25 nov. 2005

Préservez surtout les rites

La justice que nous payons est le bras armé de la bourgeoisie pour juger les pauvres.
C'est un modeste carrossier de quartier acculé à la faillite qui me lançait cette déclaration ronflante après avoir sauté le mur de chez moi pour échapper aux "exactions" d'un huissier particulièrement pugnace. Il en tremblait. On évoque parfois le "Char de la Justice" pour donner une solennité romaine à la progression mesurée mais sûre de ses procédures. La balance au fronton penche, c'est normal ! Mais le passant qui lève le nez, se demande parfois, à cette position de l'instrument, s'il est bien sûr que cette Justice aux yeux bandés vient de juger, ou s'apprête à le faire.
Quiconque du vulgum pecus s'est retrouvé embringué dans une affaire de justice, a senti dès le départ la menace du Char qui cache sous l'allégorie, des chenilles de fer capables de broyer le justiciable naïf ou niais. C'est pourquoi on vous recommande partout de vous jeter à première sommation dans les bras de la Chicane. Tout seul dans le désert de la salle aux pas-perdus, pas de salut. Ce n'est pas le défaut de conseil qui a ruiné les accusés d'Outreau. Ce ne sont pas non plus les divagations d'enfants malheureux persécutés dans leur propre famille. C'est, malgré toutes les explications techniques ciblant le "dysfonctionnement" de l'institution judiciaire, son propre "fonctionnement" qui est en cause. Et le garde des Sceaux a bien raison de s'en inquiéter.
Si le système produit de tels désastres suis generis, il va en surgir d'autres. Et sans augurer d'aucune loi des séries, on peut attendre de la presse qu'elle la crée par un affût permanent des soi-disant "dysfonctionnalités" ; car la loi des séries, ça fait vendre.
Alors aux émeutes ethniques, aux grèves systémiques, aux déficits chroniques, va se rajouter le naufrage du concept judiciaire français. Avec le modèle social, la culture intermittente, les chasseurs para-coloniaux, ça finit par faire trop ! Heureusement qu'il nous reste Airbus, Laetitia Casta et Areva.

Le dogme en la matière découle du principe inquisitorial qui a meublé les longues soirées d'hiver de nos villes douillettes par des feux à cantiques, qu'on allumait à poix et bois pour les avoués. "Dieu vous attend pour son grand pardon, mon pauvre, torche basse, messieurs, entonnons "Les saints et les anges". Parce que le parangon de la vérité judiciaire française c'est l'aveu ! Il doit être obtenu par tous moyens légaux y compris le chantage, la menace, la privation de liberté, de sommeil, de nourriture, de cigarette, de benenuts et tout ce qui peut sortir de la tête bien pleine d'un enquêteur imaginatif qui veut grimper les échelons. Comme à l'habitude le système n'a pas son pareil sur le reste de la planète. Modèle français éprouvé ! A vendre !

Burgaud Le bras de la Justice qui va appliquer et user du dogme, est représenté par un khalife de sous-préfecture que l'on nomme juge d'Instruction. A peine sorti de l'Ecole de la Magistrature, par une infusion que la laïcité du Corps refuse à qualifier de divine, le khalife sait tout, voit tout, entend tout. C'est le Mitsuhirato du Lotus Bleu. Dès que le prévenu passe la porte, le juge-laser le décode, le classe, l'absout, le condamne in petto. Le reste n'est qu'affaire de confirmation de la première impression qui est toujours la bonne comme le dit la Sagesse des Nations. Il existe des cours complets polycopiés pour vous expliquer le contraire, mais un gamin monté en graine et mal fini, qui détient un beau matin le pouvoir d'emprisonner, se grise.
Avec la "fumée du feu sans fumée", l'exercice de l'instruction peut ainsi dériver vers ce qui est étalé au procès d'Outreau. Un sprinter judiciaire, capitaine d'un Titanic "en avant toute", n'écoute que sa conscience, qui ne lui en dit pas plus. Dans le doute, personne ne lui échappera, pas même l"idiot du village gentil comme un coeur, qui n'y pourra jamais rien comprendre.
ET tout le monde au gnouf ! Vous connaissez la suite.

Pour les expatriés du lectorat steppique, cela se résume en cinq lignes : Les pédophiles condamnés en première instance sur plaintes et témoignages d'une famille d'enfants, sont acquittés; l'instruction est coupable d'obstruction mentale à la révélation de la vérité; le juge d'instruction Fabrice Burgaud, muté aux archives, ira sans problème jusqu'à sa retraite avec un mauvais dossier.

Quelle pêche le salaudEntre-temps l'intelligentsia juridique française qui ne peut se contenter de dauber sur les "petits juges" s'émeut des conditions faites aux défenseurs du président Saddam Hussein, avocats résistant normalement à l'explosif, qui n'ont pas eu le confort nécessaire pour examiner dans le plus infime détail les accusations graves portées contre leur client. Va-t'on se disputer sur un mort de plus ou de moins en cet endroit précis, sur la date et l'heure précise du carnage, ou de savoir si au moment de décider, IL était ou pas au téléphone avec Paris ou Moscou ? De plus ce procès inique dans sa préparation, brasse le droit pénal américain (est-ce qu'il existe vraiment ? je crois me souvenir que certains états ont encore la loi anglaise) en l'amalgamant avec des restes de droit pénal irakien "modernisé". On distingue la main des Evangélistes entre les feuilles de papier bible du code pénal applicable. Une honte au pays de l'or noir et musulman. Cela tourne à la dispute entre techniciens exécutifs qui se chamailleraient pour savoir si compte tenu des circonstances budgétaires, de l'environnement atmosphérique et du courage de chacun, il vaut mieux renvoyer du 2400V à la chaise électrique après la première décharge au risque de couper les feux de circulation de la ville, ou se contenter sinon du 400V qui évite l'incendie du condamné.
Les gens normaux (par rapport à quoi ? me souffle-t'on dans l'oreillette) pensent qu'un tribunal quel qu'il soit, doit juger Saddam Hussein sur les scores obtenus par ses nombreux services de basse police, et ne surtout ne pas l'exécuter, afin qu'il reste longtemps encore un témoin de sa propre barbarie. Mais ce serait bien trop simple d'envoyer Hitler au zoo. Il faut jouer la mascarade jusqu'au bout, en faisant participer toute la ménagerie judiciaire, pour que tous puissent dire à leurs enfants plus tard, "j'ai joué dans ce match".

Comme aux assises de Saint-Quentin !
Le juge et son procureur référend tenaient l'affaire de la Une. Les carrières allaient reluire aussi vite que les détails se révélaient ignobles et la procédure expédiée. C'était dès lors le réseau pédophile des notables du cru. L'infirmière, l'huissier, le prêtre, la boulangère, tous ces gens avaient été désignés comme les "notables d'Outreau" par le parquet et les charognards de la presse locale chez qui, il se passait enfin quelque chose. Ils jouaient tous dès lors en Nationale !
Mais ne croyez pas que les grands média se soient laissé distancer. Ils reprirent en coeur la dénonciation des "notables" et les horreurs qui suintaient du dossier en béton. Avec le QI de Dupont-Lajoie et pas de fumée sans feu, les malheureux "notables "ont vu leur vie fichue.

Qu'on juge Saddam Hussein aujourd'hui comme criminel, ne le fera pas sourciller. Il faut leur envoyer Burgaud, il va conclure en trois coup de cuillère à pot et faire faire des économies.
J'entends des chaussures à clous qui montent l'escalier !

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