30 janv. 2006

Le Corsaire Indien

Les rastacouères viennent nous voler notre acier ! La planète Europe, bâtarde de la glorieuse CECA, est en émoi et se consulte ; le pays a mal dormi ; il en appelle à ... l'Etat ! Depuis longtemps, l’Etat français n'est plus présent au capital du numéro deux mondial de l’acier, issu de la fusion d’Usinor, Aceralia Espagne, Arbed Grand-Duché.
Qu'à cela ne tienne, l'Etat a délégué son ministre des Finances frisé sur les ondes pour "communiquer". Il nous apprend au saut du lit que le corsaire indien n'a pas de projet industriel et donc que le lancement de l'OPA est ... ; est quoi donc finalement si Lakshmi Mittal n'a pas de projet industriel ... illégitime, illégale, immorale ??
En aurait-il montré un sous les ors de la République qu'on aurait déjà "négocié" notre bérézina sidérurgique au meilleur compte ?
Heureusement que les actionnaires d'ARCELOR ne laissent pas la conduite de la guerre entre les mains des touristes politiques qui "gèrent" l'Etat à crédit. D'ailleurs qu'y pourrait faire Thierry Breton, racheter le géant européen à la barbe de l'Indien ? Avec quel argent ? Celui de la CGT ?

Très conscient de l'inadéquation de sa réponse dans cette guerre asymétrique qui le dépasse, le chef du dit-Etat s'est plutôt concentré ce week-end sur la commémoration de l'esclavage et a promu le dix mai comme anniversaire de la Question Noire, ce qui déplaît à tout, le monde ; chacun des descendants d'esclaves ayant promu in petto l'anniversaire de la mort de son propre arrière-grand-père dans les fers coloniaux comme seule date significative. Au même moment des centaines de femmes musulmanes couvertes de la tête aux pieds ont manifesté devant les ambassades de Danemark dans plusieurs pays arabes, pour protester contre des caricatures de leur maître absolu le divin prophète Mahomet, qu'un journal de Copenhague avait affublé d'une bombe-turban en septembre 2005. On peut défiler contre l'esclavage tant qu'on veut ; dans le Croissant Vert, il est endémique. Quant aux Auvergnats, Poitevins, Francomtois, Berrichons ou même Catalans qui n'ont jamais eu de nègres au service de leur ascendance, ils se demandent s'il ne serait pas avisé de faire casquer les descendants nantais des armateurs du commerce triangulaire pour ériger les plaques et solder les fanfares, plutôt que d'emm... le bon peuple qui n'y est encore une fois, pour rien.

Qu'importe, la cellule ad hoc de l'Elysée pense que l'on devrait tenir trois jours la Une avec cette affaire. Plus encore si on fait des remontrances républicaines au roi du Danemark. Et c'est bien là le principal. Revenons à la Question Indienne.

Si l'Etat a une quelconque responsabilité dans la contre-offensive, elle est ancienne et explique surtout sa faiblesse. Quasiment toute la classe politique invoque ce matin cette responsabilité de l'Etat. Réflexe pavlovien du clébard politicien de base, abonné aux prébendes sur déficit, et aux levées en masse ... d'emprunts ! Elle devrait s'interroger plutôt sur les effets de l'émasculation systématique de l'industrie française par les délires collectivistes de la période gaulliste, délires ayant rebondi sous la période mitterrandienne, et qui au final ont détruit, non pas les usines, mais le Kapital. Le grand capital a quitté la France il y a longtemps et l'Etat a su donner l'illusion de son inutilité en investissant lui-même l'argent de la nation dans des entreprises de grande taille. Désormais, il en retire là pour en remettre un peu ici; mais quand il faut compter quelques milliards de dollars un vendredi soir, il n'y a personne en France. Les trésoreries des machines industrielles étatiques ont été ponctionnées au bénéfice d'améliorations éphémères des conditions de vie de la population ; engagées dans la survie utopique des régimes de pensions, elles sont aujourd'hui exsangues. Le Trésor est si impécunieux qu'il oblige ses services à s'affranchir de la recommandation des plis pour passer à la lettre banale d'injonction, et normalement les autres services de l'Etat devraient crier "pouce" vers la mi-octobre si l'on veut virer les traitements des agents du dernier trimestre. C'est l'Afrique !

Ce qui aurait pu repousser MITTAL STEEL, c'est un groupe de capitalistes franco-européens qui aurait passé le vendredi soir sur l'AFP un communiqué surenchérissant sur les 18 milliards d'euros offerts le vendredi matin, à par exemple 22 milliards ! C'eut été efficace et peut-être définitif. Au lieu de quoi, le ministre français s'indigne qu'il n'ait pas été prévenu - à quel titre, on se le demande - et convoque aux pieds des échelles de la tranchée, actionnaires, salariés, collectivités locales, plus les autres états, plus les usines ! On attend maintenant les conférences de presse de Mittal et d'Arcelor, l'une et l'autre à Paris ce 30 janvier à la sainte Martine.

le duel laser
Se posera-t'on la question qui fâche les libre-échangistes : Pourquoi une société "inopéable" puisque contrôlée à 98 pour cent par une famille unie, peut-elle racheter sur le marché boursier une société à capital populaire très dispersé, et donc par là "opéable" ? L'un se bat avec le sabre-laser allumé, l'autre éteint. C'est à vrai dire la foire d'empoigne, pas un duel de chevalerie.

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