9 mars 2006

Liberté Egalité Fraternité

« Une nation qui s'abandonne » a dit Rémi Godeau dans un bouquin "La France en faillite" chez Calmann-Lévy (19€). Raymond Barre de son côté brandit le spectre d'une « médiocrité » française. Le mot sonne comme la note d'un professeur à son élève. Mais Barre a tellement raison : nous sommes de mauvais élèves : immobiles, conservateurs, paresseux, lâches et démagogues. De quel droit vivons-nous à crédit depuis 30 ans sur le compte de nos enfants ? Pourquoi fuyons-nous tous les débats délicats sur l'Etat-providence, sur le contrat social, sur le rang réel de la France dans le monde ? Godeau ne croit pas au déclin, il se contente de dénoncer la médiocrité. Ça se corrige, la médiocrité.
(fin de la citation du Figaro)

C'est ici que tout commence, mais la devise de la République « liberté, égalité, fraternité », dès lors qu'elle se conjugue en débandade des moeurs, inégalité devant l'impôt, et solidarité indéfectible avec les réfractaires sociaux, jette la nation au ruisseau de la médiocrité, et ces vertus républicaines deviennent les trois mamelles du déclin.

La liberté, premier article de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui dispose que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", est devenue deux siècles après celle de l'égoïsme militant.
La liberté est compartimentée dans les communautés qui sous peu organiseront toute la nation. Chacun aura dès lors toute sa liberté dans les limites de la communauté qu'on lui désignera. Le musulman (pieux ou laïc) voit déjà très bien de quoi je parle. Son supermarché en bas de l'immeuble va devenir "hallal", sans alcool. S'il veut acheter du jambon et une bouteille de Côtes du Rhône, il devra aller dans le quartier des roumis.
Le jeune est encadré de contrats spécifiques de travail jusqu'au 365è jour de sa 25è année. Au-delà il entre dans la communauté des adultes actifs en CDI et RMI.
Ces communautés se superposent bien sûr aux communautés ethniques en création. La colorimétrie est au seuil de formidables développements. Certains kémites trouvent déjà que le nouveau présentateur estival de TF1 est trop clair par rapport aux attendus de la discrimination positive ! On ne doute pas non plus que certains guichets soient accessibles sur coupe-file par les porteurs du triangle vert, signifiant l'ascendance esclave de l'usager, obligatoirement afro-créole à défaut de quoi le port illégal du triangle sera passible d'un procès-verbal. Il en va de même de l'expression des opinions.

défilé en pays communautariséDans la communauté X (rien à voir avec Brigitte Lahaie) certains qualificatifs, invectives voire insultes sont tolérés, même lancés à des étrangers à cette communauté. "Sale juif" est réprimandable mais toléré par dérogation dans la communauté arabo-musulmane eu égard aux contre-performances médiatiques du gouvernement d'Israël. La même insulte déclenche immédiatement des poursuites si elle est émise depuis la communauté identitaire autochtone, par exemple, sans parler des détails. Plus généralement, les grilles de lecture légale de l'histoire n'auront pas la même maille dès lors que l'on y tamise les déclarations d'icelui ou d'icelle. Il n'y a plus de liberté. Il y a des libertés, adaptées.

Ah ! l'Egalité, maintenant ! Inutile de tirer cent pages d'analyse à peine de tuer le lecteur. La denrée n'existe plus, du tout ! C'est le concert de klaxons des inégalités. Et dans ce beau pays visité par les Lumières, nous assistons à la guerre des Inégalités. Ceux qui ont une meilleure inégalité que les autres, un meilleur goal-average, les accablent de mille façons, par la propagande, la démagogie institutionnelle la plus banale, les décrets sournois, les petits amendements nocturnes et parlementaires jusqu'au fracas des manifestations de rues qui servent de clapet de décompression. Passe-droits, prébendes, subventions, fromages de tout cru, font florès. Certains dénotent que le sentiment populaire de se faire gruger par les nomenklaturas, se diffuse à grande vitesse dans le corps social. Cela ne servira qu'à zapper aux prochaines élections. Et ceci est un signe indéniable de la "médiocrité" barriste.

Fraternité : Sortons du registre ironique pour entrer dans le mélodramatique. A la fin de la représentation sur le sable du cirque, c'est bien la vertu atroce.
Brandie depuis toujours, jamais mise en oeuvre par le pouvoir, à l'exception de périodes de rupture où les puissants se rachètent de leur bonne fortune avec des dispositions généreuses au moment, mais qui vieillissent mal. La sécurité sociale en est l'exemple typique. En moins de cinquante ans, la solidarité institutionnelle instaurée à la Libération, a été transformée par ses propres usagers en guichet de prestations à compte ouvert illimité. Si les hypocondriaques courent aux cabinets médicaux comme d'autres allaient autrefois aux p..., aux bistrots, ce ne sont pas vraiment ceux-là qui ont détourné le système, mais sans nul doute les prescripteurs. Développer une médecine de droit privé à but lucratif dans un schéma financier étatique sans freins réels, représente la plus grande perversité de la liberté de faire n'importe quoi, au détriment de la fraternité indispensable. Le régime social est en faillite. Celle-ci est constatée chaque année par la Représentation nationale qui ne sait quoi en penser.

Les bonnes gens ont pris en charge la Fraternité par les restos du Coeur, le Secours populaire ou catholique et des associations charitables en masse. N'eut-il été préférable de commencer par là ? Que chacun selon ses ressources choisisse la couverture médicale qui lui convient en souscrivant une assurance classique, et que les associations de citoyens généreux servent de filet social pour ceux qui ne savent ou ne peuvent se couvrir. On aurait économisé déjà un monstre administratif.

Un autre refuge de la "médiocrité" est la Justice pénale. Les procédures qui découlent de la tradition d'Ancien régime sont inquisitoriales. Si le roi Louis XVI abolit la Question en 1780, l'institution judiciaire a conservé la religion de l'aveu, bien plus probant que la preuve. L'instruction des faits et intentions (mais oui) du prévenu est confiée à un super-héros qui, de 11h à 11h-et-quart, cherche à comprendre et prouver que le "patient" est un assassin, et de 11h-et-quart à 11h-et-demi, fait tout son possible pour se convaincre que le même est innocent des faits et intentions qu'il vient de lui reprocher. Ce procédé participe plus généralement de ce que le monde admire stupéfait : l'exception française. Pas touche au génie national ! Et de défendre la procédure dans un grand tintamarre politique au nom de l'égalité des chances des prévenus. Folle justice dans certains compartiments de sa compétence, comme ailleurs folle enchère ! On ne sait plus réparer les dégâts. On se contente de traiter ceux qui parviennent au grand jour. Des Outreau il y en a un par semaine aux dires de l'institution.
Quant à l'application des peines, nous avons estomaqué les enquêteurs de la Commission européenne qui se sont crus un moment enquêter au Maroc.

Comment corriger cette médiocrité générale comme le demande Rémi Godeau ?
En reconstruisant l'Etat. En reconstruisant son système politique, et pour commencer en rétablissant une Justice capable et honnête. Les premiers à y déférer seront au moment les députés ayant creusé la dette publique en pelletant la gabegie de l'Exécutif sur la tête de nos enfants à naître ! On refait le coup des Biens Nationaux ?

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