21 mars 2006

Grève nationale

La Gauche n'admet pas de perdre les élections car elle s'estime la seule force démocratique légitime.
Donc à chaque fois, passée la période de stupeur qui suit la défaite électorale, la gauche construit hors des enceintes institutionnelles des troisièmes tours de scrutins soi-disant populaires, en se faisant relayer par les syndicats corporatistes ou les mouvements alternatifs. Les circonstances locales, la météo, la disponibilité des esprits, l'aubaine offerte par le pouvoir, sont autant de paramètres qui poussent au succès ou à l'échec de ces manoeuvres, qualifiées toutes de "démocratiques".

Les mêmes qui déclenchent des mouvements de rue jusqu'au seuil de l'émeute pour contourner leurs adversaires majoritaires, hurlent dans les tribunes du cirque Bourbon que le Parlement est bafoué et que la Représentation nationale est piétinée par le Grand capital, les Forges, la Banque, Kreutzfeld-Jacob et le Hongrois. Malheureusement ce ne sont pas les dix bourgeois à cocarde de la rue Solferino qui vont soulever le prolétariat. Le Labeur et le Chômeur les ignorent, s'en tapent, ne lisent que Paris-Turf. Il faut faire levier. On a donc les syndicats. Ouvriers, fonctionnaires et étudiants. Chaque courant de la Gauche a le sien, comme autrefois les seigneurs avaient un équipage de chasse à coure.

Comme ces représentations diverses du travailleur national sont incapables de convaincre le dit-prolétariat sur des programmes réalistes ou simplement contemporains mais puisent leur argumentaire dans les reflets de vieilles lunes, l'Etat, bonne pâte, contribue largement à leur fonctionnement déficitaire, au motif curieux de l'expression légitime des intérêts catégoriels. Qui a dit que l'intérêt général prime les intérêts privés, n'avait rien compris au film. L’Etat paye partout, à crédit, mais paye !

Pour une mesurette de contrat d'embauche, qui rencontre plutôt un écho favorable dans le lumpenprolétariat (ndlr, les Cités), ces messieurs de l'Opposition et des Syndicats réunis bien au chaud, viennent de décréter la Grève nationale pour le 28 mars. On reste sérieux !

Soir de manif
Que les mouvements de jeunesse des courants socialistes, comme l'UNEF, oeuvrent au renversement du gouvernement par ce moyen, n'est pas étonnant dès lors qu'on connaît la propension de l'Elysée au retrait de tout ce qui fâche la digestion du Satrape. Du succès de l'affaire dépend la carrière administrative ou politique future des chefs de sections syndicales. Que les organisations de professeurs s'en mêlent est déjà plus tiré par les cheveux, car leurs intérêts sont étrangers à cette cause qui implique les petites entreprises et les jeunes de 26 ans en quête de travail. A l’université il est rare d’en avoir fini à 26 ans aujourd’hui. Que les services publics et les fonctionnaires hors de portée de toute précarité s'en mêlent aussi, est proprement ridicule. Mais on verra défiler sur les lucarnes les chefs de l'émeute tranquille qui nous expliqueront avec des trémolos la gravité de la situation qui justifie les gênes occasionnées aux usagers qui ont décidé – les traîtres – de travailler ce jour-là.

Le gouvernement de son côté se contente de pousser ses CRS avec retenue - ne pas marcher sur les ivrognes pendant la charge -, et fait imprudemment la sourde oreille aux clameurs de tous ceux qui se désintéressent du combat révolutionnaire et veulent réussir leurs examens avant le Grand Soir de Fabius et Mélenchon. Matignon bombe le torse, ce qui le fait tousser ; L’Elysée serre les fesses, ce qui ….

Une bonne leçon serait d'abolir les subventions de l'Etat aux syndicats, afin qu'ils défendent leurs intérêts catégoriels au moyen des cotisations collectées. Ce serait d'ailleurs honnête vis à vis des contribuables qui sont régulièrement pris en otage par les corporations légalement protégées. Sans doute aucun le discours deviendrait responsable et sérieux car il faudrait en répondre non pas devant les partis politiques en espérances de pouvoir, mais devant ces cochons de "payeurs", les cotisants. On s'apercevrait vite que les matamores à l'Aschieri ne sont que des eunuques politiques qui, s'ils devaient convaincre au delà de l'aréopage des prébendiers de la secte, se vautreraient. Il est plus que probable que les manifestations de solidarité éloignées des soucis professionnels, comme les grèves politiques de harcèlement ou de pré-campagne électorale, cesseraient comme par enchantement. La mesure d'abolition déclencherait peut être une émeute, mais ce serait la dernière du genre sans parler de l'inévitable Grève "générale" cette fois, en guise d'extrême-onction du mouvement social !

Ne peut-on s'étonner qu'aucun gouvernement de droite n'ait pris cette mesure de bon sens ? Peut-être que le bizutage de l'ENA est-il aux mains du hongreur ?

Info ou intox ?


diagramme CPE

1 commentaire:

  1. Votre dernière remarque veut-elle suggérer que les filles soient plus mordantes que les garçons de la promotion ?
    Ce qui expliquerait Segolène Royal !

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