7 oct. 2005

Une Reine à l'Elysée ?

Vous n'y pensez pas ! Une reine serait parfaitement exotique en France, d'abord parce que les lois fondamentales du défunt royaume appuyées sur la tradition des Francs saliens (en fait un montage de circonstance) le refusent, ensuite parce que les Français, et les Françaises, conservent certaines réticences avant de confier leur destin à une amazone. Le personnage féminin le plus populaire de son époque, Simone Veil, n'a jamais pu percer en politique intérieure, le seul premier ministre féminin de la République, Edith Cresson, a été proprement viré de Matignon pour déclarations intempestives, sous les ricanements les plus larges.
Et pourtant, des pays voisins ont tiré grand profit de la pugnacité naturelle de certaines épouses qui comme Margaret Thatcher parvinrent à consortiser leur mari dans les pages ad hoc des tabloïds londonniens. L'Allemagne s'apprête à sauter le pas avec un garçon manqué. Israël, le Pakistan, les Philippines ont eu ou font des essais. Les Etats-Unis pourraient bien succomber aux voiles sévères de Hillary Clinton. Notre tradition nous bloque-t-elle ?

Qu’est-ce que la tradition selon le professeur Vivatrex.

La tradition, la coutume, sont la cristallisation des usages d’une société. Ces usages prennent avec le temps une dimension quasi religieuse, et obtiennent une autorité certaine.
Mais quels usages retenir ? Car les usages varient insensiblement au cours du temps : il sont vivants. Il n’y a qu’à voir l’évolution de la place de la reine dans les affaires publiques : elle a toute la sienne jusqu'au 12ème siècle, alors que la royauté baigne encore dans une atmosphère très féodale et aristocratique. On peut parler même de «trinité royale»: Si l’autorité suprême est alors exercée au nom du lignage, elle l’est en fait en indivision entre le roi, sa femme, son fils. Les autres membres de la famille ont un rôle plus effacé, à commencer par les filles qui sont vouées à des mariages à l’extérieur du lignage. C’est ainsi que les actes royaux seront expédiés et souscrits au nom des trois. La reine sera d’ailleurs sacrée et couronnée comme le roi, de même que le fils aîné du vivant même de son père, jusqu’à Philippe Auguste.

La « trinité capétienne » ne s’étiole qu’à partir du 13ème siècle au bénéfice du seul roi. Certains rois se sont méfiés de leurs épouses issues parfois des familles de leurs adversaires ; d’autres comme Charles V, leur laissèrent un rôle politique important. Mais le nom de la reine disparaît vite des actes royaux, et elle tend à s’effacer devant l'accroissement réel du pouvoir exercé par le roi.
L’évolution vers le pouvoir unique est aussi favorisée par les déboires des rois capétiens avec leur famille : Isabeau de Bavière pendant la folie de Charles VI ; la « Folle Guerre » de Louis II d'Orléans contre la régente Anne de Beaujeu ; et même plus tard la dispute entre Gaston d’Orléans et Louis XIII.
C’est donc surtout en réaction contre ces querelles féodales parfois meutrières qu’une sorte de consensus s’imposera autour de ce qui apparaît comme une évidence : pour éviter toute guerre dommageable avant tout au peuple, il faut que l’autorité royale soit absolue et confiée à un personnage unique, le roi. C’est le peuple dans son ensemble qui a voulu voir la monarchie évoluer vers un pouvoir toujours plus fort, à preuve la suplique au roi du Tiers des Etats Généraux de 1614. Quoiqu’il en soit, le fait que le roi et le peuple se soient entendus pour édifier un pouvoir absolu afin de réduire les grands féodaux est une tarte à la crème de l’Histoire. C’est encore le Tiers qui, aux Etats Généraux d’Orléans en 1560, déniera à la reine mère le titre de majesté, qui sera dès lors porté uniquement par le roi. La reine mère n’aura aucune participation aux affaires, sauf en cas de régence. Il n’y a plus de communauté de biens entre le roi et la reine à partir de son avènement; tout ce que le roi acquiert « tourne au profit de la république qui est leur épouse mystique et la plus privilégiée » (Cardin Le Bret !).

Qu’en conclure ? Si la tradition a ce caractère quasi sacré qu’on lui prête souvent, c’est parce qu’elle est en rapport avec le « Bien » au sens large ou le "Mieux" en attendant d'y atteindre. L’exclusion des reines des affaires publiques, tout comme la mise en place d’une monarchie absolue, ont été perçues à un moment donné comme quelque chose de positif. Ces usages se sont alors imposés comme tels et ont été perçus comme intouchables car « traditionnels ».
Mais il faut aller plus loin :

La loi peut elle toucher à la tradition ?
Non, ou tout du moins, le changement doit être le plus lent et le plus pensé possible.
La Tradition c'est le «Bien» avec un B majuscule. Le changement s'il est quand même possible car les valeurs positives sont un cadre assez large pour laisser s'accomplir une lente mutation, doit préserver ce Bien supérieur.
Or que voyons nous actuellement ?
La Constitution de la Vè République et son Préambule sont organisés entre autres principes autour de cette idée que c’est «la volonté générale», la «majorité» qui font la loi.
Or le propre de la volonté générale, le propre des majorités, c’est d’être fluctuantes, ballottées au gré des passions du moment, des intérêts majoritaires, de l'axe politique suivi. Lamartine disait que la loi « n’est que la sanction de la justice »… mais quelle justice trouve-t’on dans la loi du plus fort ? Ce qui est bien et juste un jour, ne le sera plus dix ans plus tard si les intérêts ont varié en sens contraire. Il n’y a alors plus ni « Bien » ni « Mal », ni juste ou injuste, il n’y a plus qu’une lutte sans merci entre le « Bon » des uns et le « Bon » des autres. Cette incertitude quant à la norme supérieure, s'appelle l’arbitraire ! C'est un pur produit de la démocratie absolue.

Pour finir, quelles conclusions tirer par rapport au sujet ?
Les usages fluctuent, et seuls certains d'entre eux sont retenus dans la Tradition. Si la légitimité ne tient que de l’antériorité, pourquoi ne pas réclamer au nom de la tradition une place politique réelle de la reine dans une monarchie française comme ce le fut au début de la saga capétienne ?
Ainsi la place de la reine dans une monarchie retrouvée comme celle d'une présidente dans une république décomplexée, ne doivent-elles dépendre que du Bien et du Juste. S'il s’agissait de mettre en place un régime moderne qui tienne compte du « Bien » et des valeurs morales du temps, pour les tenants d’une monarchie constitutionnelle, la tradition serait de principe la Constitution. C’est en effet elle et elle seule qui fixerait les conditions de dévolution de la couronne ; elle tiendrait compte ou non de la «tradition» venue du passé. Il ne s’agirait alors que de repenser la place de la reine par rapport aux "Valeurs" de notre temps et au "Bien" de tous les temps.

Et ça nous changerait un peu des combats idéologiques à géométrie variable selon que le vent majoritaire qui souffle à l'instant est aquilon, zéphyr ou sirocco. Un peu de maturité féminine ne pourrait que nous faire du bien. Celles dont les noms sur image suivent, sont priées de remettre leur bordereau de candidature à la préfecture du chef-lieu dans les délais d'usage:

RoselineYasmineroseAnneIngridFrançoise?MarineSégolèneXavièreFlorenceRaina

Vous n'y êtes pas du tout !

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