11 mai 2006

Parvenus

Doit-on rebondir sur l'affaire japonaise, ainsi que la nomme Rondot ? Les fonds incriminés ont depuis longtemps gagné des cieux sans soleil levant, et la chose ne sera jamais avérée. Heureusement sans doute, pour les traces de prestige que notre pays laisse entrevoir à certaines rares occasions.

Un responsable politique, fils d'instituteurs, qui de sa vie n'a jamais connu d'autre emploi que fonctionnaire ou élu, aurait réussi à "épargner" 300 millions de francs, qu'il aurait caché au "pays du fils caché" ? Sans doute aucun, c'est un chef de gouvernement sahélien qui a besoin de cours du soir de gouvernance à peine de se voir bloqué illico les secours de la Banque mondiale !

Rondot a déclaré aux juges Zig & Puce qu'il y a un fond de vérité dans les évidences excavées au Japon par le juge Flam (il n'est pas capitaine). Rondot est pour moi au-dessus de tout soupçon. L'Elysée crie au complot déguelasse.
Denis du Figaro déclare qu'il a averti Sakozy en temps et en heure de la clôture d'une enquête officieuse par son parent de général. Stéphane Denis est pour moi au-dessus de tout soupçon - je le lis tous les jours et son article d'hier sur "l'espion en général" est une mine d'intelligence comme chaque fois. Sakorzy dément avoir été averti.
Qu'est-ce que vraiment l'affaire Clearstream qui fait jaser dans toutes les chancelleries du monde, et pouffer de rire aussi ?

Un bâton merdeux du modèle "plus facile à prendre qu'à lâcher".
Les Guignols de l'Info ont assez bien résumé l'affaire : un dossier dormant dans les tiroirs du Hongrois que l'on ressort à un an des présidentielles pour empaler d'un coup toute la Chiraquie. Et votre serviteur d'ajouter : pour allumer un contrefeu de grande ampleur afin de couper une des pistes de rétro-commissions Thomson vers le père du sus-dit, résidant depuis longtemps en Suisse.

Cette fange est-elle provoquée par la perversité des acteurs politiques dont nous subissons les frasques et prévarications, ou bien est-ce le régime politique qui aspire de lui-même la malhonnêteté.
Nous penchons pour le régime.

arsene lupin
La république par les ouvertures qu'elle offre à l'ensemble des citoyens doit être le régime de la vertu. A défaut de quoi elle est vite captée par une oligarchie qui "s'offre" l'Etat. Le service du pays devrait être mis aux enchères des compétences, et attribué aux meilleurs, tels du moins que les juge l'Opinion. Au lieu de quoi, l'appel à gouverner est transformé en steeple-chase.
Ne peuvent se rendre sur la ligne de départ que les concurrents produits par les haras politiques, qui dans le même temps et à l'intention des élèves de second choix, forment aussi à la haute fonction publique administrative. La politique devient une carrière dont il faut apprendre les codes, astuces, impératifs et dangers. L'esprit de service est relégué au discours de promotion pour faire "civique", l'esprit de compétition prime tout. La loi du genre est d'en avoir aucune.

Cette dichotomie dans la formation des élites politiques provoque une grave confusion dans les règles de pouvoir. Les fonctionnaires au service de l'exécutif passent très normalement de leur position de serviteur de l'Etat à celui du pouvoir. L'exécutant prend le commandement au titre des décisions électorales. Il a envahi également les enceintes législatives pour édicter les lois que lui-même ou ses semblables mettront en oeuvre (quand ils les auront réécrites dans les fameux "décrets d'application"). L'assainissement de la strate politique devrait commencer par une loi d'incompatibilité des fonctions qui barrerait l'accès aux fonctions gouvernementales et législatives aux fonctionnaires de l'Etat.
La liberté individuelle de changer de situation serait préservée mais le principe d'incompatibilité aussi dès lors qu'un fonctionnaire élu perdrait définitivement sa qualité de serviteur public.

Le succès dans le steeple-chase est à la portée du plus malin sinon du plus avide, tout risque personnel étant limité par le détachement administratif garantissant le retour à meilleure fortune du futur battu.
L'élection fabrique des parvenus.

Les carrières politiques étant frappées du sceau de la précarité, elles se déroulent dans l'impatience d'un enrichissement possible dans les meilleurs délais à convenance de l'électorat. L'établissement de la famille suit juste derrière. Il faut aller vite ! On ne peut pas être regardant, c'est d'acception générale; même le citoyen lambda vacciné à l'Etat-providence, y consent pour ses élus ; dans son esprit simple, il est assez normal qu'ils "touchent" ! Sous-entendu qu'à leur place, il en ferait autant.

On se plaît à rêver à des "citoyens" formés au sein de leur famille pour le service de l'Etat, familles bien établies dans leurs certitudes morales et leur fortune plutôt ancienne, qui n'auraient pas besoin de mettre leur aire de responsabilités en coupe réglée pour exister ou simplement prétendre à la reconnaissance de la Nation.

On me dit dans l'oreillette que c'est anti-démocratique.
Aaarrrrr ! J'avais pas vu !

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