9 nov. 2005

Pirates de la Corne

à l'ancienneLes pirates américains refoulés par les Anglais à la charnière des 17 et 18è siècles avaient déplacé leur champ d’action sur la route des Indes orientales et plus précisément dans le Canal de Mozambique et sur la côte occidentale de Madagascar, la grande île alors sans réelle souveraineté. Le gibier était constitué par les flottes de commerce européennes qui trafiquaient vers l’océan indien et les convois de pèlerins musulmans qui pénétraient en Mer Rouge.
Il est assez surprenant de voir que trois siècles plus tard, la région ait vu se reconstituer des repaires de pirates dans des conditions quasi-identiques et sur les mêmes routes. La Somalie dont la souveraineté a implosé sous les coups répétés des chefs de tribus, ayant remplacé Madagascar.
Les assauts sont impressionnants.
Le Bureau Maritime International a reconnu 27 attaques contre des bateaux près des côtes méridionales depuis le 15 mars 2005, dont 23 rien que pour le Programme Alimentaire Mondial qui a vu deux de ses vaisseaux de ravitaillement détournés. Les armateurs exigent désormais des escortes armées pour se risquer dans ces eaux.

27 juin. Le MV Semlow est arraisonné en haute mer par la tribu des Marehen de la vallée de Juba avec 750 tonnes de riz du PAM. Les équipages seront détenus sur l’île de Koyame en compagnie des équipages de trois bateaux de pêche taïwanais jusqu’au versement d’une rançon de 5000 dollars par tête, soit un total hors-taxes de 240 000 dollars. Leur libération serait intervenue vers le 4 octobre au port de El-Maan.

12 octobre. Le MV Miltzow était en cours de déchargement au port de Merka, 100 km au sud de Mogadiscio, lorsque à 12h30 GMT, six hommes armés ont pris d'assaut le navire et l'ont forcé à mettre en route. Quelques 400 tonnes de cargaison alimentaire expédiée par le PAM, étaient encore à bord du navire au moment de l'attaque.

Le but des pirates, hormis de détrousser équipage et passagers, est de taxer les flux d’aide internationale qui déversent sur ce pays dévasté le minimum vital. Comme leurs « services » ne furent jamais requis ni rémunérés, ils s’invitent au partage du gâteau. Rien de nouveau sous le soleil : la paix ça se paye. La presse a aussi montré des cargaisons de riz abandonnées dans des coques échouées. Ceci fait désordre au moment où les autorités somaliennes ou ce qui en tient lieu, réclament des armes et des denrées pour protéger et nourrir leurs nationaux.

Il aura fallu l’attaque manquée du MV Seabourn Spirit et de ses 150 passagers tout roses pour mettre à la une ces activités délictueuses à la périphérie de l’humanitaire onusien. Jusque là c’était une histoire de nègres, comme on s’en raconte dans les chaumières coloniales du Bas Poitou. Mais là, on avait risqué de voir souiller la femme blanche, innocente et sans tâche, jouissant d’un repos bien mérité dans les transats immaculés de la Seabourn Crusing Line (Carnival Corp.)

Seabourn Spirit

Officiellement, le méga-yacht 5 étoiles superluxe attaqué le 5 novembre au large de la Somalie s’en est sorti par une manœuvre du commandant Sven Pedersen qui explique : « Ces hommes ont tenté de monter à bord pour dépouiller les passagers et membres d'équipage. J’ai pu contrecarrer l'attaque en heurtant l'une des vedettes, puis j’ai changé de cap vers le large en distançant les bateaux des pirates ». Seul problème, si le Seabourn Spirit, construit en 1989 aux chantiers allemands Schichau, a les élancements d’un bateau de course, il croise à 16 nœuds et ne peut dépasser les 18 nœuds en pointe après un certain délai de réponse au chadburn, ce qui est tout de même un peu juste pour distancer des vedettes rapides. Selon une lettre d’information stratégique, les assaillants ont été en fait repoussés grâce à l’utilisation par l’équipage du système sonore assourdissant, le Long Range Acoustic Device (LRAD) développé par American Technology Corporation après l’attaque terroriste contre le destroyer USS Cole à Aden. Cet engin produit un signal sonore dirigé de 150 décibels. Ce qui va faire exploser le prix des boules Quiès sur les souks de Mogadiscio.

Mais que sont encore ces précautions de vieilles filles croquant des gâteaux mous, pour se protéger en ne faisant que du bruit ?
La faute à l’OMI. Pour des raisons longuement pesées par les experts climatisés dans des tours de verre, l’Organisation Maritime Internationale refuse l’embarquement d’armes à bord des navires de commerce. Et c’est bien dommage à deux titres au moins.
Le terrorisme peut s’attaquer à des chimiquiers, gaziers et autres pétroliers sans défense ajoutant à la perte d’équipages courageux, la capture ou la destruction de commodités en hausse.
Deuxièmement, si la croisière s’amuse toujours un peu, elle s’ennuie aussi. Voir repousser une attaque de pirates à l’affût-double Bofors et l’immortaliser sur son capte-pixels pour les générations naissantes, resterait le souvenir inoubliable qui à lui seul, justifierait les sacrifices financiers du croisiériste.

En attendant on charge à bord des navires de tout tonnage des dispositifs ingénieux et inoffensifs sortis tout droit de L’Affaire Tournesol. Hergé précurseur une fois de plus.

La machine Tournesol Pour terminer un beau site de pirates à découvrir : http://www.piratehaven.org/~beej/pirates/

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