18 mai 2005

De l'autisme en politique


Le sénateur-maire Fourcade mis en cause par le millardaire français Pinault qui lui reprochait sa politique boulonnaise du "chien crevé au fil de l'eau" avant que de débarquer sa collection d'art contemporain à Venise, s'est senti incompris et même blessé.
Et de nous expliquer par le menu que l'aménagement urbain de dizaines d'hectares impliquait moults règlements, administrations, enquêtes, consultations, concours, écoutes dans un souci d'urbanité attentive à ceux qui pensent sans penser payer. A la fin, on comprend bien le dépit de monsieur le sénateur-maire, prisonnier des "textes". On comprend aussi qu'il n'a rien compris à ce que lui reproche François Pinault :
Le règne de la bêtise bureaucratique.
En écho de quoi lui a répondu le président de la fondation Cartier, sise en France, qui apporta à François Pinault son plein soutien dans la délocalisation de l'art, en étant le malheureux, pour ce qui concerne sa fondation où siègent pourtant des administrateurs civils de l'Etat, à son quatrième contrôle fiscal !
Palazzo Grassi Pinault Posted by Hello

Les Fourcade sont légion dans le camp des ouiouistes constitutionnels qui se répandent sur les estrades à nous expliquer aussi l'intangibilité de tous ces textes déjà mis en vigueur par de précédents traités, de toutes ses directives mises en terrines depuis si longtemps. Quand ils ne nous menacent pas du fameux chapitre III des avantages acquis, ils dévident le chapelet comptable des pourcentages de pouvoir nouvellement gagnés en évoquant la prochaine puissance de la France dans la future Europe-puissance qui va la porter.
Et les droits, la défense des droits de tout un chacun ! Comme si dans l'Europe occidentale de 2005 les droits étaient menacés par je ne sais quel phénomène pernicieux peut-être diabomondialisé dont l'Union nous protègerait de ses TEXTES. Sans doute les braillards des DROITS craignent-ils que ne leur soit imposé celui d'énoncer aussi les DEVOIRS, comme par exemple celui qui limiterait le droit de grève par le droit au travail, concept proprement sacrilège; ou encore celui qui obligerait les tenants de l'ordre démocratique à ne pas biaiser les consultations électorales par la construction de modes de scrutins marginalisateurs; ou encore celui pour les parlementaires de ne pouvoir, sous peine d'assignation, voter un budget en déficit, comme pour l'exécutif le devoir de ne pas laisser s'exécuter un budget par l'emprunt. Bref qu'importe ! Nous aurons plus de droits !
Les ouiouistes arrivent quand même à se diviser sur le libéralisme tabou, les uns le voyant triomphant comme de vulgaires Slovaques ou Polonais, les autres l'estimant suffisamment bridé par les ardentes obligations du modèle social français avec lequel nous prétendons vacciner nos partenaires de galère, qui sont tous contre.
Comme à Billancourt, nul ne répond à la question posée.
Serait-ce qu'ils ne la connaissent pas ? Tout porte à le croire !
Et sans doute est-ce ce défaut de réponse à une question qu'on ne laissait pas jusque là énoncer qui a suscité ce grand mouvement de refus, obstiné, à la limite de l'obtusion.

La question aurait dû être posée par le Petit Prince de Saint-Exupéry :
"Dessine-moi l'Europe de demain".
La question aurait dû être posée à chaque nouvel élargissement, et sans broncher lors du dernier qui englobait les pays américains de l'Est. A défaut de quoi la moitié des Français saississent aujourd'hui l'occasion de leur consultation pour dire tout le mal qu'ils pensent de la bureaucratie européenne, de la faiblesse de l'Union qui à leur sens ne les protège de rien, de l'Euro géré par des gnomes inaccessibles qui ne rendent de comptes qu'à eux-mêmes et dont le patron est un repris de justice français du scandale bancaire du siècle, de l'anémie conceptuelle de leurs dirigeants tétanisés par leur réélection, de leur doute enfin quant à la viabilité d'un projet confédéral à 30 et plus, bonus turc en sus.

L'Europe de demain serait donc ce que trente pays divers et variés décideront un jour qu'elle soit, dans un consensus général économique et politique miraculeux. Autant dire qu'il faut déménager la Commission et son Conseil croupion à Lourdes;
ou qu'elle n'existera jamais vraiment, cette Union indispensable dans un monde chaque jour plus dangereux.
Car elle a vécu la souveraineté nationale à l'échelle du monde.
Malgré les incantations françaises, la Force prime partout le Droit !
Mais la Force ça revient cher, le Droit reste lui à notre portée.

- Dessine moi Europe !
- Quelle Europe veux-tu que je te dessine qui te ferait plaisir assez pour que tu votes "oui" ?
- Europe avec des couilles !

On en est là, pauvres de nous.

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