13 févr. 2006

La changement garant du présent

l'Assiette au beurreDéficit ? Quel déficit ? "Il manque huit cents millions au budget. C'est un chiffre qui n'a jamais été atteint et l’on n’avait pas encore vu le "hideux déficit" monter à des proportions aussi colossales.
Ce que l’on n’avait pas vu davantage, c'est une indifférence aussi complète de la part des citoyens placés en présence de ce gouffre. En d'autres siècles, on a fait des révolutions pour beaucoup moins. Mais à mesure que l'Etat s'est chargé de plus de besognes, à mesure que, par le fait de la démocratie, de l'élection et de la centralisation, l'Etat est devenu plus monstrueux, son livre de caisse est de plus en plus sorti du champ visuel du public. [...] Que voulez-vous que pense le grand public ? Il se compose, le grand public, de particuliers qui calculent où se trouve leur intérêt"
(de Jacques Bainville, le 13 novembre 1913).

Et de stigmatiser dans son article lumineux et prémonitoire les causes du trou et celles de l'apathie générale. La réponse de chacun la plus répandue à l'annonce du déficit : "Ce n'est pas dans ma poche qu'on les trouvera. - Dans la mienne non plus" répond aussitôt le voisin.
Le gouvernement satisfait les uns qui le menaçaient hier et leurs adversaires qui le menacent aujourd'hui. Le Commerce l'emporte d'une courte tête sur la Viticulture qui elle-même a vaincu les Bouilleurs de crus, avant que ne vienne le tour des Actionnaires. L'Etat se couche devant toute coalition d'intérêts.

"Reste le Capital, la "fortune acquise". Le capital est mobile. Et quand il est immobilier, il arrive qu'il se mobilise. On sait que des propriétaires ont déjà transformé leurs terres et leurs maisons en société anonyme sous le régime de législations étrangères. L'Etat, luttant avec la Richesse, lutte avec une sorte de fée douée d'un pouvoir presque infini de transformation. Quand il la croira arrivée au bout de ses métamorphoses, il ne trouvera plus rien : la richesse, sous la forme d'un lingot d'or, se sera cachée dans le fond impénétrable du bas de laine, résolue à attendre des jours meilleurs pour en sortir." (J.B.)

Le "hideux déficit" était alors de 2,2milliards en euros d'aujourd'hui. Nous en sommes à 45 milliards €, et la Dette strictement budgétaire, a passé le trillion ! L'intérêt général est de nos jours encore la somme de tous les intérêts particuliers. La notion de Bien commun est toujours à l'exil des pensées politiques, les vociférations qui tiennent lieu de programmes ne sont que la défense d'intérêts catégoriels que on lie en faisceau pour faire croire à leur universalité. 'L'Etat se dissout" disait Bainville. Il faudra un guerre atroce neuf mois plus tard, pour lui redonner le lustre perdu.

Notre monsieur de Villepin a bien du mérite de vouloir "franchir une étape nouvelle" pour que le "changement" préserve le modèle social français. Et de pouloir distinguer au-dessus des outrances parlementaires les vapeurs de l'intérêt général, et surtout d'y croire au point de jeter le Parlement indocile et chahuteur en vacances. Au motif que c'est l'intérêt supérieur de la majorité silencieuse qui doit primer le vacarme des professionnels de l'hémicycle. Les images que diffuse la chaîne parlementaire sur la puérilité du comportement des représentants du peuple me conforte dans l'approbation de son discours - qui se renforce quand même de décrets. Malheureusement le verbe s'affaiblit de circonvolutions sémantiques destinées à ancrer dans l'opinion la réduction de la Dette concurremment à l'arrêt des réductions d'impôts de l'Etat central. C'est inexact, sur un budget en déficit, il ne peut s'agir de cela ! Ce que veut dire le Premier ministre est qu'il va diminuer la vitesse d'augmentation de la Dette. C'est différent. Mais personne de la classe politique ne va le lui reprocher. La classe politique est sous perfusion du déficit. Et au moindre choc, d'en réclamer plus. Comme d'impliquer l'Etat dans la bataille boursière Arcelor-Mittal Steel, où il n'a que des coups à prendre.
Notre Premier qui doit savoir que ce foutu modèle social est une des causes de notre abaissement, agit-il en brave menteur dans la veine du conducteur de caravane qui trace sa piste sans se préoccuper du mérinos qui rejoindra. La vitesse de la progression peut étirer la colonne. Finalement, si l'on ne peut amener à raison les Français dans leur diversité d'intérêts particuliers, il serait plus rapide et efficace de détruire la classe politique qui prétend les représenter, dans l'essoufflement d'une course qu'elle ne peut longtemps soutenir. Sans hérauts de leurs causes, les corporatismes pourraient être mis au pain sec.

Pendant que nous devisons sur trente ans de gestion de gribouille, le désert avance. La télévision nous a montré ce dimanche des champs de sable ocre semé de vaches mortes jusqu'à l'horizon. C'est au Kenya. Enfants-squelettes les yeux grand ouverts, ça recommence ; ça n'a jamais vraiment cessé. Est-il paradoxal de réclamer un assainissement radical de nos finances publiques en commençant par la remise en cause d'un modèle socio-économique somptuaire au-dessus de nos moyens, afin d'être en mesure, à l'échéance d'une génération, d'oeuvrer efficacement au sauvetage de certaines contrées du monde, déshéritées comme il n'est pas permis de le penser si l'on croit en Dieu. Puisque Il ne veut pas faire pleuvoir, subrogeons-nous, et appliquons le précepte de "charité bien ordonné commence par soi-même" afin d'être présent bientôt avec un maximum de puissance dans le monde d'où Dieu s'est enfui. Et pour ce faire mettons de l'ordre ici. C'était la minute mystique.

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