14 oct. 2005

La Chine et la Troisième Voie

Lao Tseu l'avait dit à Hergé : Il faut trouver la voie !

Après 25 ans de réformes économiques qui ont métamorphosé la Chine populaire, le XIème Plan quinquennal (2006-2010) a des accents qui rappellent un peu les misères du monde capitaliste. Ainsi vise-t-il « à résoudre les problèmes qui affectent directement les gens et à mettre l'accent sur la création d'emplois ». Le chômage sous-évalué aujourd'hui par les statistiques officielles, est effectivement devenu une préoccupation majeure pour la population, tout comme les inégalités criantes qui se creusent à mesure que la Chine se développe à grande vitesse. Le Plénum du PCC promet à cet égard, « de prêter plus d'attention à la justice sociale et de renforcer les ajustements dans la distribution des revenus ».

Au communiqué final, pas de grandiloquence vers les lendemains qui chantent, on remise les bannières rouges à milliers pour le stade, le parti cherche tout simplement à perdurer.
Vraiment ?

Le capitalisme communiste sauvage est l'Alien qui ne cesse de grossir et dont personne encore n'a déchiffré le génome. Mais on voit bien distinctement le mur au bout de l'Allée du Progrès Effréné vers lequel peut se fracasser le char de l'Etat, lancé à dix pour cent l'an de croissance échevelée :
Des hordes de sans-emploi qui se multiplieraient comme des criquets et qu'on ne pourrait réduire d'aucune façon sous le regard intéressé du monde goguenard. Une reclassification générale de la nation (c'est déjà très avancé) avec des écarts de moyens disponibles dignes de l'Egypte antique, la masse populeuse paupérisée au taquet, la classe dominante abordant au Top Cent de Fortune Magazine, entre les deux, d'une part les compradores de la nouvelle classe moyenne, se servant des uns pour plaire aux autres et grimper l'échelle sociale ; d'autre part, les rouages génétiquement corrompus des administrations locales, entendant par leur seul pouvoir de nuisance éventuelle, pomper leur part sur le flux de richesses produites ; un loto impérial aux proportions jamais vues.

Ludovic Woets analyse les racines de ce qu'il appelle le Défi Majeur de la Chine. C'est plus intéressant qu'un rapport de la Banque Mondiale et moins long. Voici sa copie rabotée en langue vulgaire.

Les Chinois définissent traditionnellement leur pays par le terme : Zhoungguo (l’Empire du milieu, le centre du monde) ou par le terme : Tianxia (Monde, univers). Le ciel (Tian) a conféré à son fils (l’Empereur) le mandat de régner sur terre avec justice et morale. Dans le cas contraire, tian créé le Chaos (luan) donnant droit au fameux Ge Ming, le défi au mandat. Ce concept du défi au mandat est d’une importance considérable pour comprendre, non seulement la structure politique de l’Etat chinois, mais aussi les structures mentales de la population.
Le Chinois craint le vide. Le vide et le chaos. Le vide car entraînant le chaos. Le chaos car étant toujours accompagné pour la Chine de " grands malheurs ". Le comportement de la population chinoise est donc prévisible que dans les circonstances où le pouvoir est fort. En très large partie, l’avenir de la Chine dépendra du degré de cohésion de l’Etat. De ce fait, des désordres n’ont rien d’invraisemblables. Le contrôle du pouvoir central en Chine, aujourd’hui comme hier, et ce à travers toutes les époques de son histoire, repose sur un concept culturel : l’important n’est pas le contrôle économique, mais le contrôle politique et moral. Le défi aujourd’hui lancé à la Chine est considérable. Nul ne peut vraiment saisir la portée de la mutation en cours. Et pour les dirigeants demeure essentiel, l’aspect politique et moral.
La réforme économique ne semble pas être un but mais l’instrument d’une stratégie de puissance dont l’objectif est de rétablir toute l’influence de la Chine impériale. Le concept de " modernisation " s’applique en réalité aux instruments de la puissance chinoise, ce que le Japon avait déjà compris avec l’ère Meiji et mis en pratique durant l’entre-deux guerres. La Chine ne sera l’alliée de personne n’en déplaise à certains stratèges, notamment américains.
Être chinois signifie être civilisé, les autres étant à la fois barbares et inférieurs. Ils doivent donc être déférents. Ce sentiment mêlé à une historicité d’humiliation collective, à l’assurance d’une suprématie chinoise envers les autres, donnera à terme un statut de puissance dominante. Les longues périodes de l’histoire chinoise où ce pays fut diminué et humilié auront leurs répercussions à l’inverse. Ce rappel historique à son importance, il permet de comprendre pourquoi la Chine, qui estime avoir souffert de l’Occident (elle reste aujourd’hui un pays blessé dans son orgueil), ne veut pas se voir imposer un modèle occidental, y compris au sein des relations internationales. Pour les Chinois, la situation actuelle n’est qu’un incident de l’Histoire (à son apogée en l’an 88 de notre ère, la Chine contrôlait l’un des plus vastes empires que le monde ait connu). La Chine parviendra à corriger cette situation et à retrouver " sa centralité ".

Donc la surchauffe économique et sociale menace "L'Hegemon impérial". C'est clair.
A défaut d'empereur tenant la corde tendue entre le Ciel et l'Empire, le Politburo chinois doit faire avec ses moyens propres et recycler les mesures de réparations des dégâts subis par les populations, qui ont montré ailleurs quelque efficacité, avant que celles-ci, les populations, ne redécouvrent les joies exaltées de la Révolution. Soixante ans de théâtre populaire en costumes kaki et bannières rouges pour la justice et la libération des opprimés, il en reste forcément quelque chose.

Le triste Hu Jintao est un apparatchik documenté qui a traîné ses guêtres jusqu'au Tibet. Il ressent les choses avant qu'on en fasse de copieux rapports. Il n'est que temps de guérir la Chine de sa croissance, maintenant.
le dernier empereurAccessoirement, la marche à la Troisième Voie serait un signal fort au régime nord-coréen lui montrant que la fatalité de son effondrement n'est pas écrite dans les rouleaux célestes s'il veut bien se donner la peine de suivre posément le grand frère chinois, sans lui mettre une bombe atomique sur la tête !

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