22 déc. 2005

Au palais des Vanités

Saturne par Rubens Nous commémorons le premier anniversaire de l'effroyable tsunami qui a emporté deux cent mille personnes au bord de l'Océan indien. La terre en s'ébrouant a rajouté cet automne soixante dix mille montagnards à son tableau de chasse. C'est Saturne qui dévore ses enfants !
On s'inquiète du sort de millions de paysans pauvres qui sont broyés par l'agriculture commerciale d'exportation jusqu'à en crever.
Ici on relève au petit matin les cadavres un peu raides déjà, des malheureux expulsés de la société. Ici, c'est en France. Cette France qui vient de découvrir que le roi est nu, qu'elle est en faillite, que les jeunes devront euthanasier les vieux pour survivre à la banqueroute que ces salauds leur ont légué. Cette France, mère dit-on des droits de l'homme, qui vient de se découvrir raciste parce qu'après trente ans de gabegie morale et sociale, elle commence un long déclin qui la terrorise.
Cette France sans avenir, sans foi ni repères, qui sera à ramasser bientôt, cette France usée par la guerre des factions démocratiques qui gouvernent au seul gré de leurs intérêts particuliers, cette France qui pourrait redevenir un royaume pour préserver le bien commun et retrouver son rang, sinon économique, du moins au Conseil des Nations-qui-disent-et-sont-entendues.
Il est des schémas de réorganisation qui tiennent la route. Des schémas d'Etat compact, puissant et limité aux pouvoirs régaliens, laissant enfin possible le foisonnement des libertés propres au génie de ce peuple anarchiste. Certains prétendent couronner l'édifice de leur expérience dans la grande tradition retrouvée des lois fondamentales du royaume oublié.
Un roi en haut et les libertés en bas !
Hélas !

Les maisons proclamées royales sont elles-mêmes atteintes du syndrome de la faction. Plutôt que d'oeuvrer à la redéfinition de la politique dans la cité de demain, elles s'engouffrent dans la gestion de vanités qui démontrent à l'envi que finalement, ceux qui prétendent au titre suprême ne valent pas beaucoup plus cher que ceux qu'ils veulent remplacer.
La Guerre d'Anjou en est le parfait exemple, même s'il y en a d'autres. Pour cette fois laissons un oeil étranger apprécier la situation. Même si les égratignures généalo-dynastiques minent un peu la démonstration, le ton est nouveau, réaliste, voire cruel.

Article de Carmen Duerto paru dans El Mundo du 26 décembre 2004.


Deux ducs pour un duché fantôme

Louis Alphonse de l'Ordre de Malte Face à Louis Alphonse de Bourbon, un autre prétendant au trône de France est apparu. Le duc a été doublé par Charles Philippe d’Orléans qui a été transformé en Prince des Français*.

Tout d’un coup, le fils de Carmen Martinez-Bordiu n’a plus été noble. Non ? Difficile de démêler les fils d'un conflit qui, depuis des décennies, voit s'affronter les deux factions qui luttent pour le droit d'hériter d'un trône inexistant dans la république voisine.

Cette trahison eut lieu le 8 décembre 2004 à 6 heures du soir, dans la petite chapelle de la Compassion à Paris, propriété de la famille d'Orléans, où se célébrait une messe durant laquelle le comte de Paris, chef de la Maison Royale de France, fit cette déclaration :
" Je confie à mon neveu, Son Altesse Royale Charles Philippe, grand maître de l'Ordre Militaire et Hospitalier de Saint Lazare de Jérusalem, le titre de duc d'Anjou."

Le jeune homme, fils des prince et princesse Michel et Béatrice d'Orléans, militaire de carrière et porte-parole du ministère français de la Défense pendant la guerre de Bosnie, répondit ému à son oncle :Charles Philippe de l'Ordre de St Lazare
" C'est une lourde charge, avec beaucoup de responsabilités. J'ai beaucoup voyagé, et bien que je sois encore jeune, j'ai vu beaucoup de choses. J'ai vu la misère des hommes, j'ai vécu la guerre, j'ai été témoin de scènes atroces. J'ai vu des misérables avoir des attitudes de prince et des princes agir comme des misérables. Défendre son pays, lutter contre la misère, combattre pour la paix n'est pas une utopie. Surtout actuellement, en cette période incertaine où le matérialisme, l’individualisme et l’instantanéité dominent la société. Ce combat n'est peut-être qu'une goutte d'eau dans la mer, mais c'est un combat de prince. Pour un tel combat, tout homme se doit de se comporter comme un prince. Je suis extrêmement fier de ce titre de duc d'Anjou, je serai à la hauteur de la charge et de ce qu'elle représente aujourd'hui; ayez confiance en moi, je ne vous décevrai pas."

Une des premières choses que fit le nouveau duc fut d'informer Louis Alphonse de Bourbon. Lui et ses sœurs, les princesses Clotilde et Adélaïde, furent ses camarades de classe au lycée français de Madrid ; ils l'estiment et lui portent beaucoup d’affection.
Un porte-parole de la famille a déclaré :
"Pour les Orléans, il n'y a pas lieu de polémiquer, car au traité d'Utrecht signé en 1723, Philippe V, neveu du roi Louis XIV, devenu roi d'Espagne, renonça à ses droits au trône de France; à sa mort, le titre de duc d'Anjou retourna à la Maison de France. Il n'a jamais été un titre de la Maison Royale d'Espagne. Le prince Charles Philippe sait très bien ce que signifie ce titre que porta Saint Louis, roi des Français."

Il y a quelques années, le comte de Paris - un des trois partis qui, avec Louis Alphonse et les Bonapartistes, se battent pour les droits dynastiques d'un trône qui n'existe pas - revendiqua le titre d'Anjou qui ne pouvait appartenir à Louis Alphonse. Le tribunal de Grande Instance de Paris se déclara incompétent, car tout le monde sait que la France est une république où il n'y a ni roi ni maison royale, et que les titres sont des distinctions octroyées par les rois seulement, et donc, que chacun agisse en conséquence.

En Espagne non plus, le titre de duc d'Anjou n'est pas reconnu. De fait, la Maison Royale a invité le fils de Carmen Martinez-Bordiu au mariage de son cousin, le prince Felipe, en tant que "Très Cher Monsieur", sans donner de votre altesse ni de monsieur le duc. Alors que pour son propre mariage avec Maria Margarita, lui et ses beaux-parents, les Vargas, envoyèrent des invitations ornées des trois fleurs de lys avec le titre de duc d'Anjou à tous ceux qui pouvaient être impressionnés par cette distinction.
Mais ce titre que revendique Louis Alphonse n'est pas non plus valide en Espagne, car, à ce jour, il émane d'une maison royale étrangère et n'est pas consigné au registre des titres nobiliaires du Ministère de la Justice espagnol pour être autorisé par le roi ; et s’il n'y est pas consigné, c'est sans doute parce qu'il lui serait difficile de prouver qu'il peut légitimement le porter. Ce type de distinction retourne à la couronne qui l'a octroyé lorsque le titulaire meurt. C'est ce qui arrivera pour les ducs de Lugo et de Palma, comme c’est arrivé pour le duc de Cadix, titre que portait le père de Louis Alphonse.

Pour ceux qu'on appelle les Légitimistes, le petit groupe de partisans de Louis Alphonse, la décision du comte de Paris n'a pas été bien accueillie:
"Le prince ne dit pas grand-chose, mais il n'est pas content. Il faut s'attendre à une réponse, mais le pseudo comte de Paris (duc d'Orléans de droit) n'a aucune autorité sur la Maison de France. Le prince Charles Philippe n'est donc pas duc d'Anjou, ni grand chef d'un faux ordre dissout par les papes et les rois de France. Quant aux armes*, ce sont celles de sa majesté le roi d'Espagne, ce qui démontre une fois de plus le signe d’une folie poussée par l'ambition".

C'est un jugement très dur que portent les Légitimistes, les seuls qui soutiennent la cause de Louis Alphonse de Bourbon. Mais ils sont ignorés par leur propre prince, qui, non seulement ne les a pas invités à son mariage en République Dominicaine, mais en plus, ne les a pas informés officiellement qu'il se mariait avec Maria Margarita Vargas. Ses partisans ont été tenus au courant par la presse et sa principauté imaginaire est en train de disparaître.

Madrid, 26.12.04, original consultable en cliquant ici
Dos duques para el Ducado fantasmo

Notes : (*) El Mundo sait qu’Anjou est le titre de l’héritier du trône. Or l’héritier du comte de Paris est son fils François et non pas son neveu Charles Philippe. La guerre d ‘Anjou aurait-elle un volet "intérieur" ?
(**) Les trois lys en écu bordé de gueules pleines ont été apporté à l'Espagne par Philippe V. Ils restent primordiaux sur les armoiries du roi Juan Carlos Ier. Ci-dessous l'écu d'Anjou au coeur des armes d'Espagne



armes de Juan Carlos Ier
Il est des âmes simples qui s'imaginent que les princes régnants ont seuls la capacité de titrer leurs vassaux ou d'annoblir leurs sujets. C’est pur roman de chevalerie, comme on en voit maintenant en jeu video, et ce serait faire peu de cas de tous ces titres de comte, duc ou marquis (marquis, ça ne se donne plus depuis le marquis de Cuevas), qui en l'espèce sont réputés d'attente dans les maisons princières qui ont une patience d'ange, de courtoisie pour la république qui pouffe de rire et les impriment de bonne grâce sur les passeports, ou de pacotille pour les gens du commun, qui attendent de pied ferme le prochain roi pour lui faire leur lettre. Je prendrai pour ma part un "Baron de Kardayac" ça fait un peu Brocéliande, ou Périgord, et je peux jouer dans une sitcom télévisée.

Glissez mortels, n'appuyez pas. Priez !

Oui, Baron de K. ça serait pas mal, pas prétentieux et très vieille France. Comme j'en suis, je fais faire ma lettre.

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