16 sept. 2005

Critique du système des dépouilles

L'eau reflue de Crescent City. La puissance mécanique américaine doit nettoyer tout ça en deux temps trois mouvements. Reconstruire les maisons ne sera ni long ni difficile puisqu'elles sont le plus souvent industrialisés, préfabriqués en bois (peinture y comprise), et livrables quaisiment prêtes à habiter. Seules les disputes d'assurance freineront.
Maintenant l'opinion américaine et les dirigeants à tous niveaux cherchent à comprendre. Non pas les conditions de formation de l'ouragan Katrina - nous sommes là en pays de typhon et le processus est archi-connu -, mais pourquoi ce bordel géant ?

Steppique Hebdo quand le vent tombe, se rédige à la portière de la yourte, le nez levé vers la lune sur le croissant de laquelle se balance en riant Alan Goa. On me dit dans l'oreillette qu'il y a une demande renouvelée du lectorat pour la reprise en ligne de la saga Timour le Claudiquant. A quoi je répond qu'on ne sait pas tout faire dans le meilleur des hebdomadaires, soutenir la campagne électorale d'un sympathique déjanté qui veut remettre Louis XIV à l'Elysée - il va trouver ça petit le nouveau roi-soleil -, tenir un stand de thés et théières, conseiller les allumés du fengshui sur le haïkou chinois, porter des meubles trop lourds dans une camionnette trop petite, et livrer de l'introuvable aux arsenaux de la marine ! Mais à la yourte, y a du recul !

Nouvelle Orléans : Cinq étages de responsabilité : tous ont foiré.

(A) Le nez dans le guidon, Ray Nagin, complètement incapable d'anticiper même sur le passé !
La ville submersible depuis longtemps, disposait d'un plan de crue. Il n'y avait aucune alternative à débattre en conseil de crise, pas d'axe d'effort à privilégier puisqueTOUTE LA VILLE se noyait. Il fallait déclencher les phases du plan en temps et en heure et surveiller son exécution. Sachant bien d'ailleurs qu'il y aurait des victimes dans les quartiers pauvres, les plus bas.
Ray Nagin, un de ces sauteurs comme la démocratie moderne en produit à la tonne, est un expert en ... communication. Il vient de chez Cox. Aussi dès le désastre certain, il communiqua sur les retards et insuffisances des échelons supérieurs, se gardant bien de décrire les siennes.
La première et la pire est sans doute de n'avoir pas ordonné l'évacuation impérative de toute la ville. Le plan ne prévoyait qu'une assistance aux vieux et malades mais depuis l'annonce météorologique il pouvait s'adapter à tous les "piétons", même si l'exécution ne s'avérait pas parfaite. Or pourquoi n'a-t'il pas ordonné l'évacuation mais l'a-t-il seulement conseillée ? Parce que la ville n'avait jamais entendu pareille injonction dans le passé, et que si le cyclone passait un peu à droite ou un peu à gauche, il deviendrait ridicule, ce qui tuerait vraisemblablement la suite de sa carrière politique ! L'autre raison est plus "américaine":
L'évacuation d'un mille (1600m) de côte touristique coûte un million de dollars, plus le manque à gagner pour tout le secteur des loisirs. Ca donnne à réfléchir et fait perdre du temps. Le reste est la conséquance d'impérities comme en connaissent toutes les municipalités du monde. Le Superdome fut le fiasco le plus médiatisé ! Etage suprieur.

(B) Kathleen Blanco, le gouverneur de la Louisiane, sur le terrain dès la première heure.
Elle a ressenti immédiatement la détresse des populations dans les moindres détails de leur souffrance. Avertie de l'approche catastrophique, elle a suivi le plan de catastrophe de l'Etat à la lettre. Proclamation de l'état d'urgence, mise en alerte de la Garde Nationale de Louisiane, renversement des signalisations routières pour faciliter le trafic d'évacuation, ordre de constituer des stocks dans les municipalités qui resteraient hords-d'eau en prévision de l'afflux de réfugiés, et à la fin, comme prévu dans le plan, demande du soutien fédéral d'urgence. Dès qu'il s'est agi de réclamer des renforts à Washington, pas de chance, il n'y avait plus d'abonné au numéro que vous avez demandé. Après des heures d"attente, elle noua le fil avec le président Bush lui-même qui confirma que "c'était parti" (l'aide). Il n'en savait rien !
Mais, si le penchant émotif du gouverneur Blanco est assurément sympathique dans ces circonstances tragiques, il l'a peut-être privée de ses meilleures facultés d'analyse et de d'adaptation. Un gouverneur à la tête froide aurait sans doute réorganisé les moyens de son Etat plus efficacement et n'aurait pas tout misé sur l'aide fédérale. Qui était décidée, elle, par des amateurs.

(C) La FEMA, Federal Emergency Management Agency (agence fédérale de gestion des crises), est au coeur du dispositif de lutte.
En application du principe de partage des dépouilles qui veut que les hauts fonctionnaires soient remplacés par ceux de l'équipe présidentielle gagnante, cettev agence qui faisait l'admiration de tous les Américains et des brigades de pompiers d'abord, fut mise entre les mains d'un touriste, Michael Brown, et d'une équipe méritante de la campagne électorale de George Walker Bush. L'agence contre les désastres en fait les préparait. Et trois-quarts du budget de l'agance était affecté aux catastrophes du terrorisme, un quart seulement aux évènements naturels.
La liste est longue des loupés de cette agence face à Katrina. Trois seulement pour donner la couleur :
- Alors que par la rupture des digues les gens mouraient noyés à la Nouvelle Orléans, le navire hôpital USS Bataan croisait à petite vitesse le long de la côte avec six blocs opératoires, 600 lits médicalisés et 1200 marins désoeuvrés.
- Les pilotes d'hydravions de Floride formèrent une armada de sauvetage mais la FEMA leur interdit l'accès à la Nouvelle Orléans. Ce n'était pas prévu dans ses plans.
- Alors que la Croix Rouge délivrait déjà aux réfugiés ses cartes d'accès aux subsides, la FEMA qui avait convoqué des milliers de gens à l'Astrodome de Houston par 34° à l'ombre pour délivrer les siennes, annula simplement au dernier moment, préférant subitement virer les subsides directement sur les comptes bancaires des évacués. Que firent ceux qui n'en avaient pas ?
Pour finir, l'agence vient de virer 31 millions de dollars aux résidents de ...... Miami-Dade, à 160km au sud de l'oeil de Katrina !

(D) Le DHS, Departement of Homeland Security est le patron de la FEMA et endosse toutes les responsabilités dès que celle-ci déclare qu'un évènement est gravissime. Ce qui fut fait 36 heures après le désastre ! Le Secrétaire à la Sécurité Intérieure, Michael Chertoff, ancien juge fédéral, procureur, haut fonctionnaire de justice pénale, s'est avéré complètement noyé par son rôle de sage, ramenant les évènements rapportés par les média "à de plus justes proportions". Qu'il le dise une fois n'était pas bien grave, mais qu'il le répète partout pendant dix jours, en conférence à la Maison Blanche, en audition au Capitole de Washington, montre une certaine distanciation protectrice de ses humeurs intimes.
Pourtant un superplan de réponse à tout désastre avait été établi en fanfare, proclamant même la solidarité étroite (seamless integration) du gouvernement fédéral. Des plumitifs décidèrent dans leur coin au moment de la rédaction de ce superplan, que les autorités locales étaient supposées tenir le choc pendant 72 heures. Comme tout s'effondra bien avant, il n'y eut aucune réponse fédérale pendant ce trou de 72 heures.

(E) On ne peut impliquer le président Bush dans l'organisation immédiate des secours.
Pourtant son "approche" du désastre a été terriblement distante. Est-ce le côté secondaire (d'autres disent quaternaire) de son caractère qui l'a bloqué sur une position rassurante mais inutile ? Il est évident qu'avec des filtres déformants de la qualité des Chertoff et Brown il ne pouvait pas appréhender toute l'étendue de la tragédie. Mais ce sont des hommes à lui, imposés chaque fois dans un souci de centralisation renforcée ! On sait maintenant qu'il n'a pas chaque fois la main heureuse. Que fera Bolton à l'ONU ? Qui nommera-t'on à la Cour Suprême ? Kar Rove sera-t'il coulé par l'affaire Wilson ?
Mais au moins, George Walker Bush a-t'il pris sur lui tous les reproches quant au fiasco, dans sa conférence de presse nocturne à Crescent City.
C'est du jamais vu par chez nous !


PS : Le reportage photographique le plus complet est peut-être celui de Time Magazine.

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