29 sept. 2005

Le Prince de la Batelerie

SAS Galouzeau De Villepin nous la baille classique en période électorale – mais cette période s’achève-t’elle un jour donné du Quinquennat ? – en présentant un budget non fondé, sur des bases délibérément travaillées par les services techniques de la communication présidentielle.

Déficits, croissance, soldes commercial ou financier, personne n’y croit tout en faisant semblant, pour rester dans le sillon ensemencé aux prébendes. Même des gens sérieux comme Méhaignerie se contentent de chipoter. L’ordre du jour se résume à la devise de la médaille d’amour : Bien plus qu’hier et bien moins que demain !
Le déficit va perdurer quoiqu’en dise Bruxelles, et si d’aventure on grignotait la barre fatidique des trois pour cent on jouerait entre les reports annuels comme on est en train de s’y entraîner pour l’exercice en cours. Seuls les débours du Trésor sont fiables, si tant est qu’on ne fasse pas régler quelques notes par des organismes extérieurs qui présenteront la facture plus tard, quand la remise en selle au Château sera acquise. Or ces débours même falsifiés sont cruellement têtus. Le navire France coule doucement !

"La dette, la dette, la dette !" s’énervent les socialistes archaïques ; "il faut faire de la dette pour sauver l’emploi et le pouvoir d’achat". Mais un chef papou de Port Moresby (oui, ce brûlot a vocation à faire ouvrir les atlas à nos jeunes lecteurs) traité au bourbon australien, comprend sans dessin que si tu fais de la dette pour creuser des ports dans la grande mer, des canaux d’un bord à l’autre du pays, des tunnels sous la montagne, il te reste quelque chose à faire fructifier quand arrive l’usurier au nez crochu et ses intérêts. Mais quand tu fais de la dette pour donner à manger à la moitié de la population qui ne fait rien parce que trop jeune, trop vieille ou trop privilégiée, ton investissement part aux égouts chaque matin que se tirent les chasses.

Plus modérément, nous creusons une dette pour faire fonctionner un état obèse et un modèle social anachronique sans qu’il reste un centime à placer dans l’Avenir pour en obtenir du retour sur investissement. Les intérêts de la dette et les remboursements en capital que l’Etat de demain exigera de nos enfants ne seront gagés sur rien, sauf sur leurs propres économies et leurs propre travail s'il en reste assez. Finalement notre génération se comporte comme ces « cons terribles » qui brûlent leur fortune par prodigalité stupide. D’ordinaire la hoirie en espérances les fait mettre sous tutelle pour gâtisme.
C’est bien ce que devrait réclamer la génération montante à l’endroit de l’establishment actuel, sans exceptions. La révolution donc ?
Vous n’y êtes pas du tout !

Les entêtes ministérielles devraient s’orner de la parabole illustrée de Bruegel car c’est tout le pays qui se complaît dans cet aveuglement, les jeunes aussi. On leur a inculqué leurs droits, leurs professeurs et autres agents des services publics qu’ils côtoient, les ont familiarisés avec la lutte sociale, les avantages acquis, les loisirs nécessaires, les congés-maladies calculés ; les médias les portent vers l’éphémère, le clinquant, la télé-réalité ; et majoritairement ils vont passer des concours pour devenir fonctionnaires. Petite vie, mais sûre jusqu’à la mort, du moins le croient-ils.

Petite respiration :
Aveugles de Bruegel
Contemple-les mon âme. Vois comme ils sont affreux !
Pareils aux mannequins; vaguement ridicules;
Terribles, singuliers comme les somnambules;
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d'où la divine étincelle est partie,
Comme s'ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie.

Ils traversent ainsi le noir illimité.
Ce frère du silence éternel. O cité!
Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Éprise du plaisir jusqu'à l'atrocité,
Vois! je me traîne aussi! mais, plus qu'eux hébété,
Je dis: Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles?
(Baudelaire)


Il est bien maigre le cercle des guerriers qui pensent à relever le pays ou du moins s’exaltent d’un sursaut possible qui maintiendrait la nation française au rempart de la civilisation occidentale. Il faut dire à leur décharge qu’ils n’y sont pas aidés par la présidence affairé à parcourir l’ancien empire pour s’agenouiller ci et là en rachat de vilaines choses perpétrées contre les peuples soumis, mais en escamotant complètement l’œuvre positive de la colonisation (on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas tendance).

En passant, Le Congo-Brazzaville vient de demander le retour des cendres de Savorgnan de Brazza qui a libéré le peuple congolais de l’esclavage et de la misère.
Le Tchad aussi aurait beaucoup à dire sur la fermeture des fabriques de castrats noirs qui produisaient de la ressource, avec soixante pour cent de pertes, à destination de l’Empire ottoman. Et on peut faire une liste très longue, que l’on fera sans doute bientôt pour amortir les génuflexions intempestives.

D’ici là la dette se creusera aux frais de la marquise !

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