16 mars 2006

La gauche à peau fine

La chaîne parlementaire devrait être qualifiée de meilleur adversaire du parlement par le simple fait qu’elle le montre. Qui sont donc ces gens payés comme des nababs à claquer des pupitres, vociférer comme à l’époque de la Convention mais avec infiniment moins de talents, jouer la huit centième d’un drame dont le livret "Malheur aux vaincus" fut écrit d’avance le soir des résultats électoraux, pour déposer des milliers d’amendements aux projets de loi de l’exécutif, au motif seul d’entraver la procédure législative menée par la majorité de l’hémicycle ? Le principe de la démocratie représentative est bafoué chaque jour, sous l’œil amusé de la députation retranchée dans ses privilèges d’un autre âge.

palais bourbon

Mercredi 15 mars, questions au gouvernement.

Un député de l’UMP s’offusque de ce que la présidente de la région Poitou-Charentes ose déclarer que la loi « CPE » ne sera pas appliquée dans sa région ! Et de demander au ministre-porte-parole présent au banc du gouvernement, de rappeler à Madame la présidente Royal les règles essentielles de la démocratie. Douter de la quintessence démocratique de la Gauche :
c’est l’outrage !

La Gauche insultée – il lui en faut vraiment peu dans l’état d’avarie aux machines qu’elle endure - se lève comme un seul homme et marche sur le gouvernement ! C’est la charge. Les huissiers envahissent le parterre et font de leur corps un rempart républicain contre la horde révolutionnaire des nouveaux sans-culottes. On hurle de partout, on convoque les piques (quand même pas), le ministre fustige la présidente de région pour son irresponsabilité et son secrétaire de mari consort du parti pour la vacuité de ses propositions politiques ! Il a beau jeu Coppé de mettre le parti socialiste au pied du mur puisque, depuis la fuite en Ré de son chef précédent, les caciques, et les ratiocineurs qui les alimentent, n’ont rien pu proposer, à aucun moment sur aucun sujet. Quand on voit ce qu’est devenu Fabius, le crâne d’œuf le plus éminent de la gauche européenne, on comprend leur désarroi. Le tumulte est général.
« Retenez moi, ou je fais un malheur ! »
- Et alors , y a personne qui retient ?

Cela n’a aucune importance, le ridicule est péché véniel en France ! On fait carrière, chère médème, on souffre dans la ouate, le reste … c’est pour les purs.

On annonce ce matin que les même jean-foutre chics et chers ont décidé de participer à la grande manifestation nationale du million de précaires qui noiera la pays sous les calicots ce samedi qui vient, avec l’intention sournoise de débarquer le premier ministre de Matignon pour en remettre un autre qui saura reculer pour mieux sauter jusqu’au seuil de la campagne présidentielle. A quoi cela servira-t’il sauf à continuer ce jeu parlementaire nauséabond ?

Auront-ils retrouvé d’ici samedi leur dignité perdue pour parader dans le carré des VIP en tête de cortège sous l’oeil des caméras affamées d’images choc ? Sans doute, quoique on annonce aussi des contre-manifestants qui pourraient bien leur pourrir l’image à l’œuf couvé ou grippal !

Dans Le Figaro, le Conseil constitutionnel par la voix du vice-président de Saint Marc, dénonce carrément le parlementarisme à travers l’inflation législative qui induit « l’insécurité juridique du citoyen français », malheureux citoyen, incapable de répondre au précepte républicain premier « nul n’est censé ignorer la loi ». Et de proposer une loi pour limiter les lois. A la fois, en nombre mais aussi en quantité.

Il est des lois-pavés comportant des centaines d’articles que les services ministériels ont le plus grand mal à traduire dans des décrets d’application. Les retards se comptent parfois en années, et le goût immodéré du législateur pour l’éphémère aboutit souvent à ce que le décret final soit déjà obsolète, le motif originel ayant disparu ou muté.
On frise la folie, l’apoplexie législative, mais saura-t-on maîtriser les hurluberlus de la Représentation nationale. Si on bloque leur logorrhée législative au Palais Bourbon, ils sont très capables de prescrire en masse dans leurs régions et jusque dans leurs communes par arrêtés, motions ou règles diverses dans tous les domaines qui leur ont été transférés par les lois de décentralisation. Au Conseil constitutionnel, on les nomme « producteurs de normes ». Car il est important d’encadrer nos mœurs, nos pensées sans parler même de l’expression de nos opinions qui, avec ou sans caricatures, sont criblées au tamis de l’histoire officielle possible.

Nous devons faire ceci, penser ce que nous voulons mais sans jamais le dire ou pis, l’écrire, et si notre comportement social est de plus en plus strictement encadré pour permettre à la fourmilière intelligente de survivre à l’entassement, on va s’intéresser aussi à l’ermite, celui qui ne se mélange pas, ne partage pas, ne quémande pas, ne manifeste pas. Ce type est anormal, il faudra le déterminer par des dispositions spécifiques aux codes civil et fiscal, et peut-être fermera-t’on les yeux si les faiseurs de coupables, le quatrième pouvoir de nuisance, lui attribuent quelques mauvaises choses qui sont advenues à proximité, pour mieux le tenir.

S’est-on demandé une fois ce à quoi sert réellement le parlement de Paris aujourd’hui ? Il n'a l'initiative de quasiment rien. Il légifère à la remorque du tapage extérieur. L'affaire du "temps béni des colonies" que la Gauche a successivement approuvé pour capter de l'électeur et désapprouvé pour en capter d'autres, est un cas d'école.
La question subsidiaire : quand la Gauche acceptera-t’elle de perdre une élection, sans convoquer les forces dites vives de la nation à une revanche de troisième tour ? Jamais jusqu’à aujourd’hui. Ce sont des démocrates pour rire !

Nous irons tous au Montana.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Archives steppiques