9 déc. 2005

Nullissimus

"En choisissant d'ignorer l'anniversaire d'Austerlitz, le gouvernement est resté fidèle aux promesses de son baptême politique : pas de vagues. La France qui a envoyé le Charles-de-Gaulle à Trafalgar, n'aura expédié sur place qu'un ministre en catimini, sorte de berline dont la vocation est d'arriver en retard et de repartir en avance. Geste symbolique car si nous n'avons pu retenir les noms des ministres de la Défense qui s'appelait autrefois la Guerre, il nous reste en mémoire de glorieux patronymes de maréchaux vite transformés en boulevards..."

C'est ainsi que Stéphane Denis grognait dans Le Figaro du 7 décembre dans un long et bel éditorial contre la couardise du Villepin Brushing Club qui finalement est un ramas de petites gens, experts en esbroufe, ayant accédé par aubaine à des postes qui les dépassent, pour finalement y étaler leur cuistrerie. On peut faire deux mètres et rester mal-fini au dedans.

A dire vrai Napoléon n'est pas "politiquement correct". Bonaparte passe encore, c'est l'avatar naturel de la première république. Mais l'empereur appartient à la famille lexicale de l'impérialisme", un gros mot.
Il semble surtout que la paire de gifles données par la Nouvelle Europe à la vieille lors de la guerre franco-américaine de New York City, ait laissé la marque des doigts sur les joues des deux protagonistes français, qui ni l'un ni l'autre, ne se sentaient l'humeur trois ans après, de faire un tour en Tchéquie.

Dans le même registre - je pue la boutique moisie, mais ne le dites pas - le pouvoir a fait subir un misérable affront le mois dernier au président de la Confédération helvétique en visite à Paris. Celui-ci avait apporté une plaque commémorant le sacrifice de la Garde Suisse par Louis XVI le 10 août 1792, où elle fut massacrée aux Tuileries dans des circonstances de sauvagerie qui saisissent d'effroi. La plaque entrevue (pardonnez toute approximation éventuelle) portait le message suivant.


"Invictis pax per vitam fortes, sub iniqua morte fideles"
A la loyauté et au courage des Suisses
En l'honneur de tous ceux qui ont vaillamment combattu et se sont sacrifiés pour rester fidèles à leur serment lors des journées des 10 août, 2 et 3 septembre 1792
Sont tombés en combattant avec vaillance et reposent en ce lieu :
26 officiers, environ 760 soldats.
Ont survécu grâce à l'habileté de leurs amis :
16 officiers, environ 350 soldats".

Comme le laisse comprendre le "reposent en ce lieu", la plaque était destinée à être apposée sur la Chapelle Expiatoire de la rue Pasquier, que Louis XVIII fit édifier à l'ancien cimetière de la Madeleine où les souverains décapités à la Concorde avaient été inhumés. Les premiers arrivés en ce lieu furent les gardes suisses, le dernier, Madame du Barry. Le cimetière fut désaffecté en mars 1794.

Mais l'hommage au courage, à la fidélité au serment, était insupportable aux mignons de l'Hôtel de Ville qui se revendique du camp de la populace et de la lie. Le chef de clique mit son veto. La garde du roi, vous n'y pensez pas, mon bon ! On dit, mais je ne puis le croire, que le sémillant repris de justice qui nous sert de ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, aurait obtempéré. Il était à ce moment occupé à rédiger l'éloge funèbre de Gloria Lasso, grande avaleuse de sabres. La plaque fut donc remise au gouverneur des Invalides dans une petite cérémonie furtive qui l'accepta en dépôt.
Qui parlait dans un discours récent et déjà fameux pour sa médiocrité, d'une crise des valeurs ?

Les Suisses avaient déjà le lion mourant de Lucerne pour commémorer le massacre. Nous rien encore. Comment célébrer le courage quand on la pétoche d'aller à Austerlitz ? Admirez le lion !

Lion de Lucerne

Stéphane Denis qui ne parle pas des Suisses pour cette fois, mais fit dans son libelle une démonstration de finesse pour dire son fait au pouvoir des médiocres sans tomber sous le coup des procédures de l'état d'urgence (on pouffe) , titre son impatience "La nullité pour les nuls", et la termine ainsi :
"Il y a deux choses dont les hommes politiques ont besoin: leurs lectures d'enfant et leur courage d'homme."

2 commentaires:

  1. Ceux qui souhaiteraient amortir la blessure vis à vis de nos amis suisses, peuvent faire une lettre aimable à l'attention de S.E. le Président de la Confédération helvétique, adressée à :
    D.F.A.E.
    Secrétariat général
    Palais fédéral ouest
    CH-3003 Berne

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  2. une pétition est actuellement en cours pour rétablir la plaque à son lieu de destination original.
    si vous souhaitez laisser votre nom et message de soutien, écrivez à vallet.baux@wanadoo.fr

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