19 mai 2006

Italia fara da se

ProdiProdi Romano, social-chevalier à la triste figure - Bergson serait perplexe - vient de terminer la distribution des prébendes à la coalition attrape-tout mais victorieuse des dernières élections législatives. Le gouvernement est formé :
97 ministres, vice-ministres et secrétaires d'Etat se présentent aujourd'hui devant le Sénat italien pour obtenir sa confiance. Ce matin, la FIAT relançait ses chaînes de production de Lancia blindées.

Les majorités étriquées dont dispose le tombeur du bouffon-cavaliere, l'obligent à caresser l'opposition dans le sens du poil en lui laissant entrevoir une possible collaboration. Va-t'il rajouter 10 ministres d'opposition ?
"Il n'y a pas d'ennemis ; dans des rôles différents, chacun de nous a assez d'espace pour apporter sa pierre à l'édifice". Et de continuer ce midi dans l'hémicycle, "intendo che si facciano cambiamenti sulla Costituzione e sulla legge elettorale, che ha dato una prova cattivissima sull'evoluzione del sistema politico, se non con un dialogo approfondito con l'opposizione".

On imagine déjà le "dialogue" avec Silvio Berlusconi sur lequel vont être lâchés les "chiens de justice" qu'il abhorre !

Le programme synthétique vise à ne fâcher personne de son camp, mais semble fort sur les incantations surtout. Retrait d'Irak, nouvelle constitution européenne, forte secousse sur la compétitivité italienne pour relancer la croissance, diminution des charges sociales des entreprises, grands projets comme le TGV Lyon-Turin. C'est presque du Raffarin. Viennent ensuite en fond de décor, les mesures floues mais toujours utiles pour meubler les discussions dans les cellules de quartier :

bersagliereLutte contre la fraude fiscale, loi de naturalisation des immigrés, amnistie de détenus, attention particulière à l'endroit des magistrats injustement malmenés par le cavaliere, aide à la famille, diminution du nombre de voitures de fonction dans les parcs ministériels, soutien aux enfants rachitiques et difficiles à venir, lutte contre la précarité, le chômage et la discrimination.
On conçoit mieux qu'il ait fallu 97 ministres pour embrasser dans son entièreté le mouvement de réforme générale. La rue est admirative, il y a des lustres qu'elle n'avait pas vu de programme aussi panoramique. Les envolées berlusconiennes sont reléguées au rayon des réclames de bazar à jouets. Comme quoi il suffit d'énoncer un programme politique avec une tête de mort pour qu'il donne dans le sérieux.

En attendant les lendemains qui fatalement chanteront, l'Italie perd son sang industriel chaque jour au profit des pays de l'Est qui ont récupéré les productions bon marché qui faisaient de la Péninsule l'usine banale de l'Europe. Les finances sont à vau-l'eau comme chez nous, mais avec le filet ultime d'un secteur informel submersible et puissant, qui permet de faire tourner la machine italienne même si tous les feux de la statistique sont au pourpre ou les plombs de l'Etat carrément fondus.

VittiC'est le côté sympathique des Italiens que leur fort sentiment national, apaisé par un pied de nez permanent à l'Etat. Et puis, ils ont les plus belles femmes d'Europe, comme le disait Silvio Berlusconi quand, à défaut de meilleur argument, il démarchait les investisseurs anglo-saxons.

Espérons que l'Opus Dei et Cosa Nostra ne les laissent pas tomber.

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