26 avr. 2005

Le Clystère Obligé

Il faut admettre que le discours du pouvoir et de ses renforts est cohérent. Le travail remis par la convention de Giscard d’Estaing étant lui-même cohérent, il n’y a pas de vraie surprise. Ainsi les promoteurs du OUI ont-ils la tâche plus élégante que ceux du NON, qui doivent, eux, racler dans les fonds de tiroirs du traité pour dénicher l’argument « populaire ». On entend de ce côté tout et n’importe quoi, et la qualité douteuse des frondeurs ne rehausse pas la crédibilité de l’exercice.
C’est sur ce sentiment que, président de la République mis à part, le pouvoir en place comme les conventionnels prédisent un résultat certes serré mais en leur faveur, la logique et l’intelligence de la construction devant primer tous les soupçons infondés. Ils se trompent.
Pour en être arrivé au point d’abaissement où nous sommes, on peut douter de l’intelligence collective de l’électorat français qui s’est laissé abuser depuis vingt ans au moins, voulant croire aux promesses qu’on lui déclarait explicitement électorales. Les arguments pour la démolition d’un futur inconnu dans le confort des avantages acquis sont imparables quand ils sont servis à une génération de jouisseurs sans cervelle qui arrache la vigne pour mieux vendanger le dernier raisin. Depuis vingt ans, cet électorat et sa représentation parlementaire approuvent le déficit systématique des finances publiques malgré tous les avertissements que le bon sens à lui seul leur lance. Consulter la Bêtise souveraine sur un projet de cette importance est déjà la marque pour le décisionnaire d’une participation allègre à la bêtise commune. Est-ce pour cette proximité que beaucoup le trouvent « sympa » ?
Qu'est-ce qu'il dit ce c... là-bas ? Posted by Hello


Aucun chef de file du NON ne voit ou n’exprime le danger d’une récession sévère en France qu’ils pourraient annoncer comme le purgatoire préalable aux lendemains paradisiaques. Et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit. La France du refus se retrouvera complètement seule moralement d’abord, économiquement à l’anniversaire du refus, financièrement dès après. L’Europe expulsera la France de ses œuvres comme un fœtus mort-né, avant qu’elle-même n’entre en période de grande détresse. Mais qu’importe les autres nous rabâche-t’on ! Alors restons en France.

L’incongruité de la politique agricole commune forcée, avouée comme privilège exorbitant par le président de la république lui-même, cessera rapidement, ses détracteurs n’ayant plus à craindre le tir de barrage d’une délégation française à qui on ne parlera plus. Fatalement les prix de nos productions reviendront à l’étiage des niveaux internationaux, bien plus bas. Les stocks augmenteront dramatiquement pour peser encore plus sur les prix. Les caisses sociales agricoles exploseront par la baisse ou la cessation des cotisations des agriculteurs étranglés ou ruinés. Sauf les très grandes exploitations, on peut considérer que l’agriculture française coulera comme ont coulé certaines industries traditionnelles françaises, mécanique, textile, machine-outil. Restera la polyculture bio pour approvisionner le secteur gastronomique.

Les programmes internationaux que nous dirigeons encore seront à la merci de programmes concurrents que certainement les Etats-Unis lanceront alors, pour s’engouffrer dans la brèche. Trois d’entre eux sont très arrogants de leur point de vue, Airbus, Ariane et Galileo. La France n’aura plus l’autorité nécessaire pour conduire la résistance sans même parler de contre-attaque. La dernière fois (l’Irak) ça n’a servi à rien, et tous nos voisins s’en souviendront.

Les premiers à reprendre leur liberté vis-à-vis de la France seront les Allemands. Ils supportent mal ce concubinage institutionnalisé dans lequel ils doivent presque toujours accepter les vues du partenaire éclairé, au motif que toute désunion serait dommageable à l’Europe, marché indispensable à la grande Allemagne. L’Allemagne a un destin qui ne peut être de suivre comme son ombre la politique erratique d’un voisin arrogant sans le sou. Sa capitale est excentrée vers l’Est. Quoiqu’il advienne sur la rive gauche du Rhin, son influence pour les trente ans qui viennent sera plus forte à l’Est et au Sud. Sa frontière économique naturelle est sur le 27° méridien-est de l’Estonie jusqu’aux Bouches du Danube. Ils doivent donc organiser ces territoires sans trop se soucier du qu’en-dira-t-on français. Et accessoirement sans entrer dans les projets colbertistes coûteux de recherche scientifique étatisée que la France planificatrice leur propose aujourd'hui, recherche souvent improductive dans les règles du marché, sauf pour construire des bombes atomiques, bombes qui à leur tour ne rapportent rien. Le NON les libèrera.

Enfin la question très française de la défense européenne. Elle sera réglée par le Non qui l’enterrera définitivement. Ce n’est pas anodin car avant d’être un projet de puissance, la défense commune était la seule voie pour la France de sauver son industrie militaire en perdition. Nous ne vendons plus nos chars trop chers, ni nos avions surclassés. Restent quelques systèmes de guerre électronique, de surveillance ou de guidage, mais la décote du dollar liée à la probation des systèmes concurrents sur les théâtres d’opération dont nous sommes absents - et oui ça sert aussi à ça la guerre -, ne préjugent pas d’un avenir radieux. Et ce sont bien sûr des emplois par dizaines de milliers.

Alors ces arguments sont-ils suffisants pour retourner l’opinion et l’amener à raison ? Non !
Parce que le peuple ne croit plus au discours de ses élites, et cette fois il développe en son corps (électoral) les toxines de l’argumentaire négativiste le pire qui soit, et qu’on appelle le « mauvais esprit ». La France va majoritairement dire non aux mensonges dont on l’abreuve depuis vingt ans, et se voyant en grand péril, elle n’a plus confiance pour la sauver dans tous ces "repris de politique" qui entrent et sortent des cabinets depuis 30 ans et plus !
Au lendemain du Waterloo chiraquien annoncé par les instituts de sondage qui convergent, le pays, regonflé et surpris par la force de sa réaction, cherchera une solution. Peut-être se cantonnera-t’il dans l’esprit cantonal des Pasqua, Villiers et Le Pen. Peut-être comprendra-t’il assez vite, car la planète ne freinera pas sa rotation, que tout seul il est nu dans un monde dangereux et qu’il serait rentable et in-te-lli-gent d’aller vers une union étroite avec ses plus proches voisins, laissant l’Europe démesurée (à 32* et plus **) dans les cartons des Eurocrates béats qui dessinent, dessinent, dessinent ... leur utopie glorifiante et rémunératrice.

Commencera à germer, je l’espère, l’idée d’une Fédération Occidentale Européenne à 7, à la condition obligatoire d’une adhésion de l’Allemagne à cette fusion. Quel homme providentiel - car en France il est indispensable - portera ce projet du renouveau ?
Tout le reste ne sera que désordre, pleurs, émeutes et ruine.
Votez !

Nota (*) : 25 + Bulgarie (2007), Roumanie (2007), Croatie (2009), Macédoine (2010), Bosnie-Herzégovine (2012), Serbie-Monténégro (2012), Albanie (2015).
Nota (**) : > 2015 : Moldavie, Ukraine, Georgie, puis Turquie, Azerbaïdjan, Arménie

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