27 juil. 2006

Le mal est fait

pilonnage israélien
Le Liban vient de se voir infliger deux milliards de dollars de dommages au moins. S'y ajoutent les réfugiés et les pertes civiles. Au motif de forer à coeur la carie terroriste dans la mâchoire libanaise, la Maison Blanche juge en lieu et place du monde entier - caniche britannique mis à part -, que le jeu en vaut la chandelle et qu'il n'y a pas lieu de se précipiter pour lever le tir. On peut se poser la question de savoir comment un gouvernement incapable de capturer l'Etat-major terroriste qui leur a plié deux tours en plein New York il y a déjà plus de trois ans, le même qui cherchant à se venger ailleurs s'est enlisé jusqu'au cou dans les marais de Mésopotamie, celui-là paralysé par les foucades d'un fils-dictateur occupé surtout à changer ses olives d'eau, ce gouvernement qui finalement recule sur tous les fronts en désordre, comment peut-il juger que poursuivre la guerre d'excavation du Hezbollah en garantit son extermination. Il n'y est jamais arrivé lui-même en rase campagne, ni en Irak, ni en Afghanistan. Pourquoi Tsahal le pourrait ?

Après des milliers de tonnes d'obus, bombes en tous genres, missiles de précision, la force mécanique la plus redoutée du Proche-Orient a enfoncé le front libanais de .... deux kilomètres au prix de pertes importantes, vu les circonstances. Bint Jbail est prise chaque matin par le porte-parole de l'armée !

Quand la communauté internationale aura mis en demeure les Etats-Unis de siffler la fin de la récréation israélienne, si le chef du Hezbollah Nasrallah est toujours capable de passer sur Al-Jézira, Israël aura subi une défaite considérable.
Pour la première fois, un Etat richement doté de tous ses attributs et approuvé largement et de manière officielle dans sa liberté d'action, la plus injuste soit-elle, aura été tenu en échec par une guérilla opérant sous ses yeux.
Cette guérilla n'est pas du modèle chair à canon, elle n'est pas agrippée à sa terre pour y mourir, elle ne crée pas du martyre à la chaîne. Elle stérilise toute la province septentrionale de son ennemi, lui inflige des dommages conséquents, le menace d'escalade, et subit peu de pertes en retour.

Tous les schémas militaires sont dès lors périmés parce qu'une légende se crée, une légende à laquelle vont s'accrocher tous les ennemis de l'Amérique. On se doute que d'avoir laisser faire ce que le Liban a subi, l'Amérique a créé l'unanimité contre elle.
Si l'Europe, Angleterre mise à part - elle est toujours à part - n'est pas immergée dans la même réprobation grâce un peu à la France, son incapacité à convaincre son allié de référence, a fortiori son impuissance à s'interposer physiquement de son propre mouvement entre Israël et le Liban calme, l'a exclue pour longtemps du divan arabe. Toujours dans l'hypothèse où le Hezbollah n'est pas exterminé mais seulement redéployé derrière le fleuve Litani, et si son chef sauve sa tête, deux acteurs nous supplanteront en influence en tous domaines, la Syrie et l'Iran. Nous aurons tiré les marrons du feu pour les leur offrir ! Et contre nos alliés américains ces deux-là articuleront une tenaille mortelle de part et d'autre de l'Irak car chacun a les siens là-bas !

La Rue arabe va renouveler son panthéon de héros. Le recrutement en sera facilité. Les gouvernements autocratiques, qui ont en plus laissé la bride sur le cou d'Israël dans les premiers jours des représailles au motif que ces Chiites étaient des provocateurs, vont être obligés de cesser leur complaisances et prendre des postures dures vis à vis de l'Etat hébreu dans toutes les enceintes internationales où ils se croiseront et sur le terrain lui-même. On ne se parlera pas sur le même ton qu'hier au poste frontière de Rafah, et les Juifs devront oublier les plages dorées de la Mer Rouge.
Mais le durcissement des autocraties envers Israël suffira-t-il à arrêter les fermentations populaires dans le Croissant Vert ? Pas sûr. Une page est tournée, par des amateurs.

Qui a dit qu'Israël n'y connaissait rien en politique et réagissait à partir d'obsessions (Eretz Israel) ou de complexes (ghetto, Massada)? On se demande si les Néoconservateurs américains ne sont pas venus faire leurs classes aux universités de Tel Aviv. Il semblerait ne réagir qu'à des obsessions (démocratie libérale) ou des complexes (mon dieu est plus grand que le tien). La realpolitik n'est pas leur truc.

En attendant que la situation décante, que la marée descendante découvre toutes les baleines mortes, les artilleurs continuent à visser le désastre.
visser le désastre

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