30 mars 2005

Nos Enfants votent OUI


Alors que se répandent sur les tréteaux médiatiques les thuriféraires du progrès social à crédit total, renforcés des conservateurs de tous bords les plus ringards, il m’apparaît, à courir les forums et dans les discussions que je puis mener avec de jeunes gens, que cette jeunesse dont nous, parents, décidons de l'avenir par le référendum de la Fête des Mères, cette jeunesse est ouverte sur l’Europe, a une vision claire de l’avenir de cette confédération plus liée qui nous est proposée, s’enchante presque de retrouver les limites d’un grand territoire ouvert comme le fut le saint Empire (même si la philosophie impériale n'a pas de racines françaises), montre une hâte soudaine à rencontrer frères et cousins de partout et bâtir ensemble une Union forte et respectée. Il y a là un mouvement généreux d’intelligence.
Mais ils ne votent pas.

Est appelée aux urnes la génération prébendière des veaux éternellement sous la mère, menés par les Eunuques du Bocal Perdu. Nous tous, trillionnaires de la dette publique qui avons courageusement reporté la sauvegarde sacrée de nos avantages acquis sur la tête de nos gosses et des leurs, nous allons à la majorité des suffrages exprimés, soit un petit quart des adultes, décider le retrait de la France du champ d’honneur où se livrent les joutes économiques d'aujourd'hui et demain. Guidés pour ce faire par ce que la République a produit de plus nauséeux, xénophobes baveurs, politiciens arrivistes sans issues, gérontes en odeur de sainteté (c’est ainsi qu’on qualifie les énurétiques du saint siège), ravis du folklore provincial, et quelques égarés sincères qui pensent avancer en ce monde sur les schémas d’une époque perdue, perdue autant que la nation dont ils se réclament "intégralement". S’y ajoutent les râleurs, immense cohorte gauloise qui n’a jamais abouti à rien de durable sauf à croiser son guide de fer, le mettre bruyamment sur le pavois et le trahir aussitôt les beaux jours revenus.

les pauvres du Non Posted by Hello


On comprend d’ailleurs qu’à la vue de ce défilé à la Bruegel, nos enfants n’aient pas mis longtemps à choisir.

Sortir de l’Europe organisée est bien le but à atteindre dans le camp du NON. La France seule à vingt ans, c’est au pantographe chronologique, le Portugal d’aujourd’hui. A l’émergence des empires nouveaux qui tournera sans doute à la submersion planétaire répondront symétriquement mais loin de toute parité, le déclin et le flétrissement de la nation française ramenée pour l’essentiel à une destination touristique, à la fois de masse et de culture. Peut-être serons-nous subventionnés pour maintenir nos traditions culturelles au niveau fastueux et attractif qui fait notre réputation chez les tour-opérateurs du monde entier, comme nous y consentons présentement nous-mêmes en Afrique dans le cadre des coopérations inter-états à volet touristico-culturel. Quant aux eunuques précités ils abondent encore le tonneau de la dette abyssale sans retenue – nos gosses devraient prendre cela pour une insulte et aiguiser des faux – en augmentant les traitements des forçats de la fonction publique, et qui pis est, en offrant le service des pensions des établissements publics au régime général des salariés du privé. 53 milliards de trou arrivent à la CNAV de la Poste. Après l’EDF, avant ou après la SNCF, la RATP, etc…, ce seront 150 milliards qui auront été déchargés. Or, s’il n’est pas injuste de considérer que tout français, quelque soit son secteur d’emploi, puisse avoir sa pension de base servie par un régime universel, il est énorme de basculer les avantages inouïs dont bénéficient ces corporations par comparaison à ceux que les équilibres comptables interdisent au plus grand nombre, sur le travailleur normal. Avantages acquis le plus souvent en prenant en otage ce couillon de travailleur normal dans des grèves de gavés qui déshonorent les grévistes.

Bien sûr que l’Etat dans sa situation financière en perdition ne peut plus assurer le service de sa dette soviétique. Il lui faudrait augmenter les impôts de beaucoup, ce qu’il ne peut se permettre en Europe où il détient un record de prélèvements fiscaux et sociaux, perdant de ce fait toute autorité dans les débats budgétaires intereuropéens et à la BCE. Il n’y a plus de ressource ; l’assiette fuit, suivant la fortune qui détale ! A part de taxer des signes faciles à reconnaître comme les nègres, les fenêtres et les péripatéticiennes slovaques, à supposer qu’on en attrape, il n’y a plus rien à gratter pour le Trésor Public dont le nom prête à sourire. Le pouvoir joue la fuite en avant empêtré dans les contradictions nationales de sa clientèle électorale.

Alors pour ouvrir l'espace d'intervention, faut-il voter OUI « on behalf of the kids » ? Voter l’Europe future, grande, une et libre ? C’est ce qu’ils attendent.

Pourtant l’Europe telle que la dessine le traité constitutionnel de Giscard d’Estaing n’est pas la certitude d’un avenir rutilant pour le sous-continent. Tout simplement parce qu’elle agglomère une trentaine de nations parvenues à des stades de conscience européenne très distancés. Il manque le fameux consensus ou affectio societatis dont l'absence est rédhibitoire en droit romain. On ne peut se cacher que les pays de l’Est ont couru à l’Europe pour entrer à l’OTAN et se prémunir d’un coup de patte rageur de l’Ours russe qu’ils réussirent à ridiculiser en l’expulsant comme une caraque. La Slovénie est venue se réfugier hors d’atteinte de la Croatie, la Roumanie espère enterrer son contentieux territorial sur sa province hongroise, la Moldavie est terrorisée par les Cosaques qui en ont déjà détaché un bout, l’Ukraine etc… Tous ces pays contribueront à l’aventure conceptuelle de l'Union aussi longtemps que les crédits européens les inonderont. Au moindre vent contraire, ils appelleront au secours les légions de la nouvelle Rome : celles du Pentagone.

Ce projet à trente est au-delà de l’audace, car il fait le pari d’un amour universel de l’Europe organisée. Ce qui n’est pas vrai, même si tous ses habitants se disent européens. Du nord au sud, les Suédois, Finlandais et Danois ont une forte conscience de leurs racines scandinaves et de leurs traditions écologiques. D’ailleurs l’Islande et la Norvège ne rejoindront pas. Les pays baltes appartiennent à cette Courlande de finisterre froide et grise qui fut de toujours une terre de colonisation allemande puis polonaise puis russe. Les Serbes nourrissent un formidable complexe d’Astérix et voient en l’Europe franco-allemande la cause de leur abaissement. Les Bulgares sont pauvres et intégrés dans l’économie de la Turquie bien plus que dans le groupe danubien. Par contre les Roumains qui s’estiment être sur le Pont Euxin les derniers représentants de l’empire romain d’Occident sont clairement européistes. Ainsi que, pour d’autres raisons, la Thrace turque ! Un comble.

La voie la plus sage, et je ne comprends toujours pas qu’elle ait été évitée aussi soigneusement par les gouvernements français depuis le début de la CEE*, eût été de construire patiemment une fédération des cinq, six ou sept pays qui se sentaient prêts à s’unir pour le meilleur, le pire n'est jamais sûr. Tout le mouvement communautaire fut sous-tendu par la recherche d’une masse critique dans un monde nouveau et dangereux, ceci dès qu'on put dépasser le stade de la CECA (communauté du charbon et de l'acier). Puis les eurocrates ont additionné les chiffres sans jamais atteindre la «masse » parce que la Commission cosmopolite aussi compétente fut-elle, n'a jamais été un vrai gouvernement avec pouvoir décisionnel de crise, et donc qu'elle n'en imposait pas aux autres groupements continentaux.

Depuis lors les paramètres ont défilé sur tous les compteurs mondiaux à des vitesses accélérées. Il y a urgence si l’on ne veut pas sortir du Top 10 à la fin de la décennie. Proposons à notre jeunesse française ... la Fédération d’Europe Occidentale (radotage, me dit-on dans l'oreillette).

Au même moment répétons cette proposition à la jeunesse hollandaise, allemande, belge, italienne, espagnole peut-être. Et comme les pouvoirs en place n’y trouveront pas leur compte, décompte, recompte, ils la refuseront au nom de principes obsolètes et de projets fumeux qu’ils sont incapables de porter. Dynamitons-les !

En votant NON, référendum par référendum.

Les tenants du "non" se voilent la face pour ne pas décourager les gogos, mais l'Europe implosera après le "non" français. Il faudra reconstruire tout de suite. La classe politique française est-elle au niveau de ce défi ? Sans hésitation, aucun de ceux qui squattent les lucarnes médiatiques ne seront capables de cette démarche intellectuelle dans l’urgence, moins encore avant d’avoir pris le pouls du « terrain », analysé les sondages, mesuré leurs chances de survie agrippés à la mangeoire. En plus leurs agendas divergent et s'affrontent. Qui pourra réunir à la table de la reconstruction Le Pen, Chevènement, Villiers, Pasqua, Emmanuelli, Zappatoc, Hue, Fabius et Besancenot ? Peut-être Savary dans son prochain Zénith s'il a le temps !

Il faudra donc compter sur les autres.
Pour commencer, qui va porter l'offre fédérale aux jeunes d'Europe ?
...
...
... TOI, lève-toi !


INFO : le oui est sur:
http://europa.eu.int/constitution/index_fr.htm
et les non sur :
http://www.lespartisansdunon.com/
http://www.nonsocialiste.net/
http://www.non-2005.org/



Footnote (*) : Mais peut-être que la France n'envisageait pas de fédération autrement qu'à sa botte, ce qui est aussi risible que probable.

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