9 juin 2005

Allons à Messine pêcher la sardine

Les beaux jours sont là. Voyagez !

Vous connaissez tous, sauf peut-être les Californiens, Salvatore Riina de Corleone, dit « Toto », dit La Bête, ancien capo di tutti capi de la Cosa Nostra sicilienne coulant depuis 1993 des jours heureux dans les prisons impeccables de la République transalpine où l’on lui donne du « Don », à peine de voir son gamin de maton étripé à la sortie de l’école pour donner à manger au chat de la mère Michel.
Lui succéda impromptu, un intellectuel de la même férocité, et de Corleone tout autant, que les carabiniers coursent depuis quarante ans en vain. Un cas !
Sous vos applaudissements, mesdames et messieurs, le voilà qui vient vers nous.
Je vous présente …
Bernardo Provenzano !
Standing ovation s’il vous plaît.
Oui, le prénom fait un peu sourd-muet, mais c’est un leurre. Le salaud entend tout, voit tout et dit tout, contrairement aux trois singes de bronze qui ornent votre cheminée depuis votre dernière escapade au XIIIè arrondissement de Paris.
Tractor, c'est son petit nom Posted by Hello

On me dit dans l’oreillette qu’un lecteur de Marseille affirme au téléphone l’avoir croisé aux lavabos de la clinique La Ciotat il y a deux ans. Ne croyez surtout pas ce soit un gangster de pissotières, il vous en cuirait. Il n’est passé en 2003 à Marseille que deux ou trois fois, pour les analyses et l’ablation de la prostate, incognito parce qu’il avait pris soin de prendre un pseudo. Super malin en plus !
Regardez d’ailleurs ce regard incandescent, la mâchoire affirmée à broyer des briques, les oreilles plaquées qui ne ralentissent pas la course, le tout posé sur quelque col de bure capucine pour faire croire à sa vocation rentrée d’exorciseur. La torche à la main, on le prendrait pour Torquemada respirant les suanteurs de naphte du bûcher qu’il va embraser. En fait il est décrit par le parquet de Palerme – comment d’ailleurs peuvent-ils le décrire si depuis quarante ans ils ne l’ont pas vu ? Le portrait présenté a été réalisé sur indications d’un repenti, qui compte les jours qui le séparent de l’enfer depuis lors – comme agressif, arrogant, vindicatif, brutal, prudent et bizarrement, fin politique. Cette dernière qualité ne dépare donc pas les autres !
Pourquoi Steppique Hebdo vous parle aujourd’hui du nouveau Padrone de Corleone en Sicile ?
Parce qu’on en a ras la casquette du référendum européen et de l’agonie du patriarche Chirac de Bity. Alors, gratis, on vous convie au zoo.

Francisé en Bernard Provence depuis qu’il nous a légué sa glande, le petit naquit un 31 janvier 1933 dans une famille digne de Corleone qui s’appelait encore « Cœur de Lion » et n’était pas connue comme aujourd’hui jusqu’aux confins du Kamchatka. La rigueur des travaux agrestes et un penchant naturel à soutenir les murs d’un dos puissant en sifflant les filles, l’inclinèrent à l’oisiveté en compagnie d’un garnement de son acabit qui ne valait pas mieux, Salvatore Riina. Les mauvaises rencontres, la guerre qui piétine la moralité, le plan Marshall, un travail de collecte, stockage et redistribution éprouvant à diriger, ils entrèrent en renfort de l’équipe de la famille Navarre, boss réputé et redouté, dont le second Luciano Liggio ne l’était pas moins. Des erreurs dans les comptes font les mauvais amis et ça finira mal pour Navarre qui après avoir raté Liggio, se fit truffé au-delà du convenable de 112 balles, en représailles par les deux bras droits de Liggio, ce qui les obligea à ramasser l’héritage aussitôt en déshérence.
Il y eut de la contestation au motif principal qu’en droit canon, il est interdit de poignarder son propre boss dans le dos. La question se régla normalement comme chez nous, par une guerre intestine qui envoya huit cent mafiosi dans les fosses de marbre des cimetières pimpants de la belle île. Liggio qui avait pris le temps d’exécuter en 1971 le procureur Scaglioni de Palerme sera sauté par les carabiniers en 1974 et retiré de la circulation.

Riina la Bête, prend alors le commandement des opérations difficiles.
Provenzano gère les chiffres, répartit et fait porter les enveloppes afin que le sang circule jusqu’à la dernière ventouse du dernier tentacule de La Pieuvre. Il est vénéré.
Depuis son départ en cavale il se cache sans grandes difficultés en Sicile, changeant de toit à sa guise en suivant les indications qui remontent quotidiennement de la base.
Seul bémol, il a rompu avec les réunions de familles si photogéniques, et les grandes attaques en ligne à la Thompson. Tout se perd.
Cosa Nostra est passée underground, gérée par un notaire froid, qui arrose là où il faut, et se tient éloigné des affaires de sang.

Celui que nous vous avons montré aujourd’hui vaut cher.
Si vous le trouvez ne téléphonnez pas à la Gendarmerie – ils sont trop c... – mais appelez le Quai des Orfèvres en PCV, vous aurez la médaille, et cinquante pour cent de réduction à vie sur les billets de la SNCF.
Mais de vous à moi, il y a de grandes chances que Bernard Provence du Cœur de Lion soit retrouvé un jour dans quelque tombe de campagne, intact et mort, plutôt qu'à la terrasse d'un café de la place Masséna !
Qu’importe finalement puisque Dieu reconnaîtra les siens.
A quoi déjà ?

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