16 mai 2006

Barrage contre l'Atlantique

Dans le sud de l’Indochine durant les années 1920, une vieille veuve fatiguée que la vie a rendue à demi-folle, vit avec ses deux enfants dans un bungalow isolé de la plaine marécageuse de Kam en Indochine. Elle met en culture une concession réclamée au Pacifique que l'océan récupère chaque année, anéantissant sa rizière endiguée. Un barrage contre le Pacifique, tel est le titre du roman sysiphien que je préfère de Marguerite Duras.

"Le jour viendrait où une automobile s'arrêterait enfin devant le bungalow. Un homme ou une femme en descendrait pour demander un renseignement ou un aide quelconque, à Joseph ou à elle... Un jour un homme s'arrêterait, peut-être, pourquoi pas ? parce qu'il l'aurait aperçue près du pont. Il se pourrait qu'elle lui plaise et qui lui propose de l'emmener à la ville... Joseph aussi attendait une auto qui s'arrêterait devant le bungalow. Celle-là serait conduite par une femme blond platine qui fumerait des 555 et qui serait fardée."


le cab de la blonde
Du malheur naît le rêve. Un cabriolet Delage échoué sur la plage, une blonde belle à mourir, un paquet de longues cigarettes turques, c'est possible, le rêve, c'est l'Europe !

L'Espagne élève aujourd'hui son barrage contre l'Atlantique, comme en son temps la mère de Marguerite Duras contre le flux de la Mer de Chine. Le blindage des presidios marocains terminé, on ne passe plus ni à Ceuta, ni à Melilla, le flux d'émigrants courageux s'est détourné vers les îles Canaries. En quatre mois, 6000 ont échoué sur Ténériffe contre 4700 pour toute l'année 2005.
Le dispositif de fermeture décidé par Madrid est tout bonnement risible : trois patrouilleurs de la Marine royale, deux avions de reconnaissance, trois aéronefs (?), un satellite de traçage, et après ? Il manque le contre-torpilleur pour couler les barques aussitôt repérées.
Dans le même élan, le gouvernement du sautillant Zapatero a décidé de faire la tournée des capitales sahéliennes qui fournissent les migrants pour qu'elles contrôlent les sorties de leur territoire. Et le royaume d'ouvrir une ambassade au Mali. Toute l'Afrique du Nord se tord de rire, en attendant les subventions qui permettront de concrétiser cette vaine agitation, et les deux ou trois Mercedes qui devraient les suivre.

Au même moment, le sémillant ministre français de l'Intérieur fait la nique au Quai d'Orsay et va au Mali, lui-aussi, pour y vendre son immigration choisie. Sans doute prévoit-il d'y acheter des médecins hospitaliers et des infirmières puisque de partout on se plaint en France qu'il en manque. Les autorités maliennes ne se moqueront pas. Sarkozy est en campagne électorale et c'est dangereux pour la communauté malienne de France. Sarkozy, c'est aussi de futurs crédits s'il grimpe en haut du mât.

Puisque l'on sait que la seule réponse à l'émigration sauvage est un développement économique décisif des pays d'origine, on attend que l'Europe cesse de se lamenter et déclare un jour cette guerre à la misère, et qu'elle la gagne. Mais ce ne peut pas être qu'un mot. C'est une vraie guerre avec des moyens et du nerf (l'argent), beaucoup de nerf, ... et des pertes !

Outre-atlantique le président-aviateur-de-réserve qui vit à crédit à la Maison Blanche a feint d'oublier l'exigence d'ardent développement de son réservoir méridional de main d'oeuvre en instaurant une "ligne Challe" sur le Rio Grande. La libéralisation du commerce par l'ALENA n'ayant produit l'effet voulu sur le niveau de vie mexicain comme le prédisaient les gourous de Chicago, on envoie la Garde !

Jusques à quand pourra-t'on soutenir que la mondialisation c'est l'avenir de l'industrie humaine pour autant que les races qui la composent restent bien sagement dans les cases que leur a désigné l'histoire. Circulation sans frein des marchandises mais surtout pas des hommes.

sauvés des eaux

Le barrage ne tiendra pas

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