1 avr. 2005

Un coup d'épée dans l'eau


J’ai écouté Nicolas Sarkozy sur le plateau de Cent Minutes pour Convaincre.
Il est convaincant. Il ne m'a pas convaincu.

Les propositions qui doivent remédier à l’éléphantiasis de l’état soviétique sont toutes de bon sens, à la limite de l’enfoncement des portes ouvertes. Et toutes y passent :
- l’invasion des fonctionnaires-termites
- l’ossification de la bureaucratie
- la gabegie budgétaire
- le tétanos du corps enseignant
- chercheurs et trouveurs
- les discriminés positifs
- les femmes battues
et j’en oublie.
C’est quelque part le discours de Chirac en campagne présidentielle.
Posted by Hello

Une fois élu, rien n'est possible!

Les Cent Jours de monsieur Raffarin s’épuisèrent en cours du soir du bourgeois gentilhomme, on annonça la Réforme. On se paya de trompettes et de jeux de rôles à l’Assemblée pour aboutir à ce que nous sommes devenus aujourd’hui, un pays arrogant bridé dans ses ambitions parce que sans moyens et donc sans libertés de décision dans un monde qui nous oublie, tant il est affairé.

L’émission qui ronronnait à la limite de la bondieuserie libérale éclairée fut quand même traversée par la foudre des Landes, pays favorisé de Jupiter qui a fait mettre des fusibles sur tous les compteurs bleus du département.
Emmanuelli que j’exècre pour ses positions archéo-socialistes, est un professionnel du débat, soignant le détail, la mine, la mimique et ses sources argumentaires, tant qu’il enfonça un peu le brillant grand jeune homme président de l’Union des Marcheurs sur Paris. Désolés messieurs, il y avait deux divisions dans cette rencontre de la Coupe de France politique.
Henri, précision dialectique chirurgicale fondée sur une connaissance « par cœur » de son dossier, violence élégante des assauts, pas d’esquive ni de retrait de lame, relance inlassable en changeant de main, la lutte à mort. Chapeau l’ennemi ! Nicolas, pourfendeur sur la défensive dès qu'on surmonte sa rhétorique.

Des ennemis, Sarkozy en a-t-il moins dans son camp ? Au banc de touche, j’ai noté Gaudin de Marseille (ex-UDF rallié) et Méhaignerie (UDC fusionnée), c'est tout. Pas de barons gaullistes, pas même les soutiens habituels du bouillant challenger, ou bien la régie nous les a cachés. D’ailleurs le gaullisme ne fut évoqué à aucun moment, ce qui marque un progrès dans le cheminement intellectuel puisque le gaullisme n’existe pas.
Alors quoi ?

Cette intervention se rangeait dans l’ordre de bataille du camp du oui. Après l’intervention intemporelle de Giscard et Gorbatchev chez Okhrent, puis la prestation fadasse de monsieur le Premier du Poitou à Lyon – certain sont tombés de leur chaise –, beaucoup dans le microcosme attendaient les CMC d’hier soir comme le déclenchement de l’offensive, sinon la préparation d’artillerie qui devait la précéder.
Sur l’Europe constitutionnelle, Nicolas Sarkozy n’a convaincu que les convaincus de son camp. Il fut trop imprécis, hésitant et surtout il ne sut pas décrire la queue de trajectoire du traité. En a-t'il eu le temps dans le formatage précipité de cette émission mal menée et hachée de reportages insipides ou simplement décoratifs ? Peut-être pas. Quelle sera l’Europe de 2020 par exemple avec ce traité ? Une confédération helvétique, une union à l’américaine, une fédération hispanique, quelque chose de jamais vu encore, mais quoi ? C’est à ce niveau qu’il aurait pu intéresser son auditoire (et moi d'abord).
C’est sur cet aboutissement que l’on doit interroger le peuple puisqu'On a estimé indispensable de le consulter. Pas sur les quatre cents et quelques articles dont nous avons appris qu’ils se partageaient entre soixante nouveaux et tous les autres ratifiés déjà.
Soit le personnel politique aux commandes jugent que l’électorat est incapable d’apprécier son avenir européen et alors le référendum est une grave faute politique du président, soit il partage notre conviction que c’est exactement la fonction (la charge) du parlement que d’examiner à fond ces dispositions universelles et structurantes et d’en débattre jusqu’au consensus le plus large en ses hémicycles, quitte à demander la ratification de ses conclusions par le peuple ensuite à qui l'on désigne la cible au fond du champ de tir, auquel cas le référendum est prématuré. Mais c'est trop tard, le désastre est en marche.

Chirac a mis le pays en porte-à-faux, en méprisant les compétences disponibles au bénéfice d’un populisme hors de saison. Dès l’annonce du combat référendaire, se sont ouvertes en grand les portes de la démagogie mêlant les exclus des lucarnes de tous horizons, jusqu’à des agitateurs professionnels (ils en vivent) de la médiocrité d’un Zappatoc. La bronca est générale et ressemble de plus en plus à un monome de bacheliers ivres. Le pays veut se payer sa nomenklatura !

Le pontife stratégique souverain Alexandre Adler III – non, on ne pense pas à lui au saint siège – a pour une fois lâché le flacon de Wyborova et dans un Figaro de cette semaine, très bien décrit les deux camps qui s’affrontent sur la constitution européenne. Les lois du copyright nous obligent à vous adresser au journal où vous lirez avec bénéfice l’article « Pourquoi le non ? »

Mais nous nous permettons un bref extrait :
« Le non ressemble à un ensemble émietté de tribus concurrentes qui ne concourent ensemble à la même issue qu’en multipliant des embuscades séparées, tels les Afghans de la légende. Je prétends ici que le bloc du NON est tout aussi homogène que l’est le bloc du OUI... »
Le NON est péroniste !
(Alexandre Adler, roi de Chroniquie, Le Figaro n° 18864 du 30 mars 2005, journal acheté 1 euro au kiosque bas de la Grande Armée à Paris).

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