8 juil. 2005

Chirac l'Amateur

L’article aurait pu s’intituler l’Ours et l’Amateur des Jardins pour dauber sur les dernières frasques à micro ouvert de notre grand Pinarque à Kaliningrad. Elles ne nous ont coûté que les Jeux ! (voir l'analyse pertinente de JP Chauvin sur son blogue)

Nous arrivons progressivement au terme du règne de Chirac II qui nous laisse un pays en déclin dans tous les compartiments du jeu mondial. Que s’est-il donc passé ?

Ce grand chef catholique que la France privilégie toujours quand elle est dans le doute, avait donc la consistance d’une poupée de foin que quelque nain mécanique animait, caché à l’intérieur. Garaud Marie-France qui pourrait passer en vedette américaine du spectacle hilarant de Dino et Shirley, n’a-t’elle pas dit avec cruauté : « Je le croyais du marbre dont on fait les statues, c’est de la faïence à bidet ! ».

La stature de l’homme politique pugnace qui réussit à retourner l’opinion en 1995 avec la réduction de la fracture sociale, concept génial de Villepin je crois, a été entamée dès son accession à l’Elysée quand parmi les mesures urgentes de redressement national, il choisit de reprendre les essais nucléaires en Polynésie. Le pays attendait pour les Cent Jours de grâce quelques réformes utiles et plus difficiles par après. Rien ! Cette décision puérile s’apparentait à celle d’un Reagan ordonnant de réarmer ses cuirassés de la Seconde Guerre mondiale pour relever le moral de la nation dans l’épreuve vietnamienne. La France à l’inverse n’était alors en guerre contre personne, le geste était un signal de matamore. Cette perception du chef français grand enfant qu’eurent autour de nous les dirigeants du monde, ne le quittera plus.

Le cabinet Juppé tenta courageusement la réforme et se laissa dompter par les mouvements sociaux fomentés par les syndicats de la Gauche qui chaque fois qu’elle perd une élection politique, cherche « démocratiquement » sa revanche dans la rue. Quand les positions s’interchangent, les manifestations de Droite sont stigmatisées par la Gauche comme des tentatives fachistes du même tonneau que celles qui ont abattu Salvador Allende (c’est du délire)!
Il fallait passer en force jusqu’à être mis en minorité à la Chambre et sauver l’honneur pour la suite de l’histoire. Au lieu de quoi, l’ordre fut donné de se coucher et le dernier qui parla proposa de dissoudre la Chambre dissipée. Ce qui fut fait. Le cartel des gauches gagna.
Chirac n’eut pas le courage ni la sagesse politique de se retirer au motif peut-être qu’il en avait trop bavé pour y parvenir. Il se laissa enfermé dans le juridisme constitutionnel pour jouer le jeu qu’avait avec lui joué Mitterrand. Mais le pays n’attendait pas un jeu. La Gauche lança ses réformes à crédit dans le plus mauvais sens pour l’avenir économique et moral du pays, en prenant à contre-pied les politiques de redressement de nos voisins. Le déphasage en fin de législature devint irrattrapable.

L’opinion le constate et zappe. On appelle alors du Poitou profond un notaire docile qui examine à haute voix la situation du royaume de Danemark pendant plus d’un an avant que de commencer la valse hésitation des réformes réformées, au rythme du claquage de tiroirs que lui impose le cabinet élyséen qui tranche et coupe.
Au final, il s’avère qu’il n’y a aucune ligne politique sérieuse chez Chirac. Tout est opportunisme, facilités de l’instant, survie !

Au résultat ?
Nos voisins, en réponse à chaque intervention de la France, nous renvoient l’image de notre désastre économique pour nous clore le bec.

Nous sommes rejetés de l’exécutif bruxellois au prétexte du refus constitutionnel mais l’agacement de nos partenaires est bien antérieur. Notre approche de boutiquier n’était pas à la hauteur de notre Histoire, nous avons déçu beaucoup d’amis quand il s’est avéré que nous cherchions par tous moyens notre avantage au détriment des autres. La PAC est la cible de tous sauf de l’Espagne qui en profite. A partir du moment où les Etats-Unis déclarent qu’ils arrêtent leurs subventions agricoles aussitôt que l’Union européenne le fait elle-même, les pays du tiers-monde que notre politique agricole ruine, n’auront de cesse de réclamer ce démantèlement. Rien n’est préparé en France pour parer ce revirement, les experts restent crispés sur un schéma productiviste déloyal à l’intérieur de l'Union et impérialiste au-dehors. Blair va les balayer !

Nos positions africaines s’effritent. Nous avions jusque-là trois points d’appui. Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon. Le premier trouve meilleur compte avec les Américains, le second a implosé, le troisième s’échauffe. Les tentatives de redéploiement ont avorté parce que nos schémas relationnels sont trop politiques et moins mercantiles que ceux de nos concurrents qui ne s’encombrent pas d’amitiés viagères et autres conférences France-Afrique d’ajustements structurels. Nous ne pouvons percer en Afrique anglophone parce que nos mœurs néo-coloniales sont mal appréciées. C’est un euphémisme. Que font tous ses régiments français installés à demeure sur le continent noir ?

Au plan mondial notre position est grandement affaiblie par notre parjure atlantique. Même si les poignées de mains sont nombreuses au Moyen Orient, le message est passé que la France n’est pas un allié fidèle. Avoir laissé tomber pour un motif de droit international notre allié biséculaire, le seul que nous ayons jamais eu, a confirmé aux yeux de tous notre imprévisibilité. S’il fallait dire le droit même vigoureusement aux Américains, au final il fallait y aller, pour l’honneur, et pour montrer que les remontrances les plus vives ne pouvaient entamer le devoir d’assistance.
Ce refus à l’obstacle fit suite à diverses trahisons petites et grandes, comme la délivrance des codes radar irakiens aux Américains dans la première guerre du Golfe (il ne fallait pas vendre à ces gens à peine de se retrouver un jour en devoir de trahir son client ce qui est le comble de la stupidité), l’interdiction de survol de l’espace aérien français lors des représailles américaines justifiées sur Tripoli, et la plus sotte de toutes qui déclencha les suivantes, le retrait gaullien des forces françaises du commandement intégré de l’OTAN en 1966. Dans ce monde immense de dangers de tous ordres qui grandit sans nous, nous n'avons aujourd'hui plus d'alliés !
Chiracomique Posted by Picasa


Reste notre influence à l’ONU ! Nous en payons la survivance en prêtant nos troupes dans des opérations de pacification. A défaut de quoi notre siège au Conseil serait disputé. Il n’est pas dit qu’il ne le soit pas un jour quand nous aurons rétrogradé économiquement derrière certains grands du tiers-monde. Et puis, le Japon comme l’Allemagne s’irritent de « payer sans voir », et la France est sentie comme le chien dans le jeu de quilles, inefficace, ingérable !

Chirac II laissera un pays affaibli à l’extérieur, fossilisé à l’intérieur, sous le gouvernement d’un Etat en quasi-banqueroute. Et, le menton haut, il bloque tout, cramponné comme jamais à un "modèle social" qu'il vaut mieux qualifier de risible pour ne pas heurter les sensibilités diverses du lectorat distingué de ce brûlot.

Faut-il attendre mai 2007 pour réagir ? Est-il déjà trop tard ?
C’est la seule question qui tienne.

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