25 nov. 2005

Paris Berlin Téhéran

Kanzler Merkel
Notre moins sûr allié est venu faire révérence après l'intronisation de sa première chancelière, comme le veut la tradition.
Le Traité de Paris ne dispose nulle part que le chef du gouvernement allemand vienne à Paris comme d'autres avant lui allèrent à Canossa, mais l'adoubement ex cathedra flatte ce qui nous reste de "grandeur". L'inverse n'est jamais évoqué puisque les institutions françaises surpassent en tout celles de la République fédérale, et que notre chef est chef d'état alors que leur chef n'est que chef de gouvernement. Ce qui par exemple obligea pendant sept ans les services protocolaires du Conseil européen à réserver la suite numéro Un au président Valéry Giscard d'Estaing dans les hôtels-châteaux où descendaient le gratin exécutif de ce qui deviendrait un jour l'Union européenne.
En 2007 Sarkozy ira-t'il se présenter à la Chancellerie du R..., euh ... à Berlin ? Rien n'est moins sûr, puisque ce n'est pas écrit dans le Traité, et d'autant qu'on ne sait même pas si Frau Kanzler Angela Merkel est douée en cuisine !

La vanité élyséenne a remercié la voyageuse d'avoir entamé sa tournée des capitales européennes par Paris. L'aurait-elle achevé pareillement qu'on l'aurait complimentée de même. Dans le premier cas elle honore ceux qui se prennent encore pour les mentors de la RFA; dans le second on l'aurait remercié de venir rendre compte de ses pérégrinations en fin de circuit. L'insulte eut été qu'elle passât entre deux !
De quoi parlèrent-ils dans les canapés Louis XV ? Du Traité de Westphalie ? Non, c'est une blague, et n'ayant pas été invité au cocktail, je me vois verser dans le fossé de la supputation. Peut-être la chancelière égrena-t'elle les mesures de redressement que la Coalition a décidé pour sortir l'état fédéral de la gangue marxisante et tuer dans l'oeuf cette religion du déficit à laquelle les socialistes européens font dévotions. Les énoncer dut être autant de piques douloureuses pour les Français qui n'ont jamais eu le courage du tiers.

- trois points de plus de TVA qui atteindra 19 % ;
- deux ans de report des droits à la retraite dont l'âge passe à 67 ans ;
- une heure de plus hebdomadaire pour les fonctionnaires qui feront désormais 41 heures.

S'y ajoutent, qui seront maintenues et amplifiées, les mesures drastiques déjà prises par Gerhardt Schröder, concernant la lutte pour l'emploi contre les chômeurs, le plafonnement des dépenses individuelles d'assurance maladie, et cent autres décrets déplaisants pour sa base électorale.
Si le catalogue a certainement irrité Paris qui va devenir le mouton noir du pacte de stabilité de l'Euroland - voir le budget désastreux qui passe à la Chambre -, il reçut certainement les encouragements de Londres qui y entend quelque écho aux remontrances que Tony Blair faisait à la France à l'heure du budget européen, la priant sans détours de mettre de l'ordre chez elle avant que de vouloir imposer ses modèles aux autres européens. Le foutoir de l'intifada des banlieues l'a sans doute confirmé dans ses intransigeances. Le monde politique est devenu bizarre au point que le premier ministre travailliste de Sa gracieuse Majesté se sente plus en confiance avec une chancelière du parti chrétien-démocrate qu'avec les ténors du modèle étatique français. Mais la couleuvre n'est pas passée par là.

C'est à Bruxelles que le clou a marqué la planche !

Merkel a déclaré en peu de mots pour que ça résonne bien, qu'elle privilégierait le Conseil de l'Alliance atlantique pour tout débat politique impliquant l'Occident. Merkel a répondu sans se forcer (elle vient de l'ex-RDA) aux souhaits de la Deutschland AG qui veut renouer sans ombre aucune avec les Etats-Unis, leur premier marché. C'est très exactement prendre le contre-pied de la volonté française qui vise à s'extraire de la surveillance américaine dans ces débats chaque fois que possible.
On comprend dès lors pourquoi le voyage commença par Paris. Au retour elle eut trouvé porte close !

En façade peu de choses changeront entre Paris et Berlin. La routine s'installera dans les rapports institutionnalisés comme toiles d'araignée, en attendant que Godot prenne congé ou que Dieu le rappelle. Mais il est un dossier brûlant où j'attends de la nouveauté.
A la Saint-Nicolas les yeux seront tournés alors vers la ville de Calvin le triste, au bureau local de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, où entre "quat'z'yeux", les Occidentaux sauront si l'Iran persiste dans son intention mal cachée de produire une arme atomique, pour éventuellement l'essayer sur Israël sinon plus vraisemblablement l'utiliser dans un chantage à découvrir. Cette procédure s'appelle en France de la dissuasion.
Aussi s'active-t'on sur les téléphones pour réunir le 6 décembre la Troïka européenne désarmée mais bavarde, la Russie de plus en plus tsariste et l'Iran qui nous fait sa crise d'identité par le truchement de son président-pasdaran. Le bougre veut passer les cartes de la région au white-spirit.

Les Russes qui veulent ménager leurs intérêts sur la Caspienne rechignent à passer le bébé très malade au Conseil de Sécurité de l'ONU d'où il ne sortira rien par le veto de la Chine. Mais ils ont pour une fois sorti un projet de résolution de la crise qui n'attend qu'une seule réponse. Assez sioux de la part de Poutine, on sent la lame fine du KGB. Les Iraniens seraient autorisés à convertir de l'uranium chez eux, mais devrait l'envoyer à l'enrichissement en Russie. Sachant que le degré d'enrichissement détermine l'usage ultérieur de la matière fissile, c'est la bonne solution pour que le combustible nucléaire reste un combustible civil.

Pour Téhéran, c'est donc oui obligatoirement, sinon oui-oui ! A défaut, on n'ose imaginer l'opération préventive qui se déclencherait.Président irannien
Tout laisse penser que l'ingénierie nucléaire pakistanaise a suinté en Iran comme en Corée du Nord. Le "khalifat" promis par Ousama ben Laden disposerait bientôt de deux arsenaux atomiques, Iran et Pakistan. Si l'Arabie heureuse se vautrait dans la théocratie fondamentaliste comme elle en prend le chemin, les arsenaux précités seraient renforcés des meilleures ressources pétrolières de la planète. L'Occident et au premier chef l'Union européenne, seraient dès lors en danger de mort.
On entend déjà murmurer des reproches dans les Tiers et Quart Monde qui vont se transformer en gémissements contre l'ingérence, pour la souveraineté nationale, l'honneur, et la liberté du roi d'être empereur en son royaume. Que ces fadaises aient fini par couler un continent entier comme l'Afrique est secondaire au plan des statistiques mondiales, mais que l'on dote le futur contempteur de l'Occident du feu nucléaire est impossible. En ce sens la démarche peureuse de la Troïka, Allemagne, France et Grande-Bretagne, est illisible en typographie normale, sauf quand s'exprime depuis peu le Foreign Office. Il faut passer au scanner le jargon diplomatique pour y trouver quelque axe de progression alors qu'on relève de l'extérieur une succession de gifles qui ne semble pas l'ébranler. C'était vrai jusqu'à hier.

Le nouveau chancelier allemand au contraire de son homologue français n'est pas du genre à prendre le risque du doute nucléaire. Il n'est pas besoin de grande pertinence dans l'analyse pour comprendre qu'au sein de la Troïka, l'Allemagne va dériver vers la position anglaise, beaucoup plus ferme depuis les déclarations offensives de Mahmoud Ahmadinejad, s'éloignant ce faisant de la danse du ventre que donne à voir le Quai d'Orsay.

Finalement, Merkel est pragmatique comme son père en politique Helmut Kohl; la décision est entre les mains des Etats-Unis qui ont eux-seuls la puissance ou les alliés utiles pour contrer Téhéran. Gesticulation française pitoyable, on protège Renault et Peugeot sans doute, mais gesticulation allemande terminée. L'un et l'autre pays voulaient revenir au Moyen Orient par la porte iranienne. A n'importe quel prix pour la France qui va ainsi se démarquer encore, et montrer son exceptionnelle myopie ! En se raccommodant avec les Américains pour l'Allemagne qui d'une pierre fera deux coups, sur deux marchés. USA et Irak !

Un seul schéma serait gagnant pour nous. Chiracomédie
D'aucuns supputent que l'intransigeance iranienne assortie de brusques zigzags ne traduirait en fait qu'une lutte de pouvoir entre les révolutionnaires héritiers de Khomeiny qui sont représentés par le président Ahmadinejad
et les hiérarques du clergé chiite qui prépareraient un atterrissage en douceur de leur pays au sein de la normalité internationale, avant qu'une contre-révolution ne finisse par tout balayer. La présidence tenterait donc de brûler ses vaisseaux pour qu'il n'y ait aucun retour possible vers le monde libre. Ce jeu sortira-t'il une bombe atomique à lancer sur Tel Aviv ?
Si la réponse est non, la France revient en force au Moyen Orient.
A l'inverse nous aurons commis un péché mortel.

Doit-on faire confiance aux analyses du Quai ?

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