3 mai 2006

Ombre chinoise

...... ou l'obsession énergétique.

Le président Hu Jintao rentre des Etats-Unis, raide comme un gardien de phare, avec des coopérations industrielles plein les poches. Business first ! Pourquoi ne pas dire franchement "business only !" L'empire du Milieu restauré semble négliger sa vocation spirituelle pour devenir un véritable empire marchand. Est-ce la fréquentation forcée pendant des lustres de l'empire britannique qui lui a ôté son âme au profit des Trade Winds ? Il vaudrait mieux qu'il tire toutes les conclusions de l'histoire et passe voir la tunique rapiécée du lion anglais qui fut obligé de désarmer sur un quai de la brumeuse Ecosse, le yacht royal Britannia de retour de Hong Kong.

Dans trois domaines au moins Pékin a fait le choix de ses intérêts industriels contre ses intérêts stratégiques, même si l'expérience dialectique des hauts cadres du parti les prédispose à justifier tout et n'importe quoi. Derrière le rideau tendu en fond de tribune, on devine des mouvements qui contredisent le discours officiel débité d'un ton monocorde à l'intention de l'opinion publique internationale qui réunit le plus grand nombre de ...... consommateurs. D'où le titre de la présente.

Le domaine le plus visible est celui de la question nucléaire iranienne.
Au motif de la diversification inlassable de leurs approvisionnements énergétiques, les Chinois bloquent le système de pression mis en oeuvre par les autres membres du Conseil pour obliger l'Iran à cesser le processus de développement d'une arme atomique. Or la crise est inévitable et bien malin celui qui peut prédire être épargné grâce à de meilleures dispositions à l'égard du pouvoir fanatique de Téhéran. Laisser même croire que l'on soit sensible aux sirènes persanes est un peu puéril, vus les enjeux dans la région. Soit l'Iran ira à Canossa, soit ses installations nucléaires seront bombardées.

- Dans le premier cas, il est bien évident qu'il aura des compensations préalables permettant d'améliorer la condition de l'Iranien moyen et de préserver la "face". La croissance économique à attendre de ces dispositions d'accompagnement bénéficiera aux fournisseurs du marché iranien au premier rang desquels on trouve la Chine.

- Dans le second cas, une guerre régionale sera lancée, mais assez facilement circonscrite (comme dirait Rumsfeld) à la partie utile du territoire iranien, les champs en production et les rives du détroit d'Ormuz. La Chine ne souffrira pas moins que les autres de l'inévitable crise pétrolière et peut-être que certains dommages collatéraux affecteront ses intérêts directs. Où sera le gain de sa position ?

Le deuxième domaine est celui du désendettement du Tiers Monde. Essentiellement en Afrique. Les clubs de Londres et de Paris oeuvrent chacun à leur niveau pour désendetter les pays les plus pauvres du continent africain afin qu'ils puissent redécoller sur de nouvelles bases. Encore faut-il que ces bases soient rétablies parce qu'il ne sert à rien de retourner à la situation antérieure. C'est, disent les experts appointés, affaire de bonne gouvernance. Et il y a du pain sur la planche.
Au lieu de quoi, la Chine, ne tenant aucun compte du dispositif qu'elle n'a d'aucune façon financé et se désintéressant de toute amélioration de cette fameuse gouvernance, entend bien profiter du désendettement de ces pays pour leur placer des crédits nouveaux. Méfiante quand même, elle gage ses prêts sur leurs ressources naturelles. Elle ne va pas accumuler les amis dans les clubs précités et le jour où elle franchira chez elle un trou d'air - soit du fait de la révolte des campagnes, soit par l'implosion du système de pensions - , elle risque de ne trouver en Occident que des sourires compassés. Elle aura perdu.

Le troisième domaine est celui de la guerre à la tyrannie. L'affaire du Darfour est exemplaire. 180000 morts et deux millions de déplacés ne lui semblent pas suffisants pour qualifier de génocide la destruction des Noirs soudanais par le pouvoir arabe qui lance contre eux ses milices Janjaweed. Ce faisant la Chine bloque à l'ONU des instruments de contrainte qui devraient normalement mettre fin au carnage. Le Soudan est le site d'une importante extraction d'hydrocarbures, le Muglad, qui pour la Chine est prioritaire sur toute autre considération. Le fric de mes amis, c'est comme mon fric !

Par contre la déstabilisation du Tchad est un peu différente des schémas catastrophe de la CIA. La France y maintient 1200 hommes et une escadrille de chasse, au cas où ... le pipeline Tchad-Cameroun serait menacé. La Chine n'a pas véritablement de visée sur ce noeud de vipères.

La Chine, membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, ne marche qu'au dollar. Elle achètera tout ce qui se vend bon prix. Mais l'estime ne s'achète pas. Cette attitude cynique du pouvoir chinois n'est pas nouvelle. Déjà à l'époque du génocide khmer, la Chine avait refusé sa protection à sa propre communauté, alors qu'un seul mot à Pol Pot aurait suffit, parce qu'elle estimait que les Chinois du Cambodge n'étaient pas de "bons communistes". Cette communauté fut presque complètement décimée sans aucune réaction, pas même de compassion !

Mais le cynisme d'un grand pays pauvre qui se sent menacé de toute part, ne peut être le même que celui d'un empire bien établi. Aussi ne devra-t'il pas s'étonner si d'aventure la communauté internationale fait la sourde oreille aux exhortations chinoises à coopérer lorsque les fermentations ouigours seront au point d'exploser, jusqu'à peut-être lui interdire d'inquiéter en quoi que ce soit le Kazakhstan voisin. Sans parler de la question de Taiwan qui pourrait être examinée par le Congrès américain sous un angle plus mercantile que juridique, aux dépens du gouvernement continental. Finalement les Chinois au pouvoir n'ont pas la classe du niveau de la puissance nouvelle de leur pays. Le brevet politique le plus éminent du président n'est-il pas d'ailleurs celui de "Pacificateur du Tibet".

Tout ceci pour écrire une note un peu sérieuse dans la presse tartare de cette semaine !

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