17 mai 2006

Désaveu fatal

M. Dominique De Villepin a repoussé la censure de l'Assemblée nationale, mais a perdu sa confiance.
Sur 577 députés il n’a obtenu que 187 soutiens. Bien sûr une motion de censure ne se vote pas par oui et par non. On la vote ou on se tait. Elle n'a obtenu que 190 voix alors qu'il en fallait 289 pour renverser le gouvernement. Quand bien même, le chiffre de 187 est réaliste :
187 = 577 sièges moins 190 censeurs moins 200 UMP absents du débat selon les comptages !

Le Premier ministre n'est sans doute pas coupable de manipulation des listings Clearstream qui à l'époque, étaient tout simplement mis en ligne sur Internet par la banque de compensation luxembourgeoise. En passant, le génie informatique d'Imad Lahoud qui impressionna le général Rondot, semble très surfait. Peut-être que Rondot n'était pas encore "branché" à l'époque.
Tout au plus reprocherait-on à Villepin d'avoir laissé traîner cette affaire nauséeuse en attendant qu'il en sorte quelque chose de désagréable pour l'ennemi le plus proche de son coeur, Sarkozy.

Son équipe, Borloo en tête de cohorte, se lamente que le scandale, entretenu semble-t'il par l'institution judiciaire qui s'est lancée dans un mano pulito de son cru, obère les "bonnes nouvelles" du gouvernement.
A mon sens hélas, il n'y en a aucune.

Nous sommes en pleine manipulation médiatique des chiffres. On éclaire les chiffres présentables au détriment de ceux qui pourraient inquiéter l'opinion. La communication du gouvernement est dans les mains des "spinning doctors". La désinformation est un job à plein temps.

Le chiffre "vedette" est la réduction du chômage. C'est un élément bidon dès que l'on sait que le dégraissage de l'ANPE est le fruit de trois tendances, la radiation démographique, le basculement sur le RMI, et l'accueil élargi aux emplois aidés ou précaires de la fonction publique. L'économie normale ne crée pas réellement d'emplois sains ces jours-ci.
La croissance minuscule est tirée par la construction immobilière (qui commence à ralentir) mais l'industrie continue à perdre de la substance chaque semaine sans que les services ou le commerce ne le compensent. Les délocalisations continuent à un train d'enfer.
Les finances sont à sec.
Les grands équilibres financiers de la protection sociale sont de l'histoire ancienne; les acteurs impliqués ne veulent rien savoir, la faculté a déclenché la chasse aux comptables.

On comprend le désarroi de la représentation nationale.
Le basculement de François Bayrou dans le camp anti-Villepin restera un temps fort de ce mois-ci. Tous et la gauche classique y comprise, prédisent un désastre de leurs formations aux prochaines législatives, sanctionnées par un peuple dégoutté. Ajouté à cela que la Chiraquie est en totale perdition et l'on comprend bien que plus personne ne gouverne le pays mais cherche son canot de sauvetage dans la cohue du pont des premières. Villepin comme les autres. Ce régime, quinquennalisé qui pis est, est pervers dès lors que l'obsession de la position politique prime tout le reste, et que l'on envisage plutôt sereinement la poursuite du mafiatage dans une atmosphère d'égouts. On met la pince à linge sur le nez, et pendant les travaux de dynamitage, les affaires continuent.

La sénilité politique de Jacques Chirac est désormais patente, même si les derniers examens du Val de Grâce nous indiquent qu'il peut continuer à s'alimenter normalement pour 4000F par jour sans doute.
La domesticité politique qui le serre de plus en près à mesure que les piques convergent, se trompe d'emploi. On accompagne la fin de règne d'un roi ou d'un grand despote ; pas d'un politicien de rencontre, revenu au faîte du pouvoir par défaut.

Ceux qui on lu l'Automne du Patriarche de Gabriel García Márquez, reconnaîtront le crépuscule du grand carnassier dans les évènements de ce dernier mandat présidentiel. Les lions finissants cherchent une grotte profonde et la sérénité. Chirac devrait se mettre en route dès à présent, s'il veut terminer sa page d'histoire sur un bon point.


le lion devenu vieux
Le lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied ;
Le loup, un coup de dent ; le boeuf, un coup de corne.
Le malheureux lion, languissant, triste, et morne,
Peut à peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes,
Quand, voyant l'âne même à son antre accourir :
Ah ! c'est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.
(Phèdre & La Fontaine)

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