9 févr. 2006

Le Chevalier de Matignon

Le parlementarisme dans toute splendeur vient de nous offrir l'adoption nocturne du Contrat Première Embauche par 51 voix contre 23. On me dit dans l'oreillette qu'il n'y a pas le compte, parce qu'on a payé pour avoir 577 députés. En régie ils ont tout appris dans les livres ! L'heure tardive du vote était due essentiellement à une guérilla procédurale de l'Opposition qui dut user de rappels au règlement, suspensions, demandes diverses et variées, afin d'empêcher que le vacarme de leur vacuité ne traverse les colonnes du palais Bourbon. Parce que contre le CPE s'ils ont trop à dire, ils n’ont rien à proposer.
Ce dispositif d'étrier commode au pied de la jeunesse, appelé CPE, a mobilisé contre lui les foules urbaines, autant que prévu, c'est à dire peu. Avec deux cent mille "malheureux" dans les rues de toute la France, l'Opposition se dit confiante dans la victoire. Le vaccin contre le virus du Ridicule est en dotation réglementaire dans le casier du député. La Gauche est au ruisseau, elle se vautre avec délices. La démocratie représentative est pour elle une escroquerie bourgeoise, seule la rue est légitime, tout le reste est légalité, cocardes, buffets, voyages et cholestérol.

Heureusement que l'Assemblée nationale produit des spectacles pour renflouer sa dignité. C'était hier le bizuthage du petit juge Burgaud. Pur semi-produit de l'Ecole nationale de la magistrature, il est apparu inadapté à l'exercice d'une saine Inquisition. Très émotif, il a sans doute abusé de l'argument d'autorité pour cacher la minceur de ses capacités d'analyses. Jetons-lui une grosse pierre et passons aux experts. Et là nous sommes en plein dans le registre de la terreur intellectuelle. Ces messieurs, analysés dit-on au plus profond de leur soi, et capables dès lors de sonder l'âme de tout prochain avec la sûreté du laser, "experts auprès des tribunaux" lit-on sur leurs cartes de visite, se sont poussés du col jusqu'à considérer le petit juge comme leur propre bras de justice, l'écrasant de leur expérience irremplaçable. Ce sont eux qu'il faut pousser au bûcher, car eux savaient la fragilité de leurs simples intuitions. Mais c'est tout un corps d'état.
Seul le corps des juges pourra l'abattre, les parlementaires n'y feront rien.

Cette culture de l'avancement à l'ancienneté, véritable tabou fonctionnaire, nous conduit à avoir dans les postes les plus exposés, les jeunes professeurs en ZEP, les jeunes juges à l'Instruction, les jeunes infirmières au quart de nuit et les jeunes flics au contact physique de la racaille. Il est facile dès lors de leur passer un chapeau bien plus grand que leur taille quand le système dérape. Le dernier est ce jeune policier courageux qui déambulant à Paris avec son collègue et tombant sur une prise d'otages couchés par terre, est entré et a défouraillé d'instinct sur le vilain. L'IGS l'inquiète déjà, non comme on pourrait le penser, parce qu'il l’a atteint en plein ventre provoquant ainsi d'horribles souffrances ultimes, alors qu'avec plus d'adresse il aurait pu la lui mettre dans le crâne, abrégeant instantanément une vie tumultueuse sans ré-enroulement du film. Contre quoi le soir venu se seraient élevées les techniciennes de surface qui auraient invoqué leur droit de retrait parce que la cervelle en salmigondis ça colmate lé haspirator.
Mais parce qu'on ne tire, jeune homme, que menacé de mort ! Et que le meilleur gagne !

Tiens, le soleil vient d'apparaître. Février et déjà la lumière est meilleure. Villepin va enfin me regarder en face dans mon poste de télé. Il a une coquetterie dans l'oeil qui gêne le mien. Peut-être s'est-il fait refiler les lentilles de Chirac depuis que celui-ci s'est remis aux lunettes d'écaille des Mods. Vous savez les Vespa. Non ? tant pis.
Villepin
Il n'est pas si mal à l'usage notre Premier. Est-ce sa détestation de ces c...rds de députés qui lui raidit la colonne vertébrale. On le sent moins souple que le SupdeCo du Poitou, ou comme le disent les chansonniers, a-t'il des photos avec des animaux pour ne pas se laisser emmerder par les objurgations du Château. Chacun est étonné de voir le Premier ministre gouverner. Code du Travail aux chiottes - sur le pronostic, la Gauche a raison -, syndicats rétrogradés aux concours de rosières de la mondialisation, immigration en danger d'endiguement, sommations fructueuses aux banques de la place de l'accompagner sur le CPE, mépris des ligues d'opinion et des caricaturistes tout à la fois, désintérêt complet des tendances sociétales devant bénéficier aux tapettes, distance maintenue avec les églises, les gens du Voyage et la Commission de Bruxelles. Il va finir par commencer à y croire lui-même. Il faut dire qu'avec deux mètres, il a un prédécesseur.
Quel est son agenda ?

Demain il va voir le maire de Toulon et celui de la Seyne-sur-Mer. Et il déjeunera à Toulon avec Hubert Falco, sénateur déjà, quoique portant jeune, mais il fallait une sinécure après avoir été remercié en même temps que son mentor Raffarin; le Sénat est vraiment un cimetière d'éléphants recalés; et n'oublions pas du voyage, Boorlo Jean-Louis, qui suit partout le Grand sur instructions expresses du Parti Radical. A Falco, il expliquera n'être pour rien dans le désaveu de la colonisation qui a été ordonné depuis le palais de la Repentance par Shéhérazade-Claude Chirac. D'ailleurs n'avait-il pas dit au banc du gouvernement à la Chambre, le 14 décembre 2005 : "Fier d’être Français, j'assume toute l’histoire de France" et refusa ainsi de répondre à la Gauche qui demandait l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui reconnaissait un "rôle positif" à la colonisation française ? A défaut des harkis, peuvent-ils évoquer le retour du Clemenceau et l'importation de plombiers bengalis pour son désamiantage. Plus simplement, il s'agit de lancer une nouvelle mesure en faveur des jeunes, même si le département du Var partage avec la Corse le qualificatif de laborophobe.
C'est un défilé syndical de chômeurs qui passe en clamant des slogans, brandissant des pancartes, "Du TRavail", "Des SOus". Sort un menuisier de son atelier, qui franchit la ligne des badauds et agrippe un manifestant par le bras.
-" Venez mon brave, j'ai du travail pour vous !"
-" Pourquoi vous me choisissez moi ? On est deux mille !"

Sérieux. Dans six bassins d’emploi en difficulté sera expérimenté "un contrat de transition professionnelle (CTP) pour les licenciés économiques d’entreprises de moins de 300 salariés". Un salarié licencié signant ce type de contrat touchera une rémunération proche de son ancien salaire et bénéficiera d’une formation tout en mettant son expérience professionnelle au service d’entreprises privées ou d’organismes publics. Le contrat sera financé par les Assedic, les entreprises pour lesquelles le signataire travaillera et par l’Etat. Le CTP sera expérimenté durant un an en 2006 à Saint-Dié, Vitré, Morlaix, Valenciennes, Toulon et Charleville-Mézières (sic Matignon).

Maintenant vous savez tout. Bonsoir.

1 commentaire:

  1. Dans l'état de décomposition du régime la démarche de Dominique de Vilepin est bonapartiste.
    Il n'y a pas besoin de concertation, il faut agir.
    La question n'est-t-elle pas : Le Président peut-il suivre? A ce rythme il doit l'essoufler; à son âge.

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