4 déc. 2005

Crise de Sens

La classe politique a pris la route de Sirius à bord de l'Enterprise du captain Kirke. A la vitesse de la lumière, coupée du monde, elle s'est mise en campagne électorale depuis que sur la passerelle le commandant s'est affaissé un instant sur les écrans de contrôle, elle s'est refermée sur ses problèmes domestiques à l'intérieur du vaisseau ivre, aveugle à l'univers qu'elle parcourt, peu préoccupée de son errance, excitée surtout par les petites histoires de "cafétéria", les blagues cruelles entre soi, les qui-couche-avec-qui et pour la galerie, de grandes offuscations pour débiner la fidélité lasse des uns comme la trahison allègre des autres. Le zoo clos !
Sur des orbites secondaires passent les modules des touristes galactiques qui guettent l'aubaine d'aborder, par appétit du plus petit pouvoir fut-il celui du vermisseau; on les appelle Verts comme les Martiens, MRG, c'est un sigle qui reprend les initiales de ses trois membres, ou fascho pour les plus bruyants à s'inviter au festin sidéral, qu'ils devinent tous par les hublots.
A l'intérieur, on assiste au pitoyable raccommodage du Parti Socialiste en congrès, comme à la bataille à mort publiquement conduite de Sarkozy, Villepin et de leurs armées respectives. Démonstration de la déshérence d'une démocratie politique en vadrouille.

Les pieds bien posés sur Terre, il est pourtant des censeurs politiques qui méritent notre oreille. Ils refusent la dévalorisation de la classe politique, qui depuis les péripatéties athéniennes ou le forum de Rome, détient l'honneur du débat démocratique. Revenons aux sens premiers, au courage, à la noblesse de servir. Quand fut-il décidé que l'accès au pouvoir le plus modeste fut-il, était la récompense d'une carrière menée que dans ce seul but ? Carrière est bien le mot, puisque une école professionnelle prestigieuse et difficile, a été créée à l'effet d'y préparer et sélectionner les candidats, se transformant au fil du temps en haras politiques. Mais ce ne sont point des chevaux dociles qui en sortent pour le service de la Nation. Nous subissons la dictature d'une technique politique, enseignée dans un livre unique où il fut décidé une fois pour toutes que les dispositions y contenues étaient paroles d'évangile - enfin si l'on veut -, et que nul autre système ne méritait discussion, sauf à les survoler pour en détecter les nombreuses imperfections.
Ces contempteurs de l'Ordre, étrangers à lui, se réunissent en chapelles où ils méditent sur une organisation naturelle de la cité, se défaisant de cette gangue politicienne qui finalement mange beaucoup, boit tout autant, obscurcit l'espace de son obésité, et produit si peu. Sauf à se reproduire. Ecoutant l'allocution lamentable du vieux satrape de l'Elysée (j'allais dans l'élan ajouter -Montmartre), l'un d'eux, Bertrand Renouvin, s'est un peu énervé à haute voix dans son bulletin mensuel. Nous vous le livrons ici.

Quelle « crise de sens » ?

"En quel sens la crise de sens ? Autrement dit : cette crise évoquée par le président de la République (dans son allocution du 14 novembre, ndlr) touche-t-elle seulement les « jeunes des banlieues » ?

"Certainement pas ! La classe dominante présente, depuis bien des années, des symptômes qui alarment maints psychiatres éminents et de bons observateurs de la vie politique. Sans utiliser le vocabulaire médical, qui n’est pas le nôtre, je dirai platement que les dirigeants de droite et de gauche nous donnent le spectacle d’une totale confusion des rôles, signe de leur désordre mental.

"Preuve en est l’intervention télévisée de Jacques Chirac, après la vague de violences urbaines : nous avons entendu un psychanalyste décrire la « crise d’identité » d’adolescents, un sociologue pointer la « crise des repères », un moraliste souligner la nécessité de l’autorité parentale, un pédagogue annoncer des sanctions et la juste rétribution des mérites. De diagnostics en réprimandes, le message présidentiel devenait absurde : l’homme qui déplorait la perte des repères effaçait sa fonction politique éminente et privait ainsi les Français de leur principal point de repère !

"En fin d’allocution, Jacques Chirac, Premier ministre de 1986 à 1988 et président de la République depuis dix ans, donnait l’impression qu’il venait d’arriver aux affaires et annonçait les premières mesures d’urgence après avoir dressé un constat accablant de la situation.

"Cette attitude, littéralement insensée, est tout aussi répandue chez les dirigeants de la gauche qui jouent les experts comptables et les maîtres de vertu. Eux qui sont aux affaires, en alternance, depuis bientôt un quart de siècle, jouent toujours aussi parfaitement la découverte peinée de « problèmes » à résoudre… et qui restent finalement en l’état.

"Ces hauts responsables qui dissertaient avec talent sur la culture d’opposition et la culture de gouvernement ont inventé, sous la houlette de François Hollande, l’art d’être dans l’opposition sans s’opposer à la majorité par des campagnes d’opinion. Celles de l’Union de la gauche avaient une autre allure : il est vrai que la bataille quotidienne se menait selon des idées qui étaient autant de repères, sur un programme clair et discutable, avec des chefs qui n’étaient ni des technocrates pusillanimes, ni des corrompus notoires, ni des névropathes en quête de divan.

"Quand le sens de la vie se réduit à une simple gestion de carrière au sein d’une oligarchie qui réunit les personnels de droite et de gauche, on comprend que ceux qui s’expriment à la télévision n’aient rien à dire aux groupes sociaux qui subissent toutes les conséquences de leur démission politique.

"Il ne suffit pas de récuser l’oligarchie. La tâche des militants politiques est de répondre politiquement à la « crise du sens » en présentant à la nation leur projet politique. Nous avons formé le nôtre en nous plaçant sous l’égide de philosophes, de sociologues, d’économistes, d’historiens, sans chercher à jouer les savants mais en gardant la pleine liberté de nos jugements et de nos choix politiques. Ce projet général (objet des motions de nos congrès, ndlr) se détaille en propositions simples quant à la crise sociale qui s’est manifestée par la révolte primitive de certains habitants des zones urbanisées.

"En France, la politique d’intégration, de jeunes ou de chômeurs adultes, quelles que soient leurs origines et leur religion, s’est faite et se fera selon trois moyens :

"L’école, mise à l’abri des modes pédagogiques et se donnant les objectifs premiers de l’instruction publique ;

"Le travail pour tous, avec augmentation du salaire de chacun, ce qui implique un bouleversement radical de la politique économique et monétaire en France et dans l’Union européenne ;

"La politisation délibérée de la révolte sociale par des militants refusant que leur parti soit une antichambre de carriéristes, une écurie de candidats, un club d’aristocrates plus ou moins corrompus.

"Organiser la lutte politique pour donner aux nouvelles générations le désir de l’engagement collectif et pour redonner vie à la démocratie représentative : voilà qui est à la portée d’innombrables militants décidés à redonner sens à l’action politique."

Bertrand RENOUVIN*
Editorial publié dans le bulletin Royaliste n°780, le 28 novembre 2005.


A Steppique Hebdo, nous déplorons surtout cette culture du mensonge et de la "surprise feinte" qui s'est insinuée de haut en bas de la pyramide politique à tel point qu'un ancien ministre de l'Intérieur et de la Pétanque confiait sans rire aux lucarnes bleues que "les promesses électorales n'engageaient que ceux qui les entendaient"!
L'homme politique le plus chenu de la Cinquième République (il a sévi la première fois aux Accord de Grenelle de 1968 !) s'avise de diagnostiquer avant son départ vers le Grand Trou Noir que sa République s'est finalement plantée. Dont acte ! Place au purs !


* Bertrand Renouvin est le président-fondateur de la Nouvelle Action Royaliste , mouvement monarchiste constitutionnel autrefois qualifié de gauche. L'homme se dit proche du gaullisme originaire issu de la Résistance. Il signe régulièrement des éditoriaux dans le bimensuel du mouvement intitulé "Royaliste", dans lesquel il professe une doctrine anti-libérale au sein d'une confédération européenne des nations.

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