9 nov. 2005

Novembre 1788

"La République est à une heure de vérité"
Galouzeau de Villepin, à l'Assemblée nationale le 8 novembre.

Ce ne sont pas tant les émeutes urbaines de ces derniers jours qui la mettent en péril, même si la supputation d'une surveillance active de la part d'organisations socio-religieuses comme l'UOIF, pourrait le faire croire. Non plus que la victoire pressentie de bandes de crime organisé qui en échange de la non-pénétration des forces de l'ordre sur leur territoire, ordonneraient le repli général. Non plus que la submersion frontiste encouragée par les derniers sondages, excellents pour sa cause. Non !!Chirac_Villepin

C'est l'appareil d'Etat républicain qui semble mortellement touché. Laissons les caricaturistes saisir "l'ectoplasmique aiguë" de la présidence. Il aura fallu presque quinze jours de destructions impressionnantes pour que le plus haut niveau de l'Etat sorte de sa torpeur pour ne pas dire, de sa crise de tétanos. Dans le souci de ne pas ameuter la Gauche et les ligues, on s'est engagé dans l'affaire avec les moyens du quotidien, compagnies de sécurité, gendarmerie mobile, brigades de police locale et nos malheureux pompiers. Les canons à eau sont restés au garage alors qu'ils étaient une réponse adéquate; les chars légers de la gendarmerie sont restés au paddock alors que de les montrer aurait aidé les parents des mineurs, qui cherchaient un appui fort des autorités pour convaincre leurs gamins de rester à la maison. Les moyens modernes non blessants, utilisés ailleurs pour affronter des émeutiers, n'ont pas été employés chez nous sans doute par défaut de la sacro-sainte homologation nationale; je pense aux pistolets à peinture qui marquent les plus virulents de la première ligne et rendent ainsi plus facile leur interpellation. Mais hors du domaine de la sûreté, la démission fuse de toute part. C'est le rallye à curée !

EmmanuelliSi la majorité de l'Assemblée se range aux conclusions même tardives de la raison, une partie de la représentation parlementaire appelle à la rébellion à mots couverts ou pas, selon la témérité de chacun. Ce qui au-delà du sentiment d'impunité que dégagent ces déclarations, prouve l'affaissement moral et politique du régime dont on prédit chaque jour l'incrémentation.
Deux responsables politiques d'opposition et non des moindres, viennent de braver ouvertement l'état d'urgence décrété par le gouvernement. L'ex-ministre et député Martine Aubry déclare "qu'elle s'opposerait à l'instauration d'un couvre-feu dans sa ville". Le député Noël Mamère assure que "si d'aventure l'état d'urgence était décrété dans sa commune, il désobéirait et refuserait d'appliquer les consignes du préfet".
Quant au débat cornecul du maire de Paris qui en appelle à la plus grande efficacité tout en refusant le couvre-feu à son avis disproportionné, c'est patauger dans la plus minable démagogie, et faire peu de cas des souffrances endurées par les travailleurs.

Voici pour les archives un florilège des mots définitifs de certains élus, bien à l'abri sans doute, quant à l'état d'urgence.
Bureau du PCF : "provocation insensée"
Emmanuelli : "faute politique lourde"
Montebourg : "caractère disproportionné"
Besancenot : "loi délirante de militarisation et quadrillage"
Feurtet (maire du Blanc-Mesnil): "faire la guerre aux pauvres plutôt qu'à la pauvreté"
Communiqué commun de la Ligue des Droits de l'Homme, du PCF, de la LCR, des Verts, du Syndicat des Avocats de France, du Syndicat de la Magistrature, de la FSU : "message symbolique désastreux donné par une législation d'exception héritée de l'époque coloniale".

GollnischCertains beaux esprits se "sentent" en 1788. Et d'énumérer les similitudes :
Crispation des privilégiés qui refusent la rénovation de l'Etat, classe moyenne brimée et lourdement taxée, couche populaire précarisée par la situation économique, finances publiques au seuil de la banqueroute, un roi indécis comme un président absent et sans imagination. S'y ajoute aujourd'hui l'évasion des capitalistes qui privent le pays des investissements autrement nécessaires.

La question des sous rebondit en permanence. A force pour le gouvernement de promettre l'argent dont il ne dispose pas, il crée des frustrations. On dit prévoir cent millions aux associations de quartiers, mais où les prendre puisqu'il manque de l'argent partout, et que tous les comptes sociaux du pays sont en déficit chronique et profond ? Le budget n'a plus de gras, sauf à se décider pour de bon à réduire la masse salariale publique qui est la seule variable d'ajustement ayant de l'effet à court et long terme. A défaut, si l'on a à ce point peur des crapules corporatistes comme les Aschiéri, on pourrait réformer le régime institutionnel obèse de la République par une réduction du bicamérisme redondant. Des milliards seraient dégagés par la suppression du sénat et de son assise, les arrondissements départementaux, avant que d'envisager la suppression des départements eux-mêmes.
A quoi sert le sénat de monsieur Poncelet ? Poser la question c'est y répondre. La chambre haute est un cimetière d'éléphants politiques dont les moins oisifs se saisissent d'un sujet d'étude tous les deux ans afin de s'inscrire aux tablettes d'argile des contributions intellectuelles de plaisance. Nul n'attend du sénat une embellie pour la France, une réflexion nouvelle, des propositions audacieuses frappées au coin de la sagesse. Ces jours-ci, il n'a pas été évoqué une seule fois alors que les défis sont concrets, immédiats. C'est vrai que c'est un repaire de la ruralité. Son rôle est d'en avoir aucun et de recruter les battus !
Si le sénat résiste à la hache, il faut, la mort dans l'âme, réduire nos armées à la taille de nos ambitions possibles, et se contenter de garde-côtes en guise de marine, de gardes nationaux en guise d'armée de terre, et des canadairs en guise d'armée de l'Air. Finies les expéditions foireuses au fin fond de l'empire défunt. Oubliée l'Afrique en sueur soulevant notre botte ! Les Balkans démontées et trahies ! Les échelles du Levant yankeecisées. On résistera sur les dunes du Grand Travers entre Carnon et la Grande Motte. Ce ne sera déjà pas si mal et plus proche des capacités de décision du chef suprême.Jospin

La République a humilié la nation. La France des Lumières (c'est nous surtout qui le crions) est débinée partout au spectacle de ses incendies. La leçon assimilationniste est invendable. Notre modèle social partout le contrexemple d'école. Nos institutions quinquennalisées, le moteur de la fébrilité permanente. Nos amitiés lointaines et honteuses, la recette de la corruption endémique d'état. Notre arrogance légendaire carrément insupportable.
Ce régime peut s'effondrer sur lui-même. Son successeur sera pire, car il n'aura aucune rente ni capital pour repartir, et de nombreux adeptes de la révolution marxiste l'empoigneront à nouveau pour rescuciter leur utopie mortifère. Ils se rangent déjà le ticket à la main, attendant que soit appelé leur numéro. La France en sortira durablement meutrie et irrémédiablement diminuée.
Le destin du Portugal ! comme disait notre plus haut général. Finalement on verra partout en Europe des maçons français dans vingt ans ! Allez hop, à l'apprentissage !

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