3 janv. 2006

Le Veau national est monarchiste

C'est la révélation du mois qui commence, portée par un sondage fait à la charnière de l'année sur les nostalgies démocratiques. C'est normal en cette fin de règne.
On savait la Vème République très monarchique dans sa constitution, taillée sur mesure pour le plus haut général de France, puisqu'à deux mètres, la confection crie "pouce !". Mais ce qui a surpris les observateurs, c'est le classement qui place les deux présidents d'Action Française en tête, loin devant le seul pharaon de la liste, lui qui pour tremper le biscuit, disait à sa conquête du jour, qu'il descendait de louis XV par les soupentes ; et de l'injecter, royal !

Ainsi François Mitterrand de Jarnac recueille 35 % de popularité.
Charles De Gaulle de Lille le talonne à 30 % : normal, il a l'Etoile, l'aéroport de Roissy, une avenue ou un boulevard par ville, et des thuriféraires nombreux encore, bien qu'entamés par le coefficient naturel d'attrition.
Puis s'égrène le peloton, très distancé ; les trois derniers ne cumulent pas même le score du second, et n'ont donc aucune chance d'avoir un aéroport à leur nom :

Jacques Chirac de Bity (président avec château) 12 % : no comment, il gouverne ... les Renseignements Généraux dès fois que le peuple découvre l'oreillette implantée dans les branches de ses nouvelles lunettes.
Georges Pompidou de Montboudif 7 %, malgré la Voie et la Raffinerie d'art ! Certes il était clairement anti-monarchiste, représentant à l'Elysée la banque Rothschild et l'Auvergne, mais tout de même son côté sérieux, son courage pendant la révolution maoïste de 1968, sa fin tragique, - mais on me dit dans l'oreillette qu'il était un grand fumeur et qu'aujourd'hui ... bon !
Et bon dernier le pharaonValery Giscard d'Estaing 5% seulement.
Alors là, les bras m'en tombent.

Valéry Giscard d'Estaing avait tout pour faire le roi dont rêvent les Français in petto. Né à Coblence dans le fief des Emigrés, descendant scripturaire de l'Amiral d'Estaing et à ce titre, Cincinnati en viager, il apporta les réformes les plus urgentes à la maison du roi, redessinant lui-même la vareuse de la Garde républicaine, ralentissant la Marseillaise en si-bémol, jusqu'à déborder Josué en ralentissant aussi le soleil chaque hiver que Dieu nous donne. Valery Ier était premier en tout, et le seigneur des volcans. Mais il n'a pas convaincu à L'Alpes d'Huez du traité constitutionnel !
L'ingratitude est la marque des peuples forts disait le Haut Mékong ! Trêve de poulidorisme, revenons au vainqueur.

François MitterandAdmiré ou détesté, l'homme qui en mai 1981 inaugura une des plus longues périodes de pouvoir personnel de l'Histoire contemporaine demeurait, à bien des égards, une énigme.
Études secondaires au collège privé Saint-Paul d'Angoulême où il devient membre de la JEC. Entré à 14 ans dans l'Action Française de Charles Maurras, il trouve le mouvement timoré - des opinions contraires s'expriment pourtant sur les Camelots du Roi. En 1934, il entre à l'école libre des Sciences Politiques dont il est diplômé en 1937; et se rapproche des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque pour lequel il écrit dans la revue L'Echo de Paris. Il milite aux Volontaires Nationaux sans s'aventurer au Parti social français (PSF). En dépit des rumeurs de proximité de sa famille avec la Cagoule - son frère Robert mariera la nièce du fondateur Deloncle - il n'est pas compromis.

LA GUERRE
Service militaire dans l'infanterie coloniale. A la déclaration de guerre il est sergent-chef au 23e RIC qui prend position sur la Ligne Maginot. Le 14 juin 1940, il reçoit un éclat d'obus, est fait prisonnier à Lunéville. Au cours de sa captivité, il connaît Jean Védrine et Patrice Pelat. Après deux tentatives malheureuses, Mitterrand parvient à s'échapper le 10 décembre 1941 et rejoint ... Vichy où il offre ses services. En mai 1942, il intègre le Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre et il crée un réseau d'aide aux évadés.

Début 1943, prévoyant la faillite du nazisme après la défaite de Stalingrad, François Mitterrand met un pied dans la Résistance où il avait déjà des contacts sérieux, comme Guillain de Bénouville, son camarade AF du collège d'Angoulème. Il mène diverses opérations clandestines sous le pseudonyme de Morland. En janvier 1943, il s'accroche à l'ORA (Organisation de résistance de l'armée) qui financera son réseau. Ce qui ne l'empêche pas d'accepter la Francisque n°2202 au printemps 1943 de la main du maréchal Pétain, parrainé à vette occasion par deux membres du cabinet, Jeantet et Arbellot, anciens de la Cagoule, mais c'est fortuit.
Quoiqu'il en soit, il accroît son réseau de Résistance avec d'anciens prisonniers, en marge des communistes et des gaullistes qui le snobent, comme Michel Cailliau, le neveu de De Gaulle. Pour renforcer sa légitimité, Mitterrand se rend à Alger pour y rencontrer le général de Gaulle. L'entrevue est ratée. Ils ne s'aimeront jamais. Mais il sera quand même à la Libération de Paris. Déjà un sens inné du positionnement.

LA LIBERATION ET LA QUATRIEME
A la tête du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), il entame sa vie publique.
Sa vraie carrière commence en novembre 1946, quand il devient député centre droit de la Nièvre sur le conseil du radical Henri Queuille, et est élu député sur un programme de centre droit. Élu maire de Château-Chinon, il s'enracine dans le Morvan.
François Mitterrand devient ministre des Anciens combattants et victimes de guerre dans le gouvernement Ramadier en 1947. Il participera à onze gouvernements. Son premier poste important, c'est en 1950, celui de la France d'outre-mer (toujours la Colo), ce qui lui permet de découvrir l'Afrique et de tisser des liens étroits avec les futurs chefs d'états de l'Afrique un jour décolonisée. Son fils Papamadi en profitera plus tard. A ce moment, il a des idées particulièrement progressistes pour son époque sur l'émancipation des colonies. Les gaullistes commencent à le détester.
Ministre de l'Intérieur dans le cabinet Mendès-France, il entame une relation avec un homme qui le fascine et avec qui il partagera le rôle d'alternative à De Gaulle. Pour le moment, Mitterrand fait face à la crise algérienne qui commence àla Toussaint 1954. Pour lui, " l'Algérie c'est la France ". Après la victoire du Front républicain en 1956, il soutient Guy Mollet contre Mendès-France.
Ministre de la Justice dans ce nouveau gouvernement, et tandis qu'il regarde négocier l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, il couvre la répression en Algérie, et accepte même de placer la justice sous l'autorité de l'armée dans les trois départements algériens. Contrairement à Mendès-France qui démissionne du gouvernement, François Mitterrand cautionne jusqu'au bout la politique de Guy Mollet, y compris dans l'affaire Ben Bella. Un sens aigu de l'Etat toujours !
Si la fibre sociale vibre quand même par certaines mesures d'apaisement, il reste sur une posture autoritaire. Viendra mai 1958, le putsch militaire, le coup d'état gaulliste.

LA CINQUIEME
Alors que Guy Mollet va se rallier, Mitterrand se cabre. De Gaulle, c'est épidermique. Il est donc balayé du pouvoir et redevient un élu politique lambda. Mais c'est peu le connaître que de croire qu'il va se ranger. C'est déjà l'idée lumineuse de l'attentat bidon.
Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, après avoir pris un verre chez Lipp, le sénateur-maire de la Nièvre décide de rentrer seul chez lui, rue Guynemer, vers minuit trente. Suspectant la filature d'une autre voiture, il arrête sa 403 au niveau de l'Observatoire, et se cache derrière un buisson. La Peugeot est alors criblée de balles. Il saute les grilles de l’Observatoire tel le kangourou ! Le lendemain de l'affaire, les journaux relatent l'histoire en louant la perspicacité et les réflexes bondissants du jeune sénateur. On pense trouver les coupables parmi l'Algérie française. La police enquête, sur la base de son témoignage. Las, une semaine plus tard, le 21 octobre, le journal Rivarol publie le témoignage d'un Robert Pesquet, ancien résistant, ancien député gaulliste proche de l'extrême droite, qui annonce qu'il est l'auteur de ce faux attentat, commandité par François Mitterrand en personne, dans le but de regagner les faveurs de l'opinion publique. La justice inculpe Pesquet et deux comparses pour détention d'armes, et François Mitterrand, après levée de son immunité parlementaire de sénateur, pour « outrage à magistrat », ayant sciemment caché à la justice ses rencontres avec le sieur Pesquet. Sept ans plus tard, la loi d'amnistie de 1966 initiée par le gouvernement Pompidou permet à Mitterrand et à Pesquet d'échapper aux poursuites. La justice conclut la plainte initiale de François Mitterrand par un non-lieu. Après avoir perdu en appel, car il faut jouer la pièce jusqu'au bout, il se pourvoit en cassation, puis se désiste. Soulagé ! On sait aussi qu'il menacera le pouvoir en place de sortir les dossiers de l'Intérieur impliquant Michel Debré dans l'affaire barbouzique du bazooka d'Alger.

Cette piteuse affaire lui coûtera bien des voix aux élections de 1965, malgré le ralliement à sa candidature de Tixier-Vignancourt et d'anciens de l'OAS. Mais c'est maintenant un homme aguerri, chevalier solitaire d'un côté, tribun populiste de l'autre, qui va monter marche après marche jusqu'au sommet. Le "coup d'état" du congrès SFIO d'Epinay arrangé par Mauroy et Deferre, permet de régler la formalité d'affichage. Il invente le Programme Commun et un positionnement politique impeccable en phase avec l'opinion. Et le 10 mai 1981, c'est la divine surprise, l'extase, la Bastille en folie.
Tout son passé l'accompagnera au Château, les "camagoulards" d'avant-guerre, Georges Dayan, son ami juif socialiste, les copains du Stalag IXa de Trutzhain, Védrine, Pelat, les collaborateurs de Vichy comme Martin et Bousquet, les relations faites à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance qui aura été son laboratoire politique d'origine, les alliés d'Epinay. Il n'oubliera rien, ni de fleurir chaque année la tombe du maréchal Pétain à l'Ile d'Yeu, ni de gravir la Roche de Solutré en souvenir des jours sombres de la Résistance. Le pavillon de l'Elysée portera sous son règne les mêmes rameaux de chêne et d'olivier que le blason des camelots du roi. La présidence mouvementée de François Mitterrand est archi-connue; elle muera en dictature douce et perverse, l'oreille collée aux rumeurs de la ville. Il rétablira dans leur grade et échelons les militaires et fonctionnaires rebelles de l'OAS. Il fera un boulevard au Front National. Et feu mgr le comte de Paris se sera convaincu d'appeler à voter pour lui. Qui de plus rassembleur ? Un roi peut-être !

Les prétendants royalistes qui ruminent leur possible accession au terme du processus de décomposition du régime, devraient s'inquiéter de ces grands usurpateurs. D'autant que les Français veulent maintenant Ségolène Royal.
Vive la Reine, donc.

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