4 mars 2006

Chère Algérie

Excellent bouquin de Daniel Lefeuvre, professeur à l'université Paris-8 Saint-Denis, et l'un des grands spécialistes de l'Algérie française. Comme tout travail d’universitaire, c’est fouillé.

Dans sa "quatrième de couve" l'éditeur Flammarion y va carrément. Sur le crampon que la IVè République plantera dans sa colonie, il nous dit : "Fallait-il que les enjeux soient considérables pour que la France manifeste, si longtemps, un tel attachement! Or ce livre démontre qu'il n'en fut rien, mettant à mal, au passage, bien des idées reçues : dès le début des années trente, l'Algérie connaît une crise qui ira s'aggravant jusqu'à son indépendance, et représente un fardeau toujours plus lourd pour la métropole. Les ressources sont insuffisantes pour nourrir une population qui croît très vite, car l'Algérie n'est pas ce pays richement doté par la nature qu'on s'est longtemps plu à imaginer; la misère s'étend, les Algériens sont, très tôt, contraints de s'expatrier pour nourrir leurs familles - et non parce que la France fait appel à eux pour se reconstruire après 1945. Cette crise, aucune mesure n'a pu la juguler, ni les tentatives pour industrialiser la colonie avant la guerre, ni le plan de Constantine décidé en 1958."

L'affaire est-elle d'actualité ? Complètement ! Dans sa quête d'empathie universelle, le président Chirac a voulu relancer le traité d'amitié franco-algérienne après avoir démonté l'article de loi positivant la présence coloniale française. Gros tapage, soi-disant gros enjeux moraux, sous-entendu économiques. La relance est en train de faire un flop.

Son homologue - enfin c'est beaucoup dire maintenant - Abdelaziz Bouteflika, se trouve en position périlleuse sur le pont de singe politique, le FLN d'un bout et le FIS de l'autre, menaçant chacun de sectionner les cordes. Alors, on vend ce qui est le plus vite accessible et le moins cher immédiatement, son âme : C'est l'amnistie générale.
Les militaires peuvent garder les poux, nul n'ira plus les leur chercher. Les islamistes sont libres quels que soient les motifs de leur condamnation.
Des milliers d'assassins, qui ont été capturés parfois sur renseignement local, vont retourner chez eux à proximité de ceux qui ont joué le civisme, quelques autres milliers d'instituteurs fondamentalistes vont réinvestir leurs écoles, et bien des imans reprendront leurs prêches dans les mosquées de quartier. Un coup d'état périlleux - bonjour, Sid Ahmed -, des années de lutte atroce à l'intérieur, un travail de contre-terrorisme en profondeur dans tous les pays européens, tout est effacé d'un trait de plume. Le grand bond en arrière. Va-t'il demander la grâce de Ramdah ?
Pour des motifs que j'ignore, le gouvernement algérien vient de fermer quelques dizaines d'écoles francophones pour parfaire l'arabisation du pays.

Ce pays n'a jamais pu nourrir ses peuples à l'époque moderne, et la soviétisation post-indépendance a détruit les embryons de développement laissés par la France et les Pieds-Noirs. La caste des vainqueurs a mis le pays en coupe réglée, réglée assez bas sur la paille pour que la population reste au seuil de l'indigence et de la disette. Une démographie galopante sur des terres à l'abandon a créé une forte pression à l'émigration. La question qui se pose, se pose à un prétendu gaulliste :

Où est l'intérêt de la France dans un hypothétique traité d'amitié et de coopération ? Le Général a largué l'Algérie pour préserver la France d'une arabisation mécanique, et parce que la colonie coûtait une fortune à la métropole, avant même de décompter le prix de la contre-guérilla.
Ce pays est quasiment ruiné. Ses marchés de consommation sont peu solvables. Une fraction importante de ses nationaux vit bon gré mal gré chez nous et chez nos voisins. Que peut-on faire de plus pour eux dès lors que nos finances publiques sont un vrai trou noir ? Que peuvent-ils faire pour nous ?
Je ne vois pas de "complémentarité" dans la coopération. Passons le bébé à l'Europe !

A moins que nous ne devions abonder une fois encore au tonneau de la générosité gratuite de notre grand président sympa ? Le grand impulsif veut-il ce faisant, "tuer le père" ?
A soixante-treize ans il serait temps de grandir. Dans quatre ans, il ne pourra plus lire Tintin.

2 commentaires:

  1. Vous n'êtes pas si loin de la vérité pour Ramda. Le procureur réclame 10 ans fermes. Il a fait 10 ans de détention en Angleterre.
    Il devrait donc être libéré et expulsé après un séjour symbolique en prison. Il sera amnistié dès son arrivée à Alger en application de la nouvelle loi ! cqfd !

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  2. Merci pour cette suggestion culturelle. Ce livre semble en effet très interessant et vous faites bien d'en parler.

    J'en profite pour vous suggérer un système interessant de diffusion de questions de sondages et de benéficier aussi d'autres avantages.

    Les détails sont expliqués sur la page suivante :
    http://www.debat-politique.com/partenariat-sondage.html

    Merci encore pour votre suggestion.

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