31 déc. 2005

Voeux steppiques

Prenez congé M. Chirac.

Les voeux présidentiels de ce soir que je n'écouterai sans doute pas tant ils sont convenus et prévisibles, devraient être un discours d'adieu.
Le locataire de l'Elysée a ajouté une fonction à la palette présidentielle, celle de coin dans la porte des réformes. On ne peut ni l'ouvrir ni la fermer. De toutes parts on crie au désastre, même Juppé Alain de Montréal dans ses voeux 2006 appelle dans son blog-notes à la réforme de fond:

"Je souhaite de tout coeur qu'en 2006, la France sorte de la dépression nerveuse où elle s'est enfoncée depuis des mois. Pour combattre la déprime, il nous faudra de la lucidité: c'est vrai, tout ne va pas bien chez nous, et des changements profonds sont nécessaires. Mais la lucidité sans confiance en soi est stérile. Nous avons, dans nos mains, tous les atouts pour réussir ces changements. Il faut y croire! Et puis, nous avons aussi besoin de renouer avec l'esprit de modération, ce que j'appellerai le sens de l'ombre et de la lumière. Je suis sidéré par le goût que nous développons, ces temps-ci, pour l'outrance, la caricature, la déraison."
Et de citer Raymond Aron, lui-même ayant décalqué le slogan de Maurras sur le désespoir :"On aurait tort de tenir pour définitivement acquis le fait de la déraison humaine."

Dix ans ont été perdus à faire de la "communication". On nous a même choisi un premier ministre du Poitou, spécialiste de la communication. On prit celui-ci parce qu'on n'avait pas osé Jacques Séguéla. Et ce malheureux homme fut cantonné dans ce rôle putassier, jusqu'à se faire réprimander vertement dès qu'il tentait de sortir du bois pour entreprendre les ajustements sociaux que le simple bon sens lui dictait. La seule question que l'on peut se poser sur monsieur Raffarin : De quelle intoxication souffre l'hôte de Matignon pour supporter si longtemps l'avanie en gardant le sourire ? Est-ce une retraite dorée au Sénat qui lui permettait d'endurer ? Ces gens sont sans fierté, mais très contents d'eux-mêmes.

Villepin Son successeur n'est pas du même bois. Il n'a pas affronté le corps électoral et son aversion pour les élus est de notoriété publique : les connards. Il entre dans les chausses des ministres d'ancien régime qui établissaient une politique homogène et la défendait contre les caprices du prince. Certes actuellement, le conseil du Château - dont il fit partie et dont il connaît donc tous les placards - freine sur ordre, mais mollement. Le président est entré dans sa troisième cohabitation. Villepin n'a pas le tempérament poitevin. Il ne finira pas au cimetière des éléphants-sénateurs. Il a compris un jour à la tribune de l'ONU qu'il avait un destin.
Il sait comme tous que le temps est précieux pour freiner le char de l'Etat qui court au précipice. Il sait depuis longtemps qu'il faut débarquer le roi fainéant vautré dans la paille qui encombre l'espace politique avec 82% de suffrages, inutilisables. Mais son positionnement politique et le renfort dont il a besoin venant des Amis du Satrape, lui interdisent de provoquer la retraite du titulaire. Il lui faudra garder les formes, mais ne pas fléchir. Les Français attendent un Richelieu, pas un Mazarin.

Alors, nourrir la foi dans le redressement de ce si beau pays, même si de douloureuses décisions seront inévitables !
"Nous avons trop revendiqué, nous n'avons pas assez servi", dit un soir un vieil homme à la radio, appelé aux plus hautes fonctions pour solder les comptes d'une république prébendière effondrée sur sa propre incurie. La purge du modèle social français soviétique ne sera pas aussi meurtrière que la débâcle de 1940, mais quelqu'un devra se lever pour dire au peuple que les pensions à 70% du salaire, c'est fini, que la retraite à 58 ou 60 ans, c'est fini, que la Sécurité sociale à compte ouvert, c'est fini, que l'université quasi-gratuite, c'est fini, que les transports publics idéologiquement déficitaires, c'est fini. Et qu'il faudra travailler normalement 40 heures ou plus, fermer nos frontières tant que nous ne serons pas rétablis, réduire nos interventions militaires au seul bénéfice de la sûreté immédiate de la nation, replier nos antennes diplomatiques à la mesure de notre influence véritable, et accepter une évolution de nos mentalités pour que dans la guerre de la mondialisation qui continue avec ou sans nous, on comprenne enfin que c'est l'intelligence et le travail qui permettront de gagner.
En avant la France !

Prenez congé, monsieur Chirac. Nous vous promettons de vous laisser tranquille pour les frais de bouche de l'Hôtel de Ville; l'heure est trop grave pour s'occuper encore de la gratte ancillaire. Oubliez-nous, nous vous avons déjà oublié.

1 commentaire:

  1. A envoyer d'urgence au Président pour qu'Il songe à prendre une retraite anticipée. Il nous coûtera ainsi moins cher à court et à long terme.
    Et "Courageuse Année" à ceux qui ont encore la liberté d'esprit de s'exprimer !

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