de Rome, n’était plus à notre goût. C’est le même Grand Barnier assis à la table au jour de l’accord qui le refuse sans vergogne aujourd’hui. En passant, il suffisait de brosser un ou deux paragraphes pour rendre acceptable le nouveau cadre déréglementé des services au sein de l’Union. C’était sans compter sur la réponse politicienne à donner en France aux déclarations hystériques surgissant de partout, pour le seul plaisir de mettre à mal son adversaire souvent.

Blair : j'en crois pas mes oreilles ! Posted by Hello


Nos partenaires et d’abord ceux qui nous « découvrent » à cette occasion – ceux de la « nouvelle Europe » - ont parfaitement compris que la France n’avait plus aucune politique européenne hormis celle de surveiller sa comptabilité et ses sondages. Quand on se souvient que la CEE est une idée politique française, on mesure la dérive intellectuelle, l’abaissement conceptuel des décideurs, et le déclin de notre influence. Tout cela les Anglais l'avaient deviné depuis l'affaire irakienne.

A Paris, les derniers sondages aggravent le poids du « non » et avant même que ne se tienne ce référendum de malheur qui arrivera sans doute à faire oublier la dissolution catastrophique de la Chambre des Députés dans le registre des fautes politiques, on détecte un mouvement dans le même sens chez quelques pays qui jusque-là pouvaient redouter de s’isoler en votant « non ». La probabilité du « non » français lève les inhibitions. Pays-Bas, Danemark, Suède et Royaume Uni pour finir, pourraient bien sortir du jeu constitutionnel et mettre en péril la construction d’une Europe politique, aucun d’entre eux ne risquant la honte au front d’être le seul à faire capoter la belle ouvrage de Valéry Giscard d’Estaing.

Contrairement à ce que croient beaucoup de tenants du « non », les effets de l’élargissement à 25 ne seront en rien freinés. Le Traité de Nice continuera à s’appliquer et les flux économiques ne seront affectés que par la grisaille qui s’abattra sur le projet européen. Seront enterrés, la diplomatie commune et notre influence dans les crises internationales, la défense commune et ses retombées positives sur notre industrie de guerre, l’effet de puissance à venir qui jusque là nous préservait des arrogances américaines à l’OMC.
Les dommages culturels seront certainement assez nombreux et liés à la perte d’influence inexorable.
Après avoir déserté l’Alliance atlantique par deux fois, la France déserte l’Europe.

La France a choisi le destin du Portugal sans que Barroso s'en mêle.
Chirac laissera à Bruxelles l’image d’une grande gueule, point final ! Vae Caïn !

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