22 avr. 2005

La question nègre par Schneider

Notre ami Jules Schneider nous fait part de quelques réflexions sur cette douloureuse question, après cette avis d'adjudication qui fait froid dans le dos.
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"En ces temps de flagellation universelle, l’Etat français qui avait commandé un rapport d’enterrement au Comité pour la Mémoire de l’Esclavage, est requis aujourd’hui par les médias de prendre date et semblerait pencher pour le 10 mai comme journée nationale commémorative. Finalement Dieudonné aura gain de cause, et c’est très bien. La seule question qui vaille est : pourquoi ?

Les régimes qui ont précédé le nôtre, ont tour à tour réglé et aboli l’esclavage pour des motifs essentiellement économiques. Ces régimes se sont annulés l’un l’autre et il va être difficile de faire souscrire le bon peuple de 2005 à l’expiation générale, lui qui n’en peut mais, étranger complètement à cette abomination. Trois ordres toujours établis mais qu’on ne dispute pas, sont parties prenantes dans la question nègre.
Le premier ordre est la bourgeoisie négrière qui amassa des fortunes considérables par la traite des esclaves. Cette bourgeoisie, qui fit le lustre et la richesse de villes comme Nantes, a des héritiers qui pètent dans la soie loin du fumier ancestral qui au dire de certains fumerait encore. Ces gens-là portent la marque indélébile de l’ignominie. On veut des noms ! Facile, mais attentatoire à la sûreté de l’Etat ; passez muscades et bronzez donc aux tropiques, y a rien à voir.
Le second ordre est l’aristocratie des plantations qui a mis en culture le Nouveau Monde en investissant tout dans la sueur à bon marché. Celle-là aussi a des héritiers qui pour beaucoup profitent encore des retombées financières des exportations de denrées qui ont enrichi leurs familles.
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Le troisième ordre est la réunion des églises qui se réclament de l’Ancien testament et qui ont accompagné dans la plus parfaite hypocrisie compassionnée la souffrance des esclaves, leur promettant quelque repos dans une vie meilleure. Leur acceptation de la traite provient d’un simple texte qui remonte au déluge et que nous citons ici sans le sectionner.

Genèse 9

18 Les fils de Noé, qui sortirent de l'arche, étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de Canaan.
19 Ce sont là les trois fils de Noé, et c'est leur postérité qui peupla toute la terre.
20 Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne.
21 Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente.
22 Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères.
23 Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père.
24 Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.
25 Et il dit: Maudit soit Canaan! Qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères!
26 Il dit encore: Béni soit l'Eternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave!
27 Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave!


Sem fonda la lignée des peuples sémitiques dont l’un d’eux fut l’élu de Dieu.
Japhet fonda la lignée des peuples aryens.
Cham donna à travers son fils Canaan la lignée des peuples noirs.
Pourquoi se poser plus de questions ? Les souffrances sont choses communes sur cette terre, et si le patriarche Noé a maudit son cadet un soir de cuite, qu’y pouvons-nous, se dirent les clercs.

Et le bon peuple de France dans cette querelle ?
Passé le Xè siècle, il ne connut plus l’esclavage comme l’avaient développé les nations anciennes civilisées de la Méditerranée. Par contre subsistera plus longtemps le servage, différent de l’esclavage en ce que le serf n’était pas la chose de son maître, mais simplement affecté aux travaux d’une exploitation donnée. Pour l’essentiel il bénéficia de l’affranchissement plus ou moins tôt selon les endroits dès le XIIIè siècle, d’abord en ville, puis tout autour. Le Toulousain abolît le servage en 1299. Au XIVè siècle sur ses terres, le roi vendit les franchises. La paysannerie française fut donc libérée il y a longtemps.
A part quelques matelots des flottes nantaises, le peuple laborieux ne s’est commis ni de près ni de loin dans la question nègre, et je ne vois pas en quoi on déciderait de le convoquer maintenant au jour de l’expiation.

Je proposerais en lieu et place de cette journée commémorative qui s’estompera au milieu de tant d’autres, des actions gravées dans le marbre comme pourraient l’être les suivantes.

(1) Dans chacune des mairies des ports ayant dirigé l'abominable commerce triangulaire, apposer une plaque d’indignité dénommant les familles de la ville qui ont tiré un profit direct de la traite. Direct, car on épargnera les charpentiers de marine, les voiliers, cordiers, etc. sinon toute la municipalité y passerait. Les noms de marranes qu’on y retrouvera interpelleront certaines communautés, d’autant plus que leurs activités de traite remontaient à des siècles.

(2) Dans nos départements et territoires d’outremer (les seconds moins touchés qu’on ne le pense car peut-être inexploitables par l’indolence native de leurs habitants), dans les DOM surtout, érection de stèles commémoratives expiatoires sur les quais d’honneur des ports d’entrée, mentionnant non pas le nom de tous les malheureux survivants du voyage atroce – d’autant qu’ils n’avaient pas de nom – mais celui des propriétaires fonciers qui les ont accueillis dans leurs riantes plantations, où bien sûr se dressait quelque chapelle ou église pour la communion des fidèles libres.

(3) Soumettre une requête au Vatican mais pas seulement, à Cantorbéry aussi, et dans les églises réformés d’Europe et d’Amérique, pour l’instauration d’une cérémonie œcuménique expiatoire annuelle le même jour en tous lieux de culte, non pour arracher des larmes aux fidèles, mais pour flageller les prélats et pontifes qui ont laissé faire, sans parler même de celui qui a lancé la traite comme on l’aurait fait d’une croisade, S.S. Nicolas V (cf. sa bulle de 1452).

Turner, The Slave Ship Posted by Hello


Pour finir, la République pourrait décréter un jour de congé dans les DOM où l’on fêterait dans la joie des tambourins et la bonne humeur du rhum à profusion, de ne plus être aujourd’hui la chose des puissants. Mais qu’on laisse le peuple de France hors du coup, il n’y est pour rien ! Moi je ne marche pas avec Dieudonné.

Et s’il lui reste du temps sur son agenda chargé, M. le ministre Barnier devrait demander aux héritiers des nations barbaresques et aux émirats de la péninsule arabique d’en faire autant qu’à Nantes, à la porte de leurs palais présidentiels et princiers. Non c’est une blague ! Déjà qu’on a un mal de chien à leur vendre les chars Leclerc et les avions Rafale !"

Merci de l'accueil.

J. Schneider - 20.04.05

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