25 oct. 2005

Soft Power

L'Europe craque de partout. Les Polonais reviennent sur une position de quant-à-soi en élisant un président atlantiste sans états d'âme. L'Union c'est bien, ça rapporte et aide à aménager l'espace, moderniser les fonctions de l'état comme les douanes, le fisc, le marché agricole, plein de choses encore qu'il faudrait des lustres à les acquérir par soi-même et qui vous sont offertes sur un plateau par la bureaucratie de Bruxelles injustement critiquée.
La présidence anglaise se faisait fort de convertir les modèles nationaux si désuets en un modèle libéral blairisé, et de réaffecter les intentions budgétaires européennes en conséquence, abandonnant ainsi les bouseux à la météo au bénéfice du spatial, de l'éducation et de la recherche fondamentale. En vain.
Les Ukrainiens ont assisté stupéfaits au vidage de la plus jolie dame de fer slave en deux coups de sifflet. La révolution orange n'avait pas prévu de récompenses comme celle de Yeltsine en Russie. L'Union craque, mais est écoutée.
L'ONU se saisit du Kosovo. Elle en dessaisit ce faisant la Serbie d'abord et l'Union européenne ensuite. Mais qu'importe, vus de loin les bandits albanais ne sont pas si terribles, et puis le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à emmerder ensuite tous les autres, ça fait partie de l'histoire. Nous reconstruirons le Kosovo en creusant notre propre dette, sans doute dans un programme européen de réconciliation constructive de la fédération mourante de Serbie-Monténégro, Kosovo y inclus. Et malgré l'ONU l'Union est attendue.
L'Europe craque mais elle ouvre après les minauderies d'usage, ses négociations avec la Turquie pour l'intégrer dans l'Union. Tout autre possibilité est exclue au départ ! Etonnant, non ? comme aurait dit le regretté Desproges.
On ne se demande pas ce qu'il adviendra des républiques caucasiennes dès lors qu'elles auront revêtu le manteau présentable de la démocratie et auront cessé leurs guerres de cantons. L'Union elle, se le demande déjà.
Si sur chacun de ces points Bruxelles voulait se donner la peine d'interroger les peuples d'Europe occidentale, indirectement par référendum populaire, ils rejetteraient ces actions. Alors pourquoi persiste-t'on ?
Parce qu'il a un pacte ! Un pacte occidental pour sortir vainqueur de la Quatrième Guerre Mondiale. Ouh là là, la grosse tête !
Celle-ci, la guerre pas la tête, évoquée prudemment dans ces colonnes déjà, fut déclarée un Onze septembre par la faction islamiste du Tiers-monde. Du moins c'est ce que l'on veut retenir comme futur pivot scolaire, afin de ne pas empiéter sur la Troisième, dite Froide et gagnée par l'Occident sur l'Empire du Mal Total qui fut proprement effondré sur lui-même à la Chute du Mur de Berlin. Mais tout le monde sait qu'elle fut en réalité déclarée in petto à Bandoeng le 24 avril 1955.
Elle durera trois ou quatre décennies, voire plus, selon ses analystes qui en même temps la font, jusqu'à parfaire la confusion au sein de laquelle les Fils de Gubbio seraient soit les défenseurs de l'Occident, soit les assaillants du Croissant Vert. Mais qu'importe ce brouillard originel, elle est intégrée dans tous les schémas impériaux occidentaux au catalogue des réalités vraies. De quoi le Pacte précité dispose-t'il ? Nul ne le sait en dehors du club un peu fermé des dirigeants du G7, et quelques autres professeurs d'université qui l'ont théorisé, mais on peut se déciller les yeux et appréhender certaines cohérences révélatrices.
Quand les actions de l'Union européenne sont jugées "incroyables" par les observateurs populistes, elles prennent toute leur cohérence dans le schéma offensif défensif que le brûlot tartare va vous bailler là tantôt.

C’est l'histoire du Soft Power et du Hard Power. Oui, il y a une connotation ... mais bon, c'est de la politique internationale réaliste et à ce titre un peu trash. Le Hard Power dans lequel tout le monde a reconnu les Etats-Unis, renforcés d'alliés selon les circonstances et la ressource en guerriers, est chargé de frapper au marteau-pilon les sourds et malentendants de la mouvance des peine-à-jouir dans l'american way of life. Avec Bush le Fils, il n'y a plus aucun doute, il fait où on lui dit de faire et le pilon ébranle tout le territoire visé. Ceux du Creusot nous comprennent. On détecte la menace, on juge son imminence, on écrase la menace largement pour être sûr ! Mais c'est largement insuffisant. Il faut compléter le schéma stratégique par le Soft Power. Et là, on reconnaît l'Europe unie. Sa mission dans le pacte est de phagocyter à son rythme mais sans atermoiements, les territoires susceptibles de voir naître les menaces futures. De par la géographie péninsulaire, sa mission est orientée vers l'Est. Et comme c'est vers là que gisent les ressources énergétiques de demain, c'est tout bénéfice. L'Europe progressera donc inexorablement vers son Orient. En plus, ça fait maçon de le dire et c'est bien vu. Elle apporte ou impose c'est selon, ses lois et schémas de gouvernance étatique, sociale et morale; elle en fait même un troc contre les crédits et subsides qu'elle distribue généreusement. Le but est de détruire les ressorts nationaux ou nationalistes de résistance qui entraveraient la marche à l'Orient et laisseraient le territoire fertile en colères violentes pouvant dégénérer en point d'ancrage d'une contre-offensive.
A cet égard, la résolution de l'Unesco retirant les biens culturels du Marché est une contre-performance de l'Occident, même si des pays montent sur leurs ergots pour s'en réjouir. La tâche de destruction culturelle des territoires à conquérir par le Soft Power sera freinée.
On comprend mieux dès lors ce consensus général pour l'intégration à l'Union de la République turque en dépit de la bronca des peuples d'Europe. Il y a unanimité au Conseil pour considérer que certaines choses ne peuvent pas vraiment être expliquées, et qu'il faut savoir passer outre pour le bien futur des peuples. En l'affaire, retirer la Turquie de l'échiquier islamiste est primordial. Sa position charnière, sa puissance économique montante, sa puissance militaire, son patrimoine impérial, sont des atouts de grande valeur que l'on escompte retourner contre les ennemis de l'Occident. Son influence historique sur la Grande Steppe où justement gisent ces immenses ressources d'hydrocarbures sous si peu de pieds, est très prometteuse pour la suite de la Marche à l'Orient.
Carte de l'EuropeDonc si vous voulez survivre à la Quatrième, accueillez la Turquie ... et continuez à enrouler la corde.

La seule incertitude - soyons pédant, ce n'est pas encore criminalisé - est la stratégie de la Russie et sa grande Fédération. Va-t'elle laisser se dérouler les opérations occidentales au bord de ses marches du sud en seulement nous observant ? Il semblerait que non ! Le retournement de l'Ukraine a été très mal vécu à Moscou. Les émeutes, démocratiques dit-on, fomentées par les services occidentaux dans les républiques de la Steppe aussi. Et la Russie pourrait faire un exemple assez sanglant pour qu'on se souvienne qui est le maître des jeux dans cette zone. On lui pardonnera tout après quelques hurlements, à cause du gaz !
L'Ours est affaibli mais teigneux et cerné. Il n'en est que plus dangereux. Les experts mondiaux lui prédisent un déclin inexorable, une forte contraction démographique et un destin de pourvoyeur de matières premières, sans lustre aucun. Il y a de quoi réveiller l'âme russe et sa fierté. C'est pour la gestion de cette menace assez considérable sur le flanc nord de l'Alliance occidentale que l'Administration Bush a nommé son meilleur expert soviétique en la personne de la très aiguisée Condoleeza Rice. Rien de tel que de débarquer au Kremlin en botte et uniforme bleu nordiste, en parlant le russe, en sachant autant que son interlocuteur les tenants et aboutissants des travaux yeltsiniennes de démontage de l'URSS, puis de passer au piano évoquer Rachmaninov ou Borodine, et écluser un verre de vodka pour la route en partant, ...pour aller au fond des choses indicibles.
Dr Rice Oui, ça change de notre ministre ectoplasmique des affaires étranges - on avait dit qu'on n'en parlerait pas, me crie-t'on dans l'oreillette.
Donc Turquie, Caucase, Azerbaïdjan sont sur la route de la Marche à l'Orient. L'Ukraine qui se pomponne pour l'Union, devra attendre un accord russo-occidental.
Ceux qui ne voient pas si bien encore la solidarité atlantique nécessaire à ce pacte des Soft et Hard powers devraient consulter la résolution du Parlement européen en ouverture du sommet transatlantique U.E. - États-Unis qui s'est tenue le 20 juin 2005 à Washington. Cliquez-ici, sachez-ici ! C'est gratuit.

1 commentaire:

  1. Ca y est je suis passe, j y reviendrai sans doute.
    Merci pour ton commentaire, vive l asie, et je peut te dire que je risque d y finir mes jours, mais pour le moment, je reste en France pour encore quelques annees, je vcous embrasse toi et Myriam, a bientot.
    Christophe

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