18 mars 2005

Panique à Bord

Voila t’il pas qu’un journaleux du Point ose publier LE sondage du désastre, celui qui a soutenu jusqu’à hier la volonté d’apaisement à tout prix de Matignon. Tous les acteurs du champ social restaient interdits devant le brusque débondage de crédits en tous genres que décidait le Premier ministre sur ordre du Château, après les défilés de la fonction publique. Interloqués aussi quand le même, du courant ultralibéral Madelin rappelons-le, mettait en branle des mesures incitatives à la participation accrue des salariés aux bénéfices de leurs entreprises privées.
C’est qu’il y a le feu !

La moitié des électeurs ne se déplaceront pas pour ratifier le traité constitutionnel européen qu’ils ne savent ou ne veulent pas comprendre, à moins qu’ils jugent sagement que ces choses sont du ressort de professionnels avertis comme nous en avons beaucoup dans nos universités, clubs, partis et autres think tanks !
Et la moitié de la moitié, dont plus de la moitié n’y comprend pas grand-chose de plus que les abstentionnistes précités, ce quart donc va voter CONTRE le gouvernement. Je suppute que la moitié de ce quart se passe les griffes sur le gouvernement à défaut de pouvoir les faire sur la Météo Nationale, la chaîne populiste TF1 ou l’Urssaf ! C’est le syndrome français de l’alternance.

On change de sens (enfin pas tant que ça) dès qu’on le peut, à la première occasion. Il faut bien que le système de la Providence profite à tout le monde. Et n’est-ce pas la meilleure façon de se faire entendre en république que d’utiliser systématiquement la menace démocratique afin de capter l’attention des représentants du peuple qui dorment ?
Un Anglais de mes amis que je disputais à propos de l’opposition massive et intraitable du parti britannique renvoyé des affaires au cours des débats des Communes me fit un cours de démocratie parlementaire avec un sourire dans l’œil qui voulait me dire qu’ils avaient de l’antériorité dans l’exercice de débattre. Et de m’expliquer par le menu que l’affrontement devait être recherché systématiquement par le parti de l’opposition afin de nourrir le débat au fond, et obliger ainsi le parti au pouvoir et le gouvernement d’abord de cerner au plus large tous les tenants et aboutissants des mesures proposées au vote.
On est loin des séances consensuelles des chambres françaises dont les députés ou sénateurs se défendent d’apparaître à la publication des débats dans la colonne des contre ou des pour selon la matière . Leurs électeurs informés par leurs adversaires ne le pardonneraient pas. Evidemment puisqu’ils n’ont pas encore compris ce qu’était la démocratie. La rue gouverne mais on paye (cher) nos représentants ... pour rire.

Le risque de cagade chiraquienne est dès lors majeur que dans notre république de Panurge, bien des électeurs voleront au secours de la défaite de l’Europe se laissant convaincre plus facilement, maintenant qu’il y a le nombre, que l’Euro c’est la vie chère, Bruxelles, les délocalisations, les Polonais, le chômage, et les Turcs – ah les Turcs, il y a aussi ces p… de Turcs -, les Turcs, le voilage (la voilure, le voilement, la voilière ?), le fichu des collégiennes !

Que vont faire les tenants de la corde, les UMP, UDF, MRG (si, si), Verts et PS européistes pour contenir la vague du « non » ? Expliquer dix, vingt choses que tout le monde oubliera dans l’instant, les obligeant à se rabattre sur le fameux « Faites-nous confiance, nous l’avons lu en entier le traité de Giscard d’Estaing – et nous ne sommes pas morts ! Votez « oui » puisque le non c’est une connerie agricole ! »

En face l’argumentaire est plus facile et plus percutant car il ne s’agit que de mettre sur le dos de l’Europe tous les motifs de mécontentement du veau national. D’ici la Fête des Mères, même le réchauffement de la planète descendra de Bruxelles, comme le mûrissement tardif des olives de Nîmes, le cruise control des VelSatis, et l’explosion en vol de notre seul espoir en patinage artistique, le malheureux Brian Joubert dont nous avons reçu une jolie photo de Moscou !
le bel avion ! Posted by Hello


Justement, Pinarque reçoit le Csar à l'Elysée ce tantôt.
Que va-t’on lui acheter, contre la promesse de ne pas insister sur la menace que fait peser l’Union européenne aux marches occidentales de l'ours russe, surtout depuis que le président ukrainien nous parle de l’OTAN avec des trémolos dans la voix. Car il ne faut pas avoir fait l’Ecole des Cadres du Parti comme Adler pour comprendre que la progression inexorable de l’entité politique libérale européenne vers l’Est, que suit comme son ombre l’organisation militaire atlantique, sont un motif de grande inquiétude pour la Fédération de Russie, encore instable comme ses satellites d’ailleurs, et que de l’inquiétude débouche parfois la brutalité. Suivez mon regard jusqu'à Grozny.
L’Europe de Bruxelles serait-ce aussi ... la prochaine guerre ?

Quel formidable argument, se dit le secrétaire général de la CGT qui vient de se connecter !

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