12 janv. 2006

Précis d'immigration prussienne

... selon Frédéric II (1712-1786)

Le tabou est levé depuis les émeutes socio-ethniques de novembre et le score terrible de milliers de bagnoles enfumées. On parle d’immigration. Quota-ci, quota-là, on veut de l’informaticien des Indes orientales, et en finir avec le pousse-caillou du Sahel. Les Ligues s’émeuvent et ne savent trop si elles survivront dans les subsides publics par leur silence, ou par le tapage grandissant de l’Opinion. Mais celle-ci n’en a cure, et des immigrés, des dealers, des voyous et des zarabes tout pareil. Le beauf français veut que l’on ferme les frontières, sauf à laisser passer les estivantes suédoises vers les bronze-culs languedociens.
Le brûlot, toujours livreur d’une sagesse à mèche longue, vous propose cette fois de comprendre comment le despote éclairé le plus célèbre d’Europe, organisa l’immigration de peuples divers dans son royaume des brumes.

Frédéric IILe roi de Prusse et pas moins électeur de Brandebourg, vivait en ascète dans son château de Sans-Souci, se suffisant du confort d’un hoplite. Quand il se réveillait à quatre heures chaque matin, les paysans, artisans, collecteurs ou cabaretiers étaient encore au lit, et les soldats ronflaient à Berlin dans leur ultime sommeil paradoxal. La fenêtre de sa chambre grande ouverte laissait entrer la bise glaciale dont il emplissait ses poumons, et revêtant une vareuse élimée sur des chausses tendues, il sortait promener aux jardins de nuit noire son tricorne célèbre. C’était l’heure de l’effusion paroxystique de ses pensées, la journée du roi était imminente, son cerveau en ébullition.

Son père, le Roi-Sergent, lui avait inculqué la simplicité des mœurs et de raisonnement, que devaient amplifier un bon sens atavique. C’est sur la constitution de son armée et sur l’importation de population qu’il a le mieux réussi.

Pour les rangs de son armée il fit appel aux étrangers.
« Recruter des étrangers c’est gagner quatre fois » disait-il. « D’abord un soldat est incorporé chez moi. Deuxièmement, l’adversaire potentiel perd un soldat. Troisièmement, un Prussien reste chez lui et continue à travailler. Et quand le soldat est tué, c’est à l’étranger qu’on le pleure ! »

Pour la mise en valeur du royaume, le concept était tout aussi pragmatique et personnel.
Grand agnostique devant l’Eternel, Frédéric II, roi laïc avant la mode, n’avait de préférence ni prévention pour aucune religion, ce qui lui rabattait les pourchassés de l’Inquisition et tous ceux qui dans les luttes de foi avaient eu le dessous. « Qu’ils se moquent de moi, ces catholiques, ces juifs, ces luthériens ! Mais qu’ils travaillent ! »
C’était le sésame pour un séjour tranquille en Prusse d'un étranger, car en s’établissant dans le royaume à la peine et la sueur, il s’enracinait, non pas lui-même, frais immigrant, mais, comme disait le roi, « il naturalisait d’avance ses propres enfants qui deviendraient alors de vrais patriotes prussiens ».
C’est ainsi qu’il parvint à fixer des Tziganes sur ses terres ! Un exploit ! Inorganisés, il les fit grouper en colonies pour labourer, semer, cultiver et récolter. Il ouvrit la porte aux Tchèques persécutés par la maison d’Autriche, et comme ils excellaient dans le bâtiment, il leur fit construire villes et forteresses dans des régions encore inhabitées, et des digues et des barrages dans la plaine inondable du Nord.
Il confia les finances publiques aux Juifs réfugiés qui avaient mission d'assurer la stabilité du thaler.
Finalement avec quelque don ou seulement du courage, il y avait une place pour quiconque au royaume de Prusse. On ne dit pas ce qu’il advenait des paresseux qui avaient la mauvaise fortune d'être en plus réformés.

Depuis ces temps anciens, on a remplacé le raisonnement superbement efficace d’un homme adroit et bien éduqué par des groupes de réflexions qui d’analyses en synthèses, construisent des usines à gaz qu’ils ne peuvent plus eux-mêmes démonter, quand le processus lancé se pervertit ensuite de lui-même. C’est le malheur du consensus. Tout est tiède, arrondi, inefficace et triste, mais acceptable au plus grand nombre. Le règne de la médiocrité.

Frédéric ne déclarait-il pas fièrement à ses visiteurs de marque : « il n’y a pas de race spécifiquement prussienne ». Le pays devint bientôt la terrible puissance qui changerait l'Europe au XIXè siècle, et ce à partir d’un noyau de hobereaux-soldats de souche auquel s’était amalgamé un amoncellement de slaves prussianisés, d’exilés de toute l’Europe, clercs méticuleux, artisans besogneux, ouvriers résistant à la peine, fermiers défricheurs, et même vagabonds et gredins inutiles, qui eux, étaient dissous rapidement dans les corps de troupe.
Sans Souci
Avec ce peuple disparate, la petite Prusse déclencha deux guerres mondiales, c’est dire si le schéma avait en un sens réussi. Mais quand arrivèrent ces malheurs, le roi de Prusse dit le Grand, avait rejoint le purgatoire des sceptiques depuis belle lurette. Il ne se serait jamais aventuré en pareils conflits, et aucun de ses généraux n’auraient osé lui tenir tête, comme le firent ensuite ceux qui menèrent ses héritiers par le bout du nez. Non plus que lui-même aurait pu supporter de côtoyer ces mœurs tudesques, à ses yeux, allemandes. Lui qui, musicien, poète, et grand amateur de peintures, courait acheter incognito des tableaux aux galeries d'art d'Amsterdam et jouait de la flûte au cabaret pour payer son écot.

Sa guerre de Sept Ans prouve sa vista, sa prescience des conséquences de ses propres décisions. S'il fit la Prusse forte, il n'en fit pas une stupide machine à broyer, même s'il introduisit un concept "d'espace vital" dans sa politique. Mais les amollissements qui suivirent, laissant passer une influence impériale débridée, furent dès lors dangereux pour toute le continent ! Pour être presque complet, disons que les fils de ces Juifs et de ces Tziganes immigrés, finirent dans les crématoires d’Auschwitz ou de Maïdanek. La preuve que ses successeurs n’avaient rien compris au film.

Que retenir du modèle prussien d’immigration ?
Simplement qu’un apport exogène peut être bénéfique dès lors qu’il y a un schéma et un programme. Mais le laisser-faire qui a prévalu chez nous jusqu’à il y a deux mois, et qui a importé de la misère en masse, nous accule au contraire à la ruine. Le coût démesuré de ces extravagances fait en plus fuir le Capital qui refuse d'être pressuré. La chandelle brûle par les deux bouts. Notre modèle sans règles doit être détruit.

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