7 oct. 2005

Poèmes Volés

 

Spleen de Sédar Senghor

Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l'endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l'endormir.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d'ailleurs,
L'indolence dolente des crépuscules.
C'est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d'une longue mélopée.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Les amis inconnus de Jules Supervielle

Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d'une lame profonde,
Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit, les étoiles muettes.

Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge
En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer,
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s'y pose ; on dirait qu'elle est comme les autres.

Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,
Il n'est pas de chasseur encore dans la contrée
Et quelle peur les hante et les fait se hâter,
L'écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,
La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?

Il vous naît un ami et voilà qu'il vous cherche,
Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux,
Mais il faudra qu'il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d'étranges battements
Qui lui viennent des jours qu'il n'aura pas vécus.

Et vous que faites-vous, ô visage troublé,
Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,
Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles :
Si je croise jamais un des amis lointains
Au mal que je lui fis, vais-je le reconnaître ?

Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

La mer a pris tous les marins de Paul Fort

La mer a pris tous les marins
Toutes les filles sont sur la plage
Et les mouchoirs volent aux mains
Les voiles vont comme en courant.

La mer se gonfle comme un sein
Et montre aux filles sur la plage
Les veines bleues de ses courants
Sous la dentelle des sillages.

Ô mer jolie, seras-tu sage ?
"Adieu", répondent les marins
Toutes les filles sont sur la plage
La terre s'en va comme en courant.

"Adieu" vient répéter le vent
À toutes les filles sur la plage
La mer se gonfle comme un sein
Un courant va rire au rivage.

La peine gonfle les seins
Les filles courent sur la plage
Et les mouchoirs volent aux mains
La mer a pris tous les marins.

Comme je passais de Sédar Senghor

Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ébloui par le jour,
Et m'a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane cubaine.
Un parfum pénétrant de Négresse
L'accompagnait.

Voilà des nuits,
Voilà bien des jours au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.
Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,

Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l'eau sous les dakhars
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières.

Semaine de Luc Decaunes

Lundi clair comme un tournesol,
Comme un soleil dans la vitrine ;
Mardi plus bruyant qu'une usine ;
Mercredi, galant entre-sol ;
Jeudi et ses plaisirs étranges,
Vendredi, maigre comme un clou,
Et Samedi aux cheveux fous,
Pour qui les filles se dérangent :
Tous les jours se donnent la main.
Dimanche refuse la sienne,
Insolent comme un capitaine,
Et chamarré comme un dolman
Bah ! Dimanche, je n'ai que faire
De tes airs de conquistador,
Et j'abomine ton décor
Qui déconcerte ma misère.
À l'avenir, tu peux parfaire
Tous tes lon-la et tes lon-laire,
Dimanche ! quand tu viens, je dors.

A la semaine prochaine ...

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