19 nov. 2005

Vu du Rocher

SAS Albert II GrimaldiUn petit peuple communie dans une grande joie, au jour peu fréquent où geignent de bonheur les charnières des vantaux qui tronçonnent son histoire. Monaco change de prince dans la douceur de la continuité. Régime de l'intelligence dans la pérennité.
Une lectrice inassidue se mirant dans la lucarne bleue où passait l'étendard à damier des pirates, me fit une remarque très juste. "Ca va marcher pour Monaco et les gens de là-bas parce que Albert II est chez lui. Il fera tout son possible pour le bonheur et le mieux-être de ses gens, et pour laisser un pays meilleur à son héritier que celui que lui a laissé son père. Alors que chez nous, ce Chirac à demi-mort tremble de peur à la perspective de se retrouver perquisitionné à 6h du matin dans deux ans. Du pays il n'a cure, il ne pense qu'à lui et son épouvantail d'épouse le gouverne à la petite semaine." C'est très dur et je le faisais remarquer.
"A quoi me fut-il répondu que la précipitation dans l'inaction est le propre des républiques qui courent d'élections en élections comme des grisettes vont le Quatorze Juillet de caserne en caserne aux bals des pompiers. Le tourbillon donne l'illusion de l'action. Fondamentalement il ne passe rien. Le pays dérive lentement comme un iceberg."
Je quittais l'inassidue me promettant de l'inviter sur mon forum politique, tout en craignant qu'elle ne me l'embarque dans la défense et l'illustration de la monarchie.
Est-ce bien le moment d'en appeler aux mânes de François Premier quand Saladin renverse ses alliances ?
Notre beau pays accumule maintenant les échecs;
- modèle social anachronique pris en otage par les corporations
- modèle assimilationniste débouté par la révolte arabe
- dette abyssale du modèle sud-américain en creusement ininterrompu
- budget triché depuis un quart de siècle, instrumentalisé aujourd'hui comme affront par la Commission bruxelloise qui le refuse
- aucune alternance politique possible, système bloqué, manette à fond ... vers le mur des réalités simples.

Pourquoi dès lors ne pas se poser la question qui tue ? Notre Etat est-il impliqué dans le désastre ?
J'en vois qui hoche la tête. Mais ils n'ont pas raison. Notre Etat est le moteur de notre désastre, et les verrous qu'il a posé pour se protéger des lendemains inconnus lui interdisent tout changement de cap. Le navire n'a plus l'utilité d'un gouvernail, le safran est soudé à la quille, c'est du tout droit !
Qu'est-ce qui bloque ? Enfin ... où sont les trois ou quatre blocages les plus importants ?

La classe politique qui n'a d'autres soucis que de vivre sur l'Etat - le carriérisme politique français est sans égal sauf en Afrique, et encore bénéficient-ils là-bas d'assassinats politiques qui dopent l'avancement - la classe politique susurre un discours adapté à sa propre survie quels que soient les mensonges assénés. L'important c'est de faire du chiffre dans les sondages pour que le parti n'ait pas l'idée saugrenue de changer ses investitures, et surtout au jour J quand les gogos soulèvent le rideau gris de l'isoloir. Toute action ou inaction ou communication est tendue vers cet objectif "suprême". La république parlementaire est le régime de la vertu. Hors d'elle c'est la curée des chiens. Notre classe politique a oublié jusqu'au mot.

Notre modèle social hérité de la période marxiste où la France s'est complu dans cette recherche de la Troisième Voie qu'elle n'a jamais trouvée mais qui l'a obligée à couper peu à peu les têtes qui dépassaient, les innovateurs, les courageux, les aventuriers, les besogneux et les adorateurs du Veau d'Or, qui sachons-le, ne réussissent jamais seuls, mais entraînent avec eux une cohorte de collaborateurs, sous-traitants, diffuseurs. Ce n'est pas neutre cette hémorragie du courage après deux guerres mondiales qui ont saigné les oeuvres vives du pays. L'exception française du service public, avatar rénové de la bureaucratie tsariste devenue chez nous les haras des médiocres. Et même en son sein, le service public déteste et vilipende l'excellence, refuse le "mérite", exige que tout passe à la toise de ces certitudes confortables, au frais du cochon gras imposable.

Le troisième blocage majeur est plutôt en creux. C'est l'absence de toute perspective ambitieuse pour le pays. Les gens du pouvoir n'ont pas de vista. Le système de choix imposé par une mécanique électorale biaisée de bas en haut amène dans les palais de la République des tribuns de préaux qui ne valent pas mieux en gouvernance que des camelots du Printemps, bonimenteurs à grands poumons, qui vendent au poids sur le trottoir, des couvertures siglées moitié-laine tout-coton ! Ces hurluberlus qui ne représentent au premier comptage que dix pour cent du corps électoral, finissent par atteindre les plus hautes sphères mais s'étonnent cent jours plus loin que la rue leur refuse toute légitimité. Peut-on savoir quel était le projet de la France le jour où M. Chirac accéda pour la première fois à la fonction présidentielle.
J'attends.
Bon ... j'en entends qui cherchent.

Le quatrième blocage est multiple ; et aussi en creux.
C'est d'abord la perte de repères moraux de tous les citoyens, travaillés depuis leur plus jeune âge par une propagande existentialiste laissant de côté toute incidence sociale du fait individuel, mais en revanche débordant de schémas généraux sur les comportements de masse. Au concret, le pilonnage de la famille a fini par détruire une cellule essentielle de la société, même imparfaite. Les implications sont immédiates, quant au chômage, à la vie des plus vieux, à l'éducation des enfants.
Vient ensuite la promesse d'une inépuisable solidarité de la nation à l'endroit de chaque individu s'est traduite par l'ardente exigence de droits imprescriptibles pour chacun. Or ces droits ne sont plus financés que par les enfants à naître, encore faudra-t'il qu'ils soient assez nombreux, ce qui n'est pas vraiment écrit dans les projections démographiques.
Vient enfin la dévalorisation du travail stigmatisé non comme un accomplissement de soi-même mais comme une corvée imparable. Cinq à six semaines de congés payés, la retraite à 60 ans au plus tard, 35 heures, sont des conditions obsolètes dans un monde ouvert comme celui de la globalisation. Nous assistons à un véritable massacre des chances de la France. Mais pas un homme politique ne bouge, ce n'est pas "vendeur". Jusqu'au pitre-en-chef qui a décrété qu'on ne toucherait à rien !

Quand on se penche sur ces questions on voit très vite que les problèmes tiennent d'une part à la course effrénée à l'éphémère. Les réformes ne sont entreprises qu'en cas de danger de mort. En France on ne prévient aucune crise, elles ne peuvent être résolues qu'à chaud, brûlant même. Les gouvernements passent, celui-ci défaisant le tricot idéologique du précédent. Il n'y a pas de continuum.le duc de Vendôme
On peut envier l'inlassable quête du meilleur que pérennise le système monarchique échantillonné par la Principauté de Monaco. Certes il y a des périodes moins ronflantes, plus ordinaires et même de petites régressions. Mais sur la période, le contrat est rempli. Le père laisse à son fils le meilleur pays possible. Et le régime rajeunit naturellement à chaque passation de relais.
Il y a des préjugés à reconsidérer.

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