13 avr. 2006

La chasse aux faucons*mouillés est ouverte

L'impuissance du gouvernement irakien, la communautarisation de son administration, le priapisme mystique du président iranien, l'incapacité du président afghan à déborder de son rôle de maire de Kaboul, tout concourt à aggraver l'impression de claustrophobie de armées américains embourbées au Moyen Orient. Ajouter à cela les remontrances pour ne pas dire plus, des alliés historiques comme le Pakistan ou l'Egypte, fait déborder la coupe.

diagramme des pertes
2300 morts dont 76% au combat dans un pays déclaré libéré par le chef de la Maison Blanche représente un vrai choc, à la fois parmi la population américaine et dans les unités. Ayons l'élégance minimum d'y joindre les 34000 victimes civiles irakiennes, plus les pertes à la guerre non décomptées certes mais estimées à quelques dizaines de milliers.

Impossible d'esquiver la question pour les autorités. Condoleezza Rice dut admettre que les choses allaient mal et regroupa son sentiment dans une formule que l'on déclare maintenant malheureuse :
"Nous avons pris les bonnes décisions stratégiques, mais nous avons fait des milliers d'erreurs tactiques".
Si vous savez lire, la formule dirige tous les reproches vers les exécutants. Et donc l'armée.

Il s'appelle Newbold, il est général trois étoiles des Marines, à la retraite depuis le déclenchement des opérations irakiennes qu'il avait eu le mauvais goût de critiquer devant Rumsfeld. Il a pris la déclaration du Secrétaire d'Etat précitée pour un "outrage" (que l'on pourrait traduire en français par "atroce scandale"). Lt-Gal NewboldIl démontre, dans une contribution sans langue de bois publiée dans Time Magazine de cette semaine, que l'armée a été dupée par les politiciens, de la même manière que 35 ans plus tôt Robert Mc Namara, dans le même fauteuil que celui qu'occupe Rumsfeld aujourd'hui, avait jugé excédentaires les demandes de moyens de l'état-major au Vietnam.

Greg Newbold qui était jusqu'en octobre 2002 directeur des opérations du Joint Chiefs of Staff au Pentagone fait la liste de erreurs stratégiques (avec nos commentaires):

  1. Taper à côté de la plaque : l'ennemi était et reste Al-Qaïda, pas Saddam Hussein au moment ; il fallait concentrer tous les moyens sur les Talibans et les djihadistes ET LES DETRUIRE.

  2. Fabrication du renseignement par des agences aux ordres des politiques et inclusion forcée de ce travail misérable dans le montage des plans d'attaque. On apprend aujourd'hui que le fameux rapport impliquant l'Irak dans la recherche d'uranium au Niger est un faux tapé à la machine par une secrétaire de l'ambassade nigérienne à Rome.

  3. Sous-estimation des moyens nécessaires à la guerre : on sait que la logistique vers le front a été lamentable, et que si les unités irakiennes avaient contre-attaqué, des compagnies entières auraient été rayées de la carte faute de munitions.

  4. Démobilisation des armées irakiennes et des forces de sécurité : ces hommes formés au combat ont été ainsi dispersés par tout le pays, sans solde et sans honneur, mais avec le désir de revanche sur cette humiliation.

  5. Aliénation de certains alliés qui auraient pu décharger la coalition d'une partie du fardeau de reconstruction de l'Etat.

  6. Réticences à investir des autres ministères américains qui ont laissé tout le poids de l'affaire sur les épaules du Pentagone.

Nous pourrions ajouter que la Grande Bretagne porte une part de responsabilité plus grande qu'apparemment. Sa participation active et surtout l'acceptation des plans du Pentagone n'ont pu que conforter le team Rumsfeld de la justesse de leurs vues, puisque l'ancienne puissance coloniale réputée tout savoir sur ce Moyen Orient, abondait dans leur sens. Pourtant le Foreign Office savait que le pays deviendrait vite ingérable et dangereux et que l'insurrection pouvait métastaser. Ont-ils voulu se donner des frissons ? Ca leur ressemblerait assez.

Greg Newbold explore quelques voies pour sortir du guêpier. Nous traduisons sa pensée :
  • Avant tout, virer Rumsfeld et consorts du Pentagone dès lors qu'il est certain que leur ego surdimensionné les empêchera de changer tous leurs fondamentaux.

  • Décider à la Maison Blanche une stratégie commune et obligatoire pour tous les ministères afin de préserver les armées du corps expéditionnaire qui mérite autre chose que des remarques oiseuses.

  • En finir, avec un programme clair et les moyens suffisants à son accomplissement.

Nous pensons que solliciter le concours indirect de la France et de l'Allemagne ne serait pas se déjuger pour le Pentagone. Cela pourrait prendre la forme d'une implication d'envergure aux marches occidentales de l'Afghanistan, et jusqu'à même pacifier les districts mixtes du Kurdistan irakien, dans les vilayets de Mossoul et Kirkouk.
Et si la guerre civile fait rage plus au sud, il serait cynique certes mais efficace d'appuyer la partie qui semblera l'emporter, afin qu'elle se termine plus vite !

*Ndlr : les "faucons mouillés" de cet article sont les va-t'en-guerre au pouvoir à Washington, qui au moment de la guerre du Vietnam, ont esquivé leurs obligations militaires à divers motifs et à plusieurs reprises. Pour en savoir plus, lisez la New Hampshire Gazette ou cliquez ->ici.

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