27 mai 2005

Le Traité et l'Ennemi intérieur

Dans la dispute présente qui oppose les ouiouistes et les nonistes, la défense européenne est à peine effleurée. Steppique Hebdo à la pointe de l’actu ne peut vous laisser courir à l’isoloir pareillement démuni.
Notez d’abord, pages 10 et 11 du traité, que la PESC, politique européenne de sécurité commune, ne relève pas du domaine de compétences exclusives de l’Union. Pas plus d’ailleurs de celui des compétences partagées. C’est bien dommage car malgré les réseaux de collaboration militaire intra-européens, les pays de l’Union ne seront pas plus défendus demain qu’aujourd’hui, sauf pour certains dans le cadre de l’OTAN, et aucuns de la Vieille Europe rebelle, car au-delà des textes, il y a l’esprit d'une alliance.
Ainsi l’article I-43 (p.17 du pavé de 161) stipule que « l’Union et ses Etats membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un Etat membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine … » et après cela, dix lignes de verbiage pour répéter ces trois conditions de solidarité aux sourds et autres difficiles à venir. Si la Russie réarmée de Poutine & Successeurs décidait de faire un exemple pour défendre sa souveraineté menacée en Tchétchénie par les remontrances, sanctions ou embargos de l’Union, il faudrait appeler les Américains au secours immédiatement et faire jouer la clause de défense commune de l’Alliance atlantique. Comme d’ici quatre ans les troupes américaines auront pratiquement quitté l’Europe en ne laissant sur place que du matériel de mobilisation, on peut considérer que l’Union libérée est nue.

Or en ce jour 27ème de mai, le président de la commission Défense de notre Assemblée nationale se fend de trois colonnes dans Le Figaro pour nous expliquer dans un article verbeux que la PESC sera renforcée par la constitution et conduite dès lors par deux nouveaux visages (ça promet déjà), savoir le président du Conseil et le ministre des Affaires étrangères, vice-président de jure de la Commission. Jouant sur les mots, il laisse accroire que la guerre serait l’affaire de cet attelage alors qu’elle en est exclue. Il évite aussi de dénombrer les étages multiples de concertation et décision pour ne pas faire sourire.
Sentant l’objection venir mais sans la soulever pour la réduire, le président de la commission Défense parle ensuite de l’Agence européenne de la Défense comme le bras industriel de la politique de défense qui renforcera nos capacités de réaction. Même le plus niais des lecteurs du Figaro sait déjà que les commandes militaires vont aux pays qui payent pour la guerre. Or les budgets militaires européens sont à l’étiage depuis longtemps, et la banqueroute annoncée de leurs systèmes sociaux comme l’opinion publique blasée sans doute par soixante ans de paix froide, vont interdire le quasi-doublement des dépenses militaires si l’on voulait progressivement atteindre la crédibilité – sans jamais parler de parité avec les Etats-Unis.
On voit donc que sauf attentats terroristes massifs, il n’y a aucune disposition particulière dans le traité améliorant sensiblement la défense des pays de l’Europe. Donc on est bien obligé de garder l’OTAN, et tous les pays de l’Est l’exigent.
Que se passerait-il aujourd’hui si un de nos pays subissait un attentat du type New York ou simplement Madrid ? On peut penser que la solidarité européenne s’exprimerait par tous les moyens disponibles sans qu’il soit besoin de rédiger un acte notarié.
Le traité n’apporte donc rien.

Et en cas d’agression armée caractérisée comme un acte de guerre ?
C’est plus délicat. Les Etats-Unis bloqueront certainement la clause de défense automatique à l’endroit des pays félons de la Vielle Europe, Allemagne socialiste en tête. Pour la France chiraquienne ou gaulliste, c’est une certitude. Arrêtons-nous deux minutes sur le concept d’alliance.
Il implique d’abord la moralité du signataire, et tout de suite après la réciprocité.
Dans l’ affaire d’Irak, l’approche diplomatique française était légitime et justifiée a priori comme on le sût a posteriori ( !). Les remontrances de la délégation française avaient leurs places dans l’enceinte du Conseil de sécurité, puisqu’il n’y a aucun lien de vassalité entre les pays de l’Alliance atlantique. Le ton aurait dû être plus mesuré, et le « mafiatage de couloir » comme le démarchage à domicile des pays africains titulaires d’un fauteuil au Conseil, évités.
Mais quand bien même les Etats-Unis auraient décidé sur leurs propres synthèses de déclencher la guerre contre l’Irak, notre devoir d’allié était de participer, même modestement comme le firent sans vacarme l’Espagne et l’Italie. Nous le fîmes lors de la première guerre du Golfe avec une petite division, trois bateaux et quelques chasseurs diurnes.
Nous aurions sans doute étonné les francosceptiques du Sénat qui auraient été mieux disposés « commercialement » à notre endroit, gagné in fine la sympathie du peuple américain qui aurait continué à acheter « french », offert un théâtre de manœuvres pour grandes personnes aux unités françaises engagées au Moyen Orient, participé à l’adjudication de certains contrats de reconstruction ou de réhabilitation d’infrastructures irakiennes, évité qu’on ne traîne le nez des officines de la République française dans le fumier des contrats « Pétrole contre Nourriture » de l’ONU, et sauvé l'honneur qui comme les allumettes, ne sert qu'une fois.
Au lieu de quoi, nous devons espérer que rien de grave ne vienne menacer nos intérêts essentiels ou les DOM-TOM, car nous serions bien en peine d’y faire face, seuls, sous les quolibets du Pentagone réjoui. Sauf à couler notre budget de vieux, le pacte de l’Eurogroupe et l'euro tout court.

En aparté, savez-vous pourquoi les Etats-Unis ont approuvé la candidature de Pascal Lamy à la direction de l’OMC ? Surprenant non ? Le contempteur des subventions cotonnières, des subsides au soja, au riz américain. C’est parce que Jacques Chirac n’en voulait pas, Lamy n’ayant pas fait allégeance en sollicitant la permission du patriarche élyséen.

Tout ceci est un peu sérieux, d’accord.
En résumé, pour la défense future de l’Europe envers les principautés incrustées dans le tissu unioniste, le traité n’apporte rien.
Le Traité est neutre.
Surveillez donc comme le lait sur le feu, tout signe de mobilisation aux frontières dans les principautés d'Andorre, Monaco, San Marin, Grosland, Liechtenstein et bien sûr celle du Panzercardinal, le Vatican.

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