7 févr. 2006

Le Lest National défile

CRS en sucreAujourd'hui 7 février 2006, vont défiler sur l'hexagone les représentants autoproclamés du labeur.
Retenez cette date car dans huit jours elle aura disparu des almanachs politiques. Pourquoi le 7 ?
Lundi eut été mieux puisque sur le papier les employés de commerce auraient dû shunter leur jour de repos pour se joindre aux cortèges. Mais le 6 février, c'était déjà pris. Lundi en huit c'était le 13. Personne et surtout pas moi ne défile le 13. Même les libres penseurs des loges ne défilent pas. L'effectif chutait alors de moitié. Et puis le 13 c'est 1+3 = 4, le chiffre de la mort qui dans nombre d'alphabets se transcrit par une croix, la même que l'on plante sur des fosses bombées. Alors demain ? Le 8 ! Surtout pas, c'est le double zéro ! Autant lancer la manifestation contre un mur ! Donc ce sera le 7, chiffre pêchant comme on le dit au Morbihan.

Ainsi de Bastille à Nation ou l'inverse et partout ailleurs sur des avenues repérées, les agents publics verrouillés sur les boulons de l'état crypto-soviétique vont défiler contre la précarité des djeunes, et l'offre de premier contrat adapté, choisi par le gouvernement radical de M. Villepin. Que les djeunes travaillent ou pas, n'est pas la question. Les enfants de tous ceux qui ouvriront les cortèges n'ont aucun souci à se faire, ils sont programmés pour divers fromages. La vraie question est de laisser expérimenter en France un contrat d'embauche à durée non garantie. C'est la porte ouverte à la remise en cause d'un tabou : Le fonctionnaire est l'enfant de l'Etat du berceau à la tombe ! Déjà qu'on a voulu les noter au mérite, voila pas que se profilerait à l'horizon, l'évocation d'un possible divorce entre l'agent ronronnant dans une routine qu'il dénomme travail, et l'administration appartenant dès lors aux contribuables. L'horreur libérale ! Parce que vous ne savez pas, chère médème, en France le service public appartient à ceux qui l'animent. C'est le public au service de l'agent public. Touchez à cela et c'est la Révolution. Du moins sous les préaux.

Allons-nous lister les corporations en marche aujourd'hui, et leurs leaders ? La régie me dit dans l'oreillette qu'on l'a déjà trop fait ; ce sont toujours les mêmes ! On va quand même saluer la souplesse intellectuelle qui va faire école dans les mois qui viennent pour le racolage institutionnalisé de la campagne présidentielle. A ma gauche, Laurent Fabius de chez Fabius & Fabius, antiquaires boulevard Haussmann, en ensemble velours sur pull cashmere rouge et foulard de soie sauvage, le tout fermé par une casquette prolétarienne Golf Racing. A ma droite, Dominique Strauss-Kahn (prononcez Chtrosse, ça le flatte), manteau sous le genou et richelieus Allen-Edmond's, tête nue sur écharpe blanche griffée, appelé dans le milieu de la Chicane "cent-mille-sous-le-nom" depuis qu'il fut endommagé collatéralement par une enquête de magouilles étudiantes, et que l'on s'aperçut que tel était, pour les solliciteurs d'entregent, le tarif à la ligne du carnet d'adresses de l'ancien ministre.
Parce qu'on a plus de chance qu'on remarque votre absence dans la cohue que votre tête perdue sous les calicots, une omission de marque selon Elisabeth Teyssier de la Sorbonne : La travailliste Royal, Ségolène pour tous les autres, et plus encore autant que montent les sondages en sa faveur. Votez Royal, vous m'en direz des nouvelles, ... car j'émigre !

Les drapeaux sont encore houssés que déjà l'on murmure en piétinant en bas de l'autocar dans le petit matin gris et froid que ce n'est pas joué : "Il est difficile de mobiliser contre un risque dont les effets négatifs n'apparaîtront que plus tard. Et puis l'on sait que les périodes d'inquiétudes sociale, de manque de visibilité, ne sont guère propices aux mobilisations (Chérèque)". D'autres pensent déjà faire mieux la prochaine fois : "Le 7 février n'est qu'une étape (Thibault-Audica)".

Il reste quelques éveillés dans la foule qui sont las des béquilles sociales et des avanies qui les entourent. Ceux-là ont le sens perdu de la rédemption par le travail. Notre société veut s'en défaire, ces gens sont dangereux ; tel cet étudiant de Bordeaux qui s'est fait huer hier en amphi pour avoir constaté : «J'ai l'impression qu'on est en train de se tromper de combat. A mon avis le CPE passera, parce que c'est dans l'ordre des choses. Est-ce que ça ne serait pas plus important que les revendications portent sur ce qui accompagnera cette mesure ?» Dans l'ordre des choses ! Dans l'air du temps ? Pas seulement, c'est dans un monde ouvert en grand la nouvelle donne socio-économique. Beaucoup de pays l'ont acceptée et n'en sont pas morts. Ils nous dépassent même !

Finalement ils sont assez nombreux les jeunes qui bazarderaient bien le lest national qui plombe le pays et défile aujourd'hui. Tout simplement pour travailler avec ou sans textes. D'ailleurs qui les lit ?

2 commentaires:

  1. Les jeunes qui sont concernés par le CPE ne sont pas ceux qui ont (maigrement) défilé à Paris.
    On a vu des étudiants qui normalement ne devraient pas avoir besoin du CPE, on a peu vu des "niveau bac" ou "niveau BEPC" ou moins, à qui le CPE donne une chance de monter dans le Wagon du Travail.
    C'est qu'ils ne croient pas aux syndicats hurleurs et à leurs affidés socialistes planqués.

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  2. Vous n'avez vu juste qu'à moitié. Ségolène était bien absente, mais Fabius n'avait pas de casquette, il s'était déguisé en Miterrand et Strauss Kan en ouvrier. Et vous avez oublié Delanoé en moumoutte.

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