4 juin 2006

TAM+17

Dix-sept ans aujourd'hui, le pouvoir communiste passait à la chenille la révolte étudiante de juin 1989, déclenchée par la visite du "libérateur" Gorbatchev.

Bien des naïfs crurent que le grand frère russe venait leur offrir la glasnost et la perestroïka. La racaille au pouvoir n'entendait pas céder un pouce de ses privilèges, ni desserrer la griffe de l'oppression. L'eut-elle fait que l'Etat aurait disparu et que le pays se serait désintégré en autant de provinces que de potentats territoriaux, là du moins où le pouvoir militaire était suffisant pour tenir tête aux tentatives hégémoniques d'un "Central" moribond. Un ministre sauva l'honneur, Zhao Ziyang, il y perdit tout sauf immédiatement la vie !

Dix sept ans plus tard, la Chine a émergé de l'océan du Tiers-Monde en provoquant un tsunami sur tous les marchés qu'elle inonde, là de ses productions, ici de ses approvisionnements. Comme le déclarait le vieux cracheur Deng, "le chat attrape bien les souris", mais il est en laisse. Peut-être grossira-t-il assez pour la rompre ou la déchirer de ses dents. Pour le moment, si la soviétisation est abandonnée aux égouts de l'histoire, la classe politique garde la haute main sur les leviers essentiels à tous les niveaux. La "technostructure" s'adapte en jetant toute doctrine ou morale par dessus les moulins, en combattant partout la démocratie, synonyme de contestation outrancière.

Les communes rurales impatientes voient ainsi leurs élections supprimées par les petits chefs locaux qui ont décidé de pérenniser leurs juteuses fonctions en viager. L'important est de maintenir à tout niveau le canal latéral de dérivation du PCC, afin de capter une partie du produit intérieur brut au bénéfice immédiat de la caste communiste. En général l'histoire dit que ce racket, dès lors qu'il excède la capacité contributive des donneurs, se termine dans la tiédeur d'un bain de sang général. L'Armée bougera-t-elle encore quand il s'agira de sauver les crapules locales qui la sonneront comme maître son Jacques ? Que l'armée échaudée par Tiananmen, reste l'arme au pied : c'est le risque que prend le pouvoir actuel en ne libéralisant pas progressivement (c'est beaucoup demander, c'est vrai).

Les lendemains qui se projettent sur les écrans ne sont pas du gai théâtre aux armées. Le grand empire revenu n'est pas si loin d'être référencé comme la grande fosse septique de la planète et le foyer primaire de miasmes de tous ordres. Le dernier béton de Trois Gorges n'est pas encore sec, qu'on prévoit une infestation du fleuve en amont par rupture de la chasse naturelle. Au grand cloaque du Hoang Ho qui n'atteint plus la mer qu'au travers de vasières nauséabondes et désertiques, répondra le grand cloaque du Yang Tsé Kiang qui distillera un bouillon de culture d'un milliard de mètres-cubes jusqu'à l'embouchure.
L'équipe au pouvoir n'en dit mot mais se vante de lier par canal les deux cloaques, pour équilibrer les teneurs en métaux lourds sans doute, et amener de l'eau à Pékin. Quel cadeau ! A noter qu'aucune personnalité politique de premier plan n'est venue au Barrage l'inaugurer, les rapports commencent à peine de sortir. Ils savent déjà que le monument est à la hauteur de la connerie de son père gestateur, le blindé Li Peng.

L'autre grand problème, en partie lié, c'est l'eau.
La Chine a une eau polluée à un point tel qu'elle ne parvient pas à la traiter. Cela augure-t-il des mêmes soucis dans le monde surdéveloppé ? Peut-être mais chez nous les problèmes sont traités en séquence permanente dès qu'ils surgissent. En Chine comme en Russie, ces questions sont inscrites au Plan. Des décennies de gabegie soviétique à la chinoise ont laissé des réseaux de distribution fuyards - 40% de perte en ligne en moyenne - qui se réinfectent en continu. On n'imagine pas très bien encore l'effort de reconstruction, ou bien ne souhaite-t-on pas l'imaginer, mais quand il faudra s'y mettre, tous les crédits publics y passeront, ou du moins fera-t-on comme chez nous des listes de priorités qui sont en vérité là-bas des listes d'abandons. Or tout devient urgent en Chine réveillée.

Ainsi ressent-on à tous niveaux, derrière les flonflons de la société capitaliste de consommation, la fébrilité de l'accaparement rapide qui précède une ère de règlements de comptes, comptables. Il faut capter un peu de fortune quand elle passe car la sagesse des nations connaît naturellement la théorie des cycles.

La société chinoise n'assure pas une vie décente aux moins "performants" mais promène devant leurs yeux les étoiles de Stuttgart de la réussite pendant que les jeunes paysans clochardisent par millions autour des villes tentant de pénétrer dans une manufacture pour y gagner de quoi subsister chichement.
La société chinoise n'assure plus du tout une fin de vie dans la dignité élémentaire pour tous comme le promettaient les grands combinats, le système de pensions "civilisé" n'a jamais pu être mis en place car beaucoup trop dispendieux. Les entreprises publiques en faillite ne peuvent pas cotiser, ni verser aucune épargne qu'elles n'ont jamais constitué, et quand bien même y seraient-elles parvenues, que des dirigeants malins l'auraient placée à leur bénéfice avant que de la faire disparaître comme en Russie. L'état-protecteur est mort.

La dérive "économique" est même arrivée à ôter de l'esprit du commun l'égalité devant les soins médicaux et hospitaliers, même élémentaires. Le paysan habitué à donner pour tout, a juste rajouté le personnel médical et hospitalier sur sa liste d'étrennes qui mentionnait déjà le cadre local du parti, l'instituteur, le policier, le secrétaire du machin-truc, et parfois le contremaître de l'atelier. Et de fil en aiguille, on donne partout à tous. La corruption endémique chinoise a atteint des proportions qui l'exonèrent de toute constatation pouvant donner lieu à rapport officiel tellement c'est "incroyable". En fait, tout est à vendre dans la Chine communiste de 2006. Rapports techniques, certificats de sécurité, conformités en tous genres, passe-droits, formulaires tamponnés, marchés de tous ordres. Il serait étonnant que les états-majors échappent à la règle commune, et l'on peut prévoir que dans le conflit formosan annoncé, la meilleure défense sera comme à Valmy, d'acheter le commandant en chef de forces d'invasion et son entourage.

Dans cette atmosphère de puanteur morale, l'empire prépare sa reconnaissance de superpuissance internationale dans les Jeux Olympiques. On prévoit d'arrêter les usines sans filtres qui couvre la capitale de souffre, mais il faudra s'occuper sérieusement de la circulation automobile.
Pékin n'a pas les transports publics correspondant à son rang. Presque tout passe en surface, et la pollution automobile est à son comble. Au motif de libérer les itinéraires pour la sécurité, les urgences et le transit des olympiens, le bon peuple prévoit une raréfaction forcée des automobiles. Sous quelle forme la bureaucratie va-t-elle édicter ses règles de dégagements fait déjà l'objet de paris. Peut-être en autorisant certains numéros de plaques d'immatriculation.
D'acccord pour les Jeux, mais après que fait-on ?
C'est à partir de ce lendemain que tout commence.


ILS PERIRENT POUR UNE LIBERTE DE CARTON PATE


Ceux dont les chairs ont encrassé les chenilles de chars du 4 juin 1989 à Pékin, n'ont peut être rien perdu. Ils avaient le fol idéal d’une société ouverte et juste. L'obscénité de l'émergence chinoise leur aurait tordu le coeur sans leur ôter leurs fers.

A la génération suivante de briser ses chaînes.

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